Pérou: les affrontements se poursuivent, le Machu Picchu fermé

Deux femmes réagissent et crient à la police anti-émeute juste après que celle-ci ait arrêté un manifestant lors d'une manifestation contre le gouvernement de la présidente Dina Boluarte, à Lima, le 20 janvier 2023.  - ERNESTO BENAVIDES / AFP
Deux femmes réagissent et crient à la police anti-émeute juste après que celle-ci ait arrêté un manifestant lors d'une manifestation contre le gouvernement de la présidente Dina Boluarte, à Lima, le 20 janvier 2023. - ERNESTO BENAVIDES / AFP

Un protestataire est mort samedi, à la suite d'affrontements avec les forces de l'ordre lors d'une manifestation contre la présidente Dina Boluarte à Ilave, dans le sud du Pérou, a annoncé le Défenseur du peuple local.

"Une personne est morte à Ilave à la suite des manifestations de vendredi. Il s'agit d'un habitant qui était blessé et était acheminé vers l'hôpital de Puno, mais il y est arrivé sans vie", a dit à l'AFP le Défenseur du peuple d'Ilave, Jacinto Ticona.

"Nous exhortons la police à ne pas faire un usage disproportionné de la force", a-t-il ajouté.

La réponse policière aux manifestations de vendredi à Ilave a déclenché la colère d'habitants qui ont mis le feu au commissariat samedi à l'aube, selon des images de télévision. Les affrontements entre habitants aymaras et les forces de l'ordre dans cette ville ont par ailleurs fait 10 blessés, selon des sources hospitalières.

Un autre commissariat de cette région de Puno, à Zepita, a aussi été incendié vendredi, sans faire de victime.

Fermeture du Machu Picchu

Le Pérou a par ailleurs décidé de fermer le Machu Picchu, joyau touristique inca et principale attraction du pays, en raison des troubles.

"La fermeture du réseau de sentiers incas (accès terrestres, Chemin de l'Inca) et de la Llaqta (citadelle) du Machu Picchu a été ordonnée en raison de la situation sociale et pour préserver l'intégrité des visiteurs", a indiqué le ministère de la Culture dans un communiqué.

Le chemin de fer, seul moyen de se rendre sur le site - en dehors de la marche - est coupé depuis plusieurs jours, la voie ayant été endommagée par des manifestants. Selon la compagnie qui l'exploite, des rails ont été retirés par les protestataires.

Au moins 400 touristes - dont 300 étrangers - sont bloqués au pied du site, à Aguas Calientes. "Nous ne savons pas si un train viendra nous chercher. Tous les touristes ici font la queue pour s'inscrire" en vue d'une évacuation, avait déclaré vendredi à l'AFP un touriste chilien.

Les touristes "ne peuvent pas sortir parce que le chemin de fer a été endommagé à différents endroits", a affirmé vendredi soir le ministre du tourisme Luis Fernando Helguero.

"Certains touristes ont choisi de se rendre à pied à Piscacucho mais il s'agit d'une marche de six heures ou plus et très peu de personnes peuvent la faire", a-t-il ajouté. Piscacucho est le village le plus proche du Machu Picchu relié au réseau routier.

En décembre, des touristes avaient également été bloqués au Machu Picchu avant d'être évacués par un train spécial, encadré par les forces de l'ordre et des équipes de cheminots pour réparer la voie.

46 morts depuis le 7 décembre

Les manifestations demandant la démission de Dina Boluarte et la suspension du Congrès ont fait 46 morts (45 civils et un policier) depuis le 7 décembre, à la suite de la destitution et de l'arrestation du président Pedro Castillo.

Ce leader de gauche avait été accusé d'avoir tenté de faire un coup d'Etat en voulant dissoudre le Congrès, contrôlé par la droite, qui était sur le point de le destituer pour corruption présumée. Il a été remplacé par Dina Boluarte, sa vice-présidente et membre du même parti que lui.

Le gouvernement a étendu dimanche l'état d'urgence pour 30 jours à Lima, Cusco, Callao et Puno afin de limiter les manifestations, autorisant les militaires à intervenir aux côtés de la police pour rétablir l'ordre public.

Jeudi, les régions septentrionales d'Amazonas et La Libertad et celle de Tacna, dans le sud, ont été incluses dans l'état d'urgence, si bien qu'environ un tiers du pays se trouve sous ce régime, jusqu'à la mi-février.

La crise reflète par ailleurs l'énorme fossé social entre la capitale et les provinces pauvres qui soutiennent Pedro Castillo, d'origine indigène, et qui ont vu dans son élection une forme de revanche contre le mépris qu'elles prêtent à Lima.

Article original publié sur BFMTV.com