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"Un procès": le RN défend Jordan Bardella accusé de détenir un compte Twitter aux messages racistes

Un reportage dont se serait probablement bien passé le Rassemblement national. À six mois des élections européennes, Complément d'enquête, l'émission d'investigation de France 2 a consacré un reportage à Jordan Bardella.

En se basant sur quatre sources, dont trois anonymes, l'émission affirme que la tête de liste du RN pour les européennes, en tête dans tous les sondages, aurait utilisé de 2015 à 2017 un compte X (anciennement Twitter) sous le pseudonyme RepNat du Gaito pour diffuser des messages racistes, homophobes ou pour insulter des journalistes.

"Un tweet mensonger, sans même employer le conditionnel"

Sur ce compte, on trouve des références à "Bilal Hamon", le surnom donné à Benoît Hamon pendant la campagne présidentielle en 2017 par une partie de l'extrême droite, appelle le communiste Ian Brossat "Ian Brossachiote" ou moque le jeune Théo, blessé gravement à l'anus par un policier en 2017.

"Je ne connaissais pas ce compte et Jordan Bardella non plus", défend le membre du conseil national du RN Aleksandar Nikolic sur BFMTV, assurant n'avoir "aucun élément" probant pour savoir qui est le propriétaire de ce compte.

Dès la diffusion mercredi soir d'un extrait de l'émission sur les réseaux sociaux, Victor Chabert, l'attaché de presse du parti, a vivement contesté l'attribution de ce compte au président du mouvement.

"Vous diffusez un tweet mensonger, sans même employer le conditionnel et sans préciser le démenti de Jordan Bardella qui réfute formellement être l’auteur de ces publications", écrit celui qui a un temps été journaliste politique, assurant compter "poursuivre" en justice France télévisions.

Bardella détendu

Même son de cloche pour Jean-Philippe Tanguy qui "nie" ce vendredi matin que ce compte, qui contient un tweet moqueur le visant lorsqu'il travaillait avec Nicolas Dupont-Aignan, soit celui de Jordan Bardella.

"Il ne parle pas de cette façon, ce n'est pas son vocabulaire. J'aurais préféré que le service public soit plus prudent", assure le député RN sur France 2.

Jordan Bardella a joué, lui, la carte de la décontraction. Le patron du RN a diffusé sur ses réseaux sociaux une vidéo de lui en train de regarder la bande-annonce de ce reportage, bière et pop-corn à côté de lui.

Il ironise alors sur "la musique qui fait peur" de l'émission. Sur l'écran de son ordinateur, on voit un post-it rappelant les 4 milliards d'euros de budget de l'audiovisuel public.

Complément d'enquête se dit "formel" sur le propriétaire de ce compte

Du côté de Complément d'enquête, on persiste et signe. "Les sources de Pierre-Stéphane Fort (le journaliste qui a mené l'enquête NDLR) sont formelles" sur le propriétaire du compte RepNat du Gaito, assène Tristan Waleckx qui dirige l'émission.

Avec un témoignage clef: celui d'un ancien membre du RN, Éric Richermoz, l'un des très proches de Florian Philippot, l'un des artisans de la normalisation du mouvement dans les années 2010. Cet ex militant a depuis quitté le parti.

Face caméra, il affirme que "beaucoup de gens et beaucoup de jeunes avaient un compte Twitter, un compte 'fake' comme on disait, pour faire des blagues, pouvoir parler plus librement". Le jeune homme répond "oui" quand le journaliste lui demande si Jordan Bardella en avait un.

"Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit"

Marine Le Pen avait elle-même été accusée d'utiliser le compte Anne Lalanne pour s'exprimer plus librement sur les réseaux, ce qu'elle a toujours démenti. "Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit", a ensuite réagi Éric Richermoz désormais aux Patriotes, le mouvement de Florian Philippot.

"À aucun moment, je n'ai fait le lien entre un compte et un individu. Je n'ai donné ni confirmé aucun nom de compte. Je n'ai d'ailleurs aucune idée de qui tenait ce compte 'RepNat du Gaito'".

Saisie de la justice par les députés écologistes

Dans l'émission, Jordan Bardella dément lui-même avoir tweeté sous cette fausse identité. Marine Le Pen, également interviewée dans le reportage, évoque "le procès" de Complément d'enquête.

Les députés écologistes ont, eux, annoncé saisir le procureur de la République, en dénonçant "le caractère ouvertement raciste et homophobe" des messages publiés sur ce compte.

"Il paraît désormais indispensable de mettre en mouvement l'action publique afin d'identifier précisément l'auteur de ces messages postés sur un compte Twitter anonyme dès lors que ceux-ci sont susceptibles de constituer une infraction pénale", arguent-ils dans une lettre.

Article original publié sur BFMTV.com