Qu’est-ce qu’un “choc culturel inversé” ?

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Benjamin Ansari est né et a grandi en Allemagne. Quand il était étudiant, ce journaliste a passé six mois à Uppsala, une grande ville universitaire de Suède. Sur le site du magazine Der Spiegel, il raconte les difficultés qu’il a rencontrées à son retour. Il ne supportait plus certains comportements qu’il jugeait typiquement allemands, et il nourrissait une nostalgie pour la nature et le calme suédois. En somme, il s’est senti “soudain comme un étranger dans son propre pays” et constate que “de nombreuses personnes qui rentrent chez elles après un long séjour à l’étranger pour raisons personnelles ou professionnelles ressentent la même chose”. Les symptômes sont toujours les mêmes : sentiment de solitude et d’abandon, désorientation, envie de repartir à l’étranger, et parfois même dépression.

Ulrich Dettweiler, professeur de pédagogie à l’université de Stavanger, en Norvège, pays où il s’est installé il y a six ans, connaît bien le “choc culturel inversé”. En 2014, avec une équipe de chercheurs de Munich et de Mayence, il a publié une grande étude qui a fait date sur ce sujet. Il a interrogé 128 lycéens qui avaient quitté l’Allemagne pour aller à Cuba en traversant l’Atlantique en bateau avant de revenir via les Açores. Leur périple a duré sept mois, dont un passé dans des familles d’accueil au Costa Rica. Une aventure riche d’enseignements mais qui n’a eu d’égale que la violence du retour. En effet, la plupart des lycéens se sentaient mal, certains souffraient même de dépression ou prenaient de la drogue.

Pourquoi ce malaise, et comment y faire face ?

Comment expliquer ce phénomène ? Selon Ulrich Dettweiler, “le choc culturel inversé peut s’avérer grave car il touche ceux qui rentrent chez eux sans préparation”. On pourrait croire que plus la destination est loin du pays d’origine plus le choc est violent. Mais c’est le contraire en réalité. “Plus les cultures se ressemblent, plus le choc est fort”, explique le linguiste Francis Jarman, qui a lui-même enseigné dans 18 pays différents. En effet, plus les cultures sont proches, plus les malentendus et les comparaisons sont faciles. “Et les personnes se sont encore moins préparées mentalement à leur retour au pays”, note Benjamin Ansari. Heureusement, au bout de six mois à un an, ce “choc culturel inversé” n’est généralement qu’un mauvais souvenir.

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