Post-pandémie : une meilleure conciliation emploi-famille sans baisse de salaire

Le télétravail, qui est un avantage souhaité par la majorité de ceux qui l’ont expérimenté, facilite la conciliation de plusieurs parents. (Shutterstock)
Le télétravail, qui est un avantage souhaité par la majorité de ceux qui l’ont expérimenté, facilite la conciliation de plusieurs parents. (Shutterstock)

La crise sanitaire s’est traduite par des situations difficiles pour les parents travailleurs qui ont dû jongler avec leurs responsabilités professionnelles, la fermeture ponctuelle des classes et les périodes d’isolement de leur enfant. En tant que spécialistes de la conciliation emploi-famille au Québec, nous nous intéressons à l’expérience des parents québécois, plus de deux ans après le début de la crise sanitaire et de la mise en place du télétravail à grande échelle.

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Quelles sont les concessions que les parents québécois sont prêts à faire pour faciliter leur conciliation emploi-famille ? Cette question est au cœur de nos travaux, effectués en partenariat avec l’initiative Concilivi du Réseau pour un Québec famille (RPQF).

À la demande du RPQF, la firme Léger a été mandatée pour mener des enquêtes auprès des travailleurs québécois dans le but de dresser le portrait de la conciliation emploi-famille chez les parents et les proches aidants. Les données permettent de faire des comparaisons entre la situation des parents avant la pandémie, en janvier 2018 et en février 2020, et à trois reprises depuis le début de la crise, soit en juin 2020 et en mai 2021 et 2022.

Une meilleure conciliation, oui, mais pas à n’importe quel prix

Avant la pandémie, à l’hiver 2018, alors qu’environ 10 % des Québécois avaient l’opportunité de télétravailler, une proportion élevée de parents – 37 % – affirmaient être prêts à accepter une réduction de salaire pour obtenir de meilleures mesures de conciliation.

Les enquêtes subséquentes, menées au cours de la crise, révèlent un changement important dans le discours des parents. La proportion de ceux se disant ouverts à une baisse de salaire en échange de meilleures mesures de conciliation a chuté à 31 % en juin 2020, et stagné à 27 % en mai 2021 et 2022.

Certaines catégories de travailleurs – en particulier les répondants qui détiennent un diplôme universitaire, qui ne sont pas nés au Canada, ou qui sont âgés de moins de 35 ans – se disent davantage prêts à accepter une réduction de salaire pour améliorer leurs conditions depuis 2020.

En revanche, la tendance n’est pas claire en ce qui a trait aux femmes. Alors qu’une proportion relativement élevée d’entre elles se disait prête à faire un tel compromis en 2018 et en 2021, ce n’était pas le cas en 2020 et en 2022. De même, l’analyse des données des répondants selon le secteur d’emploi ne permet pas de dégager des constats qui se répètent d’une année à l’autre.

La tendance se maintient

Le télétravail, qui est un avantage souhaité par la majorité de ceux qui l’ont expérimenté, facilite la conciliation de plusieurs parents. D’ailleurs, la tendance selon laquelle la conciliation emploi-famille serait facilitée depuis le début de la crise sanitaire et la mise en place du télétravail semble se pérenniser.

Ce constat est important et inattendu. Nos recherches ont montré qu’une proportion supérieure de parents avaient affirmé avoir une conciliation emploi-famille « facile » en période de confinement. Nous émettions alors l’hypothèse que cette perception d’une conciliation facilitée était le résultat d’une diminution des conflits de temps lors des périodes charnières le matin et en fin d’après-midi.

À la suite de la réouverture des écoles et avec la reprise de l’ensemble des activités parascolaires, il semblerait que ce soit davantage le télétravail et l’attitude des employeurs que l’absence d’activités pour les enfants, qui facilite la conciliation. C’est ce que révèlent les données recueillies en 2021 et 2022. Puisque la plupart des parents estiment avoir une conciliation « facile », ils sont donc possiblement moins enclins à diminuer leur salaire pour de meilleures conditions.

Les enseignants ressentent une diminution du soutien offert par leur employeur

La majorité des employés avec des responsabilités de soins affirment que leur employeur a « maintenu » (53 %) ou augmenté (10 %) le soutien qui leur était offert depuis le début de la crise. L’empathie manifestée par les employeurs à l’égard de leurs employés s’est donc poursuivie au-delà des semaines de confinement obligatoire.

À l’inverse, parmi tous les secteurs d’emploi, ce sont les répondants qui travaillent dans le domaine de l’enseignement qui sont proportionnellement les plus nombreux à percevoir une baisse de soutien de leur employeur. Est-ce là le reflet d’une certaine fatigue pandémique, les enseignants ayant été constamment sollicité à changer leur approche pédagogique, tout en gérant le port du masque chez les élèves ?

Difficile à dire. Dans un contexte où près d’un enseignant sur quatre quitte la profession dans les cinq premières années, il faudra rapidement réfléchir aux bonnes pratiques en termes de gestion des ressources humaines afin de soutenir et de reconnaître le travail des enseignants et ainsi éviter d’accentuer la pénurie de main-d’œuvre.

Les impacts de la pénurie de main-d’œuvre

La pénurie de main-d’œuvre à laquelle le Québec fait face pourrait se révéler un couteau à double tranchant pour les conditions de travail. D’une part, les difficultés de recrutement des organisations créent une pression sur la hausse des salaires. Selon certains observateurs, les candidats à la recherche d’un emploi peuvent négocier de manière très avantageuse leurs conditions d’embauche.

D’autre part, les données de 2022 montrent que la moitié des répondants affirment que la pénurie de main-d’œuvre nuit à l’accès à des mesures de conciliation. Les femmes (54 %), les enseignants (65 %) et les travailleurs dans le secteur de la santé et des services sociaux (62 %) étaient significativement plus enclins à faire ce constat, sans doute en raison du manque de main-d’œuvre et de l’intensification du travail dans ces milieux.

À un moment où les employeurs cherchent par tous les moyens à attirer et à conserver la main-d’œuvre, les employeurs devraient certes revoir leur attitude face aux mesures de conciliation. Des éléments comme une table de billard, une machine expresso, le fait de pouvoir amener son chien au bureau, l’offre d’aliments gratuits (viennoiseries, fruits) et des services de concierge peuvent parfois attirer du personnel à court terme.

Mais pour favoriser la rétention de ce personnel à long terme, il faut plutôt miser sur la flexibilité des horaires et divers aménagements du temps de travail et de l’espace de travail (télétravail).

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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Diane-Gabrielle Tremblay a reçu des financements de l'université Téluq et du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada pour ses recherches sur la conciliation emploi-famille.