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Comment Rafah est devenu le dernier refuge des Palestiniens de la bande de Gaza

Que restera-t-il aux Palestiniens après Rafah? Depuis le 7 octobre et l'attaque meurtrière du Hamas contre Israël, l'armée de Tsahal pousse les civils de la bande de Gaza à fuir continuellement vers le Sud.

Au moment des premières représailles, dès le début du mois d'octobre, l'armée israélienne a d'abord demandé aux civils d'évacuer uniquement la moitié Nord de la bande. Mais, au fur et à mesure que les bombardements se sont intensifiés et que les combats ont dépassé Gaza-ville, les civils ont été sommés de se rendre toujours plus au Sud pour échapper aux bombardements.

Une évacuation lente et progressive ayant mené jusqu'à 1,4 million de personnes à Rafah, l'extrémité du territoire à la frontière avec l'Egypte. Finalement, après 4 mois d'exode et de fuite de combats, les réfugiés se retrouvent acculés dans une zone de 150km². À Rafah, la population a quintuplé en quelques semaines.

Alors que tout vient à manquer, le spectre de la guerre arrive aux portes de la ville. Benjamin Netanyahu a amorcé ce week-end les premiers bombardements contre le Hamas installé dans la zone. Les civils ayant jusqu'ici cherché refuge dans cette ville pourraient être très prochainement pris au piège par les combats.

"On dort à même le sol"

Eau, nourriture, logement: même sans cette menace, la ville ne pourrait accueillir indéfiniment tant de monde. Une école a par exemple été transformée en hébergement d'urgence où des dizaines de familles s'entassent dans des salles de classe.

"Dans cette classe nous sommes 32 personnes, on dort à même le sol, je laisse le seul matelas à mes enfants qui dorment ensemble dessus. On n'a rien. Ni vêtements, ni médicaments, ni nourriture. Rien. On doit attendre les bouillies qu'on nous distribue parfois", explique à BFMTV une mère Gazouie.

Asmaa Al Barawi, elle, s'est déplacée au rythme des injonctions israéliennes. Cinq fois elle a dû fuir avant d'atterrir à Rafah. Comme de nombreux réfugiés, elle vit dans un logement de fortune fabriqué à la hâte d'une bâche et de bois. Un abri de moins de 3m² où elle dort avec ses enfants.

"C'est petit et on a froid. La pluie traverse. On entend les bruits des avions mais au moins on a un peu d'intimité", témoigne Asmaa.

Comme le montrent les images satellites, entre le 26 octobre 2023 et le 3 février dernier, un immense bidonville est sorti de terre. Des tentes ou des abris de fortunes par centaines sont visibles depuis les airs.

Aucune infrastructure n'est adaptée à l'accueil massif et soudain des réfugiés. "Il n'y a pas de toilettes et s'il y en a, ils ne sont pas nettoyés. Il n'y a rien. Il n'y a pas d'évacuation des eaux usées, ça a été condamné. Tout ça provoque des maladies chez les enfants", s'émeut un réfugié de Rafah.

"Ils vont aller où, sur la Lune?"

Le million et demi de personnes acculées à Rafah devait originellement échapper aux combats. C'est par le poste-frontière avec l'Égypte que l'aide humanitaire est entrée au compte-goutte en Palestine assiégée. La zone était théoriquement épargnée des bombardements. Pourtant, la semaine dernière, Benjamin Netanyahu a remis en cause ce statut quo.

Le Premier ministre israélien a déclaré avoir demandé à son armée d'élaborer un plan d'évacuation des civils avant un assaut d'ampleur contre Rafah. Un plan aux contours vagues toujours "en cours d'élaboration", selon un porte-parole de l'armée cité par la BBC.

Dans la nuit de dimanche à lundi, les soldats de Tsahal ont démarré une nouvelle offensive contre le Hamas et frappé Rafah. Deux otages ont été libérés durant l'opération tandis que plus d'une cinquantaine de personnes ont perdu la vie, selon le ministère de la Santé gazaoui contrôlé par l'organisation terroriste.

Dans ce contexte, l'avenir de Rafah et de ses habitants est incertain. Où peuvent se rendre les Gazaouis à nouveau confrontés aux combats? Aucun pays limitrophe n'a proposé l'asile -sans oublier que les Palestiniens n'ont pas montré le désir de quitter leur pays. Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général de l'ONU refuse un "déplacement forcé de population".

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, s'est montré particulièrement agacé. "Ils vont évacuer - Où? Sur la lune? Où vont-ils évacuer ces gens?" De son côté, la France a appelé à un "arrêt des combats" pour éviter "un désastre".

Article original publié sur BFMTV.com