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Gaza : à Rafah, les Palestiniens racontent une nuit d'"enfer" sous les bombardements israéliens

Au moins 67 Palestiniens sont morts selon les autorités locales dans un bombardement mené lundi dans la nuit par l'armée israélienne sur la ville de Rafah, au sud de Gaza, où se sont réfugiées 1,4 million de personnes ayant fui le nord du pays.

Des réfugiés palestiniens acculés et bombardés. Dans la nuit du dimanche 11 au lundi 12 janvier, l'armée israélienne a bombardé la ville de Rafah, dans l'extrême sud de Gaza, où sont massées environ 1,4 million de personnes ayant fui le nord de l'enclave. Selon le ministère de la Santé, contrôlé par le Hamas au pouvoir dans le territoire, au moins 67 personnes sont mortes dans l'opération israélienne. Les parts des combattants et civils intégrés dans ce bilan n'ont pas été précisées par le ministère.

Les frappes israéliennes visaient notamment à couvrir une opération terrestre qui a permis de libérer deux otages, selon l'armée israélienne. Tsahal explique ainsi avoir éliminé "des dizaines de cibles du Hamas (...) afin de permettre aux soldats de quitter les lieux".

"Une nuit d'horreur"

Après 129 jours d'une guerre entamée au lendemain de l'attaque du Hamas sur Israël, les journalistes ont toujours interdiction de pénétrer dans Gaza. Les voix des civils pris au piège sont relayées par des journalistes locaux ou par des médias disposant de contacts au sein de la bande.

"Vers minuit, nous avons entendu de fortes explosions, comme si l'enfer était tombé sur les civils", a raconté à l'AFP Abou Souhhaib, un habitant du quartier d'al-Shaboura à Rafah.

Auprès d'une journaliste du New York Times, Ghada al-Kurd, 37 ans et réfugiée à Rafah, fait part d'une nuit "indescriptible". "Les bombardements étaient partout, nous étions convaincus que l'armée israélienne envahissait Rafah", explique-t-elle, décrivant des réfugiés affolés dans une situation où "personne ne savait où aller".

Mohamed Zoghroub, un habitant de Rafah, explique de son côté à l'agence américaine Associated Press, s'être retrouvé à "courir avec nos enfants, à cause des frappes aériennes, dans toutes les directions".

Dans l'hôpital koweïtien de Gaza, situé à Rafah, "il y avait beaucoup de morceaux de corps", décrit de son côté au quotidien new-yorkais Maher Abu Arar, porte-parole de l'établissement.

Il explique que son hôpital a accueilli 15 corps et 50 blessés à la suite de ces frappes "successives et soudaines". Du côté de l'hôpital Abou Youssef al-Najjar de Rafah, le directeur explique avoir accueilli 52 corps et une centaine de blessés.

"Pour dire les choses simplement, c'était une nuit faite d'horreur, de frappes, de mort et de destruction", a déclaré Akram al-Satri, 47 ans, lui aussi habitant du quartier d'Al-Shaboura.

Perspective d'une opération israélienne massive à Rafah

Pendant un temps, faute de pouvoir quitter le pays par la frontière égyptienne toujours infranchissable pour l'immense majorité des Gazaouis, les déplacés pensaient pouvoir échapper à la guerre en gagnant Rafah, l'une des plus grandes villes les plus au sud de l'enclave. D'autant que les forces israéliennes avaient présenté ce centre urbain comme une zone sûre au début de la guerre, expliquant que les actions se concentraient sur le nord.

La zone a déjà été la cible de plusieurs frappes meurtrières depuis le 7 octobre, que l'armée israélienne avait justifié par la volonté de cibler des infrastructures ou personnels du Hamas. Au fil des mois, les stigmates des bombardements ont de plus en plus marqué la ville frontalière.

L'opération du 12 février sur Rafah, par ailleurs principal point d'entrée de l'aide humanitaire dans Gaza, intervient à présent alors que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a ordonné lundi à son armée de préparer une offensive sur la ville.

Il a ainsi appelé à maintenir "la pression militaire jusqu'à la victoire complète" sur le Hamas, dont Rafah est le "dernier bastion", pour libérer "tous nos otages".

Face aux craintes internationales d'une offensive militaire majeure, Benjamin Netanyahu a affirmé dimanche qu'Israël assurerait "un passage sécurisé" à la population pour "évacuer" Rafah, sans préciser où elle pourrait aller.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrel a critiqué la perspective d'une opération terrestre massive et a jugé avec cynisme les propose du Premier ministre israélien: "(Les Palestiniens) vont être évacués. Où? Sur la Lune? Où vont-ils évacuer ces gens ?".

En parallèle, des pourparlers ont lieu pour faire advenir un nouvel accord de trêve entre le Hamas et Israël permettant la libération de nouveaux otages. Selon Israël, 130 otages se trouvent encore à Gaza, dont 29 seraient morts. Le Hamas a prévenu dimanche qu'une offensive sur Rafah "torpillerait" tout accord sur les otages.

Les attaques du 7 octobre ont entraîné la mort de plus de 1.160 personnes, en majorité des civils tués ce jour-là, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes. Par la suite, le gouvernement israélien a juré de "détruire" le mouvement islamiste qu'il considère comme une organisation "terroriste", de même que les Etats-Unis et l'Union européenne.

Selon le ministère de la Santé palestinien, l'offensive israélienne a fait 28.340 morts dans la bande de Gaza, en grande majorité des civils,

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Rafah : la menace d'une offensive israélienne