En plein Davos, Arthur Sadoun, patron de Publicis, veut briser le tabou du cancer en entreprise

Publicis Group chairman Arthur Sadoun speaks during the presentation of the digital personal assistant named
FRANCOIS GUILLOT / AFP Publicis Group chairman Arthur Sadoun speaks during the presentation of the digital personal assistant named "Marcel", aimed at helping the group's co-workers to connect between them, on May 24, 2018 in Paris. (Photo by FRANCOIS GUILLOT / AFP)

CANCER - Arthur Sadoun, patron du troisième groupe mondial de communication Publicis, lance ce mardi 17 janvier depuis Davos un appel aux grandes entreprises pour « faire tomber le tabou du cancer au travail », quelques mois après avoir rendu public son combat contre une tumeur liée au papillomavirus humain (HPV).

Au 133 avenue des Champs-Élysées à Paris, le bureau de cet habitué des voyages internationaux a retrouvé en ce mois de janvier son allure habituelle et de l’espace entre une bibliothèque en désordre et un siège d’avion éjectable.

Mais le dirigeant de 51 ans, d’allure athlétique, porte désormais une fine cicatrice au niveau du cou, et le souvenir douloureux d’un traitement préventif de sept semaines de rayons et chimiothérapie lors duquel il est resté aux manettes du groupe français, entouré de matériel médical.

Se « faire violence au nom de la transparence »

Parler de son cancer, a fortiori lorsqu’on est patron d’un groupe du CAC40, « c’est mettre sur la place publique votre vulnérabilité », témoigne Arthur Sadoun dans un entretien à l’AFP.

« En plus, ça m’est arrivé 4 mois avant la fin de mon mandat », précise le président du directoire - renouvelé pour quatre ans en septembre dernier - qui dit s’être « fait violence au nom de la transparence ».

Dans une vidéo publiée le 9 avril, Arthur Sadoun était apparu amaigri après avoir subi une intervention chirurgicale pour retirer « une petite tumeur ». « Toutes les cellules cancéreuses ont été retirées. Aujourd’hui il n’y a aucune inquiétude à avoir », rassurait-il face caméra.

L’importance d’être bien entouré

« Là où j’ai eu de la chance professionnellement, c’est que c’est arrivé à un moment où la transformation de Publicis était derrière nous. Où les difficultés qu’on a rencontrées dues aux changements qu’on a mis en place étaient derrière nous et où la dynamique était excellente. Et donc j’ai pu continuer à diriger Publicis », analyse-t-il.

« Et j’ai été ultra-entouré, que ce soit dans ma famille, le milieu professionnel et par le corps médical », poursuit le dirigeant, marié à la journaliste de France 2 Anne-Sophie Lapix.

Pour sa dernière vidéo de vœux adressée aux près de 100.000 collaborateurs de Publicis, Arthur Sadoun s’est affiché comme d’habitude aux côtés du patriarche du groupe Maurice Lévy, mais le ton n’était cette fois pas à la plaisanterie.

Craindre de dire la vérité à son employeur

« Vous savez que 80% des adultes ont le papillomavirus ? », interroge-t-il dans ce clip, avant d’accueillir l’acteur américain Michael Douglas, qui avait lutté contre un cancer de la gorge causé par le même virus.

« On a eu 24 millions de vues sur YouTube quand même », se félicite Arthur Sadoun, qui souhaitait ainsi inciter à la vaccination contre ce virus, sexuellement transmissible. Mais le combat le plus « légitime » que Publicis peut porter est au niveau des entreprises, estime-t-il.

Selon une statistique de l’association française Cancer@Work, « 50% des gens ont peur de dire à l’employeur qu’ils sont atteints d’un cancer ».

« Quand on mène un combat pour sa vie, on ne devrait jamais avoir à s’inquiéter pour son travail », et le problème est encore plus grave aux États-Unis (65% du chiffre d’affaires de Publicis), où la couverture médicale est assurée par l’employeur, ou encore en Inde, reconnaît Arthur Sadoun.

Aider et soutenir les salariés malades

Selon lui, il s’agit pourtant d’un « problème de perception », car « les entreprises font déjà beaucoup pour les gens qui ont des maladies chroniques ». Le groupe de publicité s’engage ainsi mardi à garantir l’emploi et le salaire de chaque employé touché pendant au moins un an, et à adapter les conditions de travail pour les malades et les aidants, ou les assister lors d’une réinsertion professionnelle.

« On ne veut pas qu’ils perdent confiance dans leur capacité à progresser au sein de l’entreprise », affirme le dirigeant.

Selon Publicis qui lance une grande campagne de communication sur le sujet, une trentaine de multinationales, de Walmart à Toyota ou l’Oréal ont déjà répondu favorablement à cet appel.

À voir également sur Le HuffPost

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Lire aussi