Le quotidien “The Guardian” s’excuse pour ses liens avec l’esclavage

“On ne peut pas changer tout ce qu’on affronte. Mais rien ne peut changer tant que l’on ne l’affronte pas.” The Guardian invoque l’œuvre de James Baldwin, auteur et militant des droits civiques américain, dans son édition du mercredi 29 mars. Son passé, le journal britannique fondé en 1821 sous le nom de Manchester Guardian a choisi de l’affronter sans concession, dans le sillage du mouvement Black Lives Matter et d’un mouvement plus large d’introspection de nombreuses institutions britanniques. Deux ans durant, un groupe d’historiens a examiné les liens du fondateur de ce quotidien de référence avec le commerce triangulaire. Leurs conclusions sont sans appel.

“Cela ne fait plus de doute : l’argent qui a financé la fondation du Guardian provient pour partie de l’esclavage, et les liens sont nombreux et profonds”, écrit la directrice du journal, Katharine Viner, dans l’éditorial du jour. La fortune de John Edward Taylor, premier directeur de la publication, provenait de l’industrie textile de Manchester et du commerce de coton avec les plantations américaines.

Des programmes de réparation

Le Scott Trust, propriétaire actuel de The Guardian, aujourd’hui sis à Londres, a “présenté ses excuses”, complète la journaliste.

“Et c’est absolument normal […]. Prétendre que c’était ‘une autre époque’ n’est pas une excuse recevable.”

Dès son lancement, le Manchester Guardian faisait pourtant figure de fer de lance de la lutte pour les droits des travailleurs et contre l’esclavage. Reste qu’au moment de l’abolition décrétée par le Royaume-Uni, en 1833, une première en Europe, le journal soutenait “le dédommagement des propriétaires”. Pour Katharine Viner, “il est difficile d’imaginer que les intérêts économiques de Taylor et de ses soutiens financiers, eux aussi impliqués dans le commerce du coton, n’aient pas influencé la ligne éditoriale du journal”.

En guise de réparation, deux siècles plus tard, les propriétaires du Guardian entendent mettre en place des “programmes sociaux” en Jamaïque et sur les Sea Islands, sur la côte est des États-Unis. En parallèle, Katharine Viner réitère l’ambition du journal de diversifier le profil de ses journalistes. Tout en renforçant la couverture des sujets liés aux minorités ethniques et aux inégalités raciales à travers le monde. “L’esclavage n’a pas marqué de son empreinte le seul continent américain, souligne la directrice du journal. Il a aussi alimenté (voire créé à lui tout seul, diront certains) le racisme et les inégalités qui persistent de nos jours dans de nombreuses sociétés et de nombreux secteurs d’activité, y compris dans le journalisme.”

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