Pap Ndiaye veut les "limiter": pourquoi les photocopies restent un outil important pour les professeurs

Des élèves de CM2 écrivent une dictée en juin 2007 sous le préau de l'école primaire du Puits Picard, à Caen (photo d'illustration) - Michèle Daniau-AFP
Des élèves de CM2 écrivent une dictée en juin 2007 sous le préau de l'école primaire du Puits Picard, à Caen (photo d'illustration) - Michèle Daniau-AFP

EN CM1, CM2 et en 6e, "l’usage des photocopies doit être strictement limité", écrit le ministère de l'Éducation dans une série de recommandations publiées ce jeudi, visant à améliorer le niveau des élèves de 3e cycle et le passage de l'école primaire au collège. Le ministère met en corrélation la diminution du nombre de photocopies distribuées en classe et l'amélioration de l'écriture manuscrite chez les enfants.

"Au cycle 3, l’écriture manuscrite fait l’objet d’une pratique quotidienne. À ce titre, l’usage des photocopies doit être strictement limité", est-il écrit, car à cette période "tous les élèves s’approprient progressivement les bases acquises au cycle précédent pour en faire une écriture ferme, régulière et lisible, de plus en plus cursive."

D'autre part, "la rédaction implique que l’élève s’approprie progressivement des schémas argumentatifs et narratifs et qu’il soit en mesure de se relire et de se corriger."

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"C'est en effet important que les élèves écrivent", déclare à BFMTV.com Jean-Rémi Girard, président du SNALC (Syndicat national des lycées et collèges), "les enseignants savent que faire écrire, faire dire, c'est une bonne chose". Écrire "participe à la mémorisation, à la construction intellectuelle de l'élève", abonde Laurent Hoefman, président du Syndicat national des écoles (SNE).

La photocopie comme outil pédagogique

Pour Norman Gourrier, secrétaire général du SNCL (Syndicat national des collèges et lycées), cette réflexion dans la note du ministère "donne le sentiment que les enseignants ne savent pas faire", qu'ils "mâchent le travail" aux élèves, avec les photocopies et qu'ils seraient donc en partie responsable des retards remarqués chez certains.

Or, si les professeurs interrogés sont d'accord sur l'importance de passer par l'écriture dans l'apprentissage de la langue, sur le fond comme la forme, ils soulignent que la photocopie est un outil important dans la pratique de leur enseignement.

"Si on fait recopier une leçon et que certains la réécrivent avec des fautes ou mal, ce sera plus difficile pour eux de l'apprendre", explique par exemple Jean-Rémi Girard. En ce sens, donner une feuille avec la leçon déjà écrite au propre, qui pourra être apprise ensuite, est tout à fait logique pour cet enseignant.

La note du ministère demande également de limiter, avec les photocopies, les exercices de "textes dits 'à trous'", soit des phrases imprimées avec mots manquants, qu'il faut remplir. Mais pour Norman Gourrier, cet exercice "permet à ceux qui ont plus de mal d'avancer" au lieu de les plonger tout de suite dans un exercice écrit plus difficile. "Il faut s'adapter à tous", juge-t-il.

Béatrice Laurent, secrétaire nationale de l'UNSA Education souligne également que "distribuer une photocopie c'est aussi de la lecture" et donc de la pratique du langage.

"Les élèves écrivent tout le temps"

Le recours à la photocopie permet aussi clairement de faire gagner du temps aux professeurs, expliquent les personnes interrogées. "Il y a une vitesse d'exécution très différente selon les élèves, certains écrivent vite, d'autres non", rappelle Laurent Hoefman, alors que le temps de classe est limité et les élèves nombreux, "il faut sans cesse traiter des cas particuliers".

"Si beaucoup d'enseignants utilisent la photocopie, c'est par manque de temps" déclare également Jean-Rémi Girard.

Béatrice Laurent rappelle qu'il y a, au collège, peu d'heures de cours par discipline. Il est donc plus facile pour les professeurs de passer une copie déjà faite sur le cours, afin de garder le temps de classe pour la discussion et les questions sur le sujet. Elle souligne au passage qu'il ne faut pas penser que l'apprentissage de l'écriture ne se fait qu'en français, "on écrit en cours d'histoire, en sciences et même en arts plastiques".

Même avec la présence de photocopies, "l'écrit est travaillé de plein de façons à l'école", assure-t-elle, aujourd'hui "les élèves écrivent tout le temps, il n'y a pas une journée sans qu'ils utilisent leur stylo."

Article original publié sur BFMTV.com