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Procès de Rédoine Faïd : un « gars sûr » et sa « touche personnelle », le braqueur livre la recette de son évasion

Le braqueur Redoine Faïd lors de son arrestation à Creil, trois mois après son évasion de la prison de Réau.
DR Le braqueur Redoine Faïd lors de son arrestation à Creil, trois mois après son évasion de la prison de Réau.

JUSTICE - Le « roi de la belle » livre sa recette secrète pour une évasion réussie. Rédoine Faïd a profité ce lundi 25 septembre de son premier interrogatoire lors de son procès devant la cour d’assises de Paris pour donner un cours magistral sur sa méthode d’évasion. Celle-ci lui avait permis de sortir en douce de la prison de Réau en juillet 2018.

La leçon commence par un tacle. Redoine Faïd rectifie les propos l’enquêteur à la barre au début du procès : « Je ne suis pas un débile qui cherche sans cesse à s’évader. Quand on s’évade, il y a des raisons ».

Le Creillois de 51 ans se tient debout dans le box, prêt à raconter à la Cour sa version de sa spectaculaire évasion de juillet 2018, quand un commando armé s’était posé en hélicoptère devant les parloirs et avait fait sauter les grilles à la meuleuse pour l’en sortir.

La grande salle d’audience est bien remplie, et le braqueur prend son temps, il a beaucoup à dire. Il commence par le « contexte » et raconte le quartier d’isolement où « tout est fait pour vous briser », et l’idée qui germe : « pourquoi je ne me barrerais pas… Je vais crever ici ».

Avoir le « mental » et s’inspirer des plus grands

Puis il se lance, parfois solennel, parfois très à l’aise et posant ses bras croisés sur le box. « Une évasion, ce n’est pas juste une Kalachnikov et un hélicoptère. Ça se passe aussi dans la tête ». « Il faut retrouver la sérénité », oublier « que tu peux te faire tuer », déroule l’accusé de 51 ans, en pull vert et crâne nu.

Et puis, se documenter : « Je copie », dit-il, citant ses « maîtres » en évasions réussies : Jacques Mesrine, Pascal Payet et sa « disqueuse », « l’hélicoptère » de Michel Vaujour, la « légendaire intelligence » de Francis Mariani (qui s’évadera grâce à un faux fax, et dont le fils Jacques est dans le box). « Je fusionne ces modes opératoires, et j’ajoute ma touche personnelle ».

Jusqu’à deux mois avant l’évasion, révèle celui qui a gardé le silence pendant l’enquête, il était question de faire sauter les portes de la prison à l’explosif, comme lors de son évasion dans le Nord en 2013, où il avait pris des surveillants en otage. Mais avec les familles, les surveillants au parloir… « trop risqué ».

L’accusé assure qu’il avait plusieurs options pour filer. « Je les dirai pas, que ça puisse servir à un autre ».

Un commando armé arrivé en hélicoptère

Il s’engouffre dans la « faille irrationnelle » de la prison de Seine-et-Marne : l’absence de filins antiaériens. De là, il déroule méticuleusement les dessous de cette évasion, claquant parfois des doigts pour rythmer son propos.

Recherches d’hélicoptère, « les armes pour faire peur » - jamais pour « tuer » jure-t-il -, « les fumigènes » pour les miradors, les flottes de véhicules pour la fuite, les téléphones… La présidente essaie une fois de recadrer : « Vous pouvez préciser au fur et à mesure les détails spécifiques à notre affaire ? »

L’accusé essaie. Pour réussir, dit-il aussi, il « faut quelqu’un dehors ». Ce sera son « gars sûr » et ami de 30 ans, qui « applique le scénario à la lettre », dit le féru de cinéma, dont l’envolée ressemble furieusement à l’autobiographie parue en 2010, dans laquelle il détaille ses plans de braquages et les films qui l’ont inspiré.

« Moi j’ai de la chance d’avoir des amis, quand je suis dans la merde, ils sont là », explique Rédoine Faïd. Pas la peine d’essayer, prévient-il : « Je ne les balancerai pas ».

Il prend par contre le temps de dédouaner sa famille, en nombre sur les bancs des accusés. Certes, il a demandé de l’aide à son grand frère Rachid, assis dans le box et qui a reconnu avoir pris un pilote en otage pour aller le chercher. « Spécialiste du bâtiment », Rachid Faïd sait changer un disque de meuleuse en un éclair, explique son frère.

Les autres membres du commando ne sont pas dans le box, soutient aussi Rédoine Faïd. Ses neveux - trois sont jugés à ses côtés - il ne les aurait jamais appelés : « Je ne leur fais pas confiance ».

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