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Pourquoi le plan Vigipirate est relevé à son niveau maximum en France après l'attentat de Moscou

Deux jours après l'attentat de Moscou, revendiqué par l'État islamique, qui a fait au moins 137 morts, la France a décidé de relever le plan Vigipirate au niveau le plus haut, "urgence attentat", a annoncé le Premier ministre Gabriel Attal ce dimanche 24 mars au soir, à l'issue du Conseil de sécurité, présidé par Emmanuel Macron.

"Compte tenu de la revendication de l’attentat par l'état islamique et des menaces qui pèsent sur notre pays, nous avons décidé de rehausser la posture Vigipirate à son niveau le plus élevé: urgence attentat", a écrit le chef du gouvernement du X.

Ce lundi, le premier ministre s'est déplacé dans l'après-midi à la gare Saint-Lazare, à Paris, pour illustrer le relèvement du plan Vigipirate en "urgence attentat" et saluer l'engagement des forces de sécurité et des militaires de l’opération Sentinelle.

Vendredi, l'attaque survenue Crocus City Hall à Moscou a fait au moins 137 morts et 182 blessés, selon le dernier bilan. C'est l'attentat le plus meurtrier en Russie depuis une vingtaine d'années. L'attentat a été revendiqué par le groupe jihadiste État islamique.

La branche la "plus sanguinaire d’Afghanistan"

C'est bien cette revendication qui est à l'origine de la décision du gouvernement français de relever le plan Vigipirate au niveau le plus haut. "La revendication de l'attentat de Moscou provient de l'État islamique au Khorassan. Or, cette organisation menace la France et a été impliquée dans plusieurs projets d'attentats récents déjoués dans plusieurs pays d'Europe, dont l'Allemagne et la France", a précisé Matignon à BFMTV.

L’État islamique au Khorassan, aussi appelé "EI-K", est une branche de Daesh, fondée en 2014 et considérée comme la "plus sanguinaire d’Afghanistan", selon une note publiée en 2021 par l’Institut français des relations internationales (IFRI).

"Le Khorassan, c'est le nom historique de cette région, qui comprend l'Afhganistan, le Pakistan, une partie des anciennes Républiques soviétiques et une partie de l'Iran", a expliqué sur BFMTV Wassim Nasr, journaliste à France 24, spécialiste des mouvements djihadistes.

Cette branche de l'État islamique est notamment connue pour avoir revendiqué l'attentat de l'aéroport de Kaboul, en Afghanistan, le 26 août 2021, qui a fait 173 morts. Plus récemment, le 3 janvier 2024, cette branche a perpétré une attaque à la bombe à Kerman, en Iran, lors d’une procession commémorative en l’honneur du général iranien Qassem Soleimani. L’attaque avait fait plus de 100 morts et environ 150 blessés.

"La France n'a jamais cessé d’être une cible"

Mais ce qui inquiète particulièrement la France, c'est que depuis plusieurs années, cette branche s'est exportée à l'international. Elle a été impliquée dans plusieurs projets d'attentats récents déjoués dans plusieurs pays d'Europe, dont l'Allemagne et la France.

"L'EI-K s’est imposé comme la branche de l’EI la plus tournée vers l’international. Il a produit de la propagande dans plus de langues que n’importe quelle autre filiale depuis l’apogée du califat (autoproclamé) en Irak en Syrie", a expliqué Lucas Webber, cofondateur du site spécialisé Militant Wire, auprès de l’AFP.

Le 2 décembre dernier, un attentat à proximité du pont Bir-Hakeim, dans le 16e arrondissement de Paris, a fait un mort et deux blessés. L'auteur de cet attentat, un jeune homme de 26 ans, s'est présenté comme membre de la filière État islamique au Khorassan, a fait savoir une source policière à BFMTV.

Selon plusieurs spécialistes, l'attentat de Moscou pourrait générer un effet d'imitation, et entraîner l'activation de cellules en Europe.

"Plusieurs attentats ont été déjoués en Europe et en France. C’est une menace constante (...) La France n’a jamais cessé d’être une cible, a souligné Wassim Nasr.

14 attentats déjoués depuis 2020

Il suffit de regarder les chiffres pour s'en rendre compte. Depuis janvier 2015, 24 attaques terroristes ont été perpétrées, dont 10 uniquement depuis 2020, a fait savoir le ministère de l'Intérieur à BFMTV. Dans le même temps, 74 attentats ont pu être déjoués, dont 14 depuis 2020, soit un attentat islamique déjoué tous les mois et demi, précise-t-on à Beauvau. Depuis cinq ans, 1.500 personnes interpellées ont un lien direct avec le terrorisme, ajoute-t-on.

Céline Berthon, directrice générale de la Sécurité intérieur, a d'ailleurs rappelé, le 5 mars 2024 devant la commission des lois du Sénat, que le risque était à la hausse: "la menace terroriste sur le territoire national est à la hausse depuis maintenant un peu plus d'un an, avec la logique de redynamisation de la mouvance endogène, caractérisée par des profils assez jeunes, la persistance sur notre territoire national de profils expérimentés qui restent ancrés dans une idéologie radicale et le retour d'une menace extérieure qui ne faut pas perdre de vue".

D'autant que la France se prépare à accueillir, dans moins de quatre mois, les Jeux olympiques de Paris, du 26 juillet au 11 août. Pour Céline Berthon, il y a "des organisations terroristes qui ciblent l'Occident et qui, à n'en pas douter, à l'approche de l'évènement se saisiront de l'opportunité que sont les Jeux Olympiques".

Une "durée limitée"

Le niveau "urgence attentat" "peut être mis en place à la suite immédiate d’un attentat ou si un groupe terroriste identifié et non localisé entre en action", comme ça a été le cas à Moscou.

Ce niveau de vigilance le plus haut est mis en place une "durée limitée" afin de "prévenir tout risque de sur-attentat", il permet notamment "d'assurer la mobilisation exceptionnelle de moyens, mais aussi de diffuser des informations susceptibles de protéger les citoyens dans une situation de crise", comme des affiches ou des messages audio dans les lieux publics. Des mesures contraignantes comme les fouilles en entrée de bâtiments peuvent également être renforcées.

Crée le 1er décembre 2016, sous François Hollande, il a été activé une première fois le 11 décembre 2018, à la suite de l'attentat du marché de Noël de Strasbourg. Le niveau avait alors été maintenu durant 72 heures. La dernière fois qu'il a été activé, c'est le 13 octobre 2023, après le meurtre d'un professeur à Arras, tué par un fiché S radicalisé. Le plan Vigipirate avait été rétrogradé au niveau 2, "sécurité renforcée", en janvier 2024.

Article original publié sur BFMTV.com