Pénurie de nounous, manque de personnel en crèche... Faire garder ses enfants, un casse-tête pour les parents

Une crèche (photo d'illustration). - Jean-Pierre Muller - AFP
Une crèche (photo d'illustration). - Jean-Pierre Muller - AFP

Ludmilla Jestin va bientôt accoucher. Alors, cette habitante d'Île-de-France se prépare: elle cherche une place en crèche, ou une assitante maternelle, sans succès. Dans un courrier, la mairie de sa commune lui a précisé que "toutes les places à la crèche ont été attribuées".

"Il n'y a personne de disponible au moment où je cherche quelqu'un, c'est-à-dire en janvier de l'année prochaine. Il reste la crèche privée, qui est extrêmement chère et qu'on ne peut pas se permettre", regrette-t-elle, au micro de BFM Paris-Île-de-France.

17.000 crèches manquent de personnel

Partout en France, le secteur de la petite enfance fait face à une pénurie de personnel. Dans le détail, selon des chiffres publiés en juillet par la Caisse nationale d'allocations familiales (CNAF), près de la moitié des quelque 17.000 crèches manquent de personnel: plus de 9500 places, sur quelque 471.000, sont "fermées ou inoccupées à cause d'une difficulté de recrutement".

Le département le plus touché par cette pénurie est l'Île-de-France. À Saint-Germain-en-Laye, dans les Yvelines, il manque 30 personnes dans les équipes d'Audrey Pion, présidente d'une crèche.

"On a besoin de nombreux profils pour pallier les demandes: étudiantes, personnel qualifié, diplômé, expérimenté... Ce qui devient de plus en plus difficile depuis quelques années", explique-t-elle.

Comme le détaille Audrey Jenback-Desbrée, conseillère municipale déléguée à la petite enfance à Meudon (Hauts-de-Seine), cette pénurie, qui touche sa commune, est liée à plusieurs facteurs: tout d'abord, "une vague de départs à la retraite qui a été assez importante récemment et des renouvellements qui n'arrivent pas ou alors très peu". Dans son départements, "la cherté" des logements devient également un facteur aggravant.

Recruter des salariés non diplômés pour pallier le manque

Le manque de personnel de la petite enfance devient tel que les crèches pourront, dès le 31 août, recruter plus facilement des salariés non diplômés, et les former en interne. Cet arrêté ministériel officialise et harmonise les dérogations, existantes depuis les années 2000, accordées "à titre exceptionnel" aux établissements, pour le niveau de qualification exigé des adultes qui prennent en charge les moins de trois ans.

Des dérogations applicables dans un "contexte local de pénurie", précise le texte, qui prévoit des contrôles. L'employeur, s'il peut prouver qu'il a vainement cherché un salarié qualifié pendant au moins trois semaines, pourra embaucher un candidat non qualifié: il devra seulement prendre en compte son expérience, "notamment auprès d'enfants", voire tout simplement sa "motivation". Les recrutements hors diplôme ne seront possibles qu'"en cas d'absolue nécessité", et ne pourront concerner que 15% des effectifs au maximum.

"L'État se contente d'organiser la pénurie"

Une décision qui ne ravit pas les syndicats: pour le SNPPE (syndicat national des professionnels de la petite enfance), le risque est bien de "brader" les qualifications des salariés déjà en place, et de voir des mesures exceptionnelles "devenir ensuite permanentes". "L'État se contente d'organiser la pénurie", soupire Cyrille Godfroid, secrétaire général de ce syndicat, auprès de l'AFP.

"Certains gestionnaires vont utiliser cet arrêté pour maintenir les crèches ouvertes coûte que coûte. Mais pour quel niveau de service ensuite?", interroge-t-il.

Les professionnels restent donc sceptiques, d'autant que les dérogations ne concernent pas les 40% de salariés qui doivent toujours être dûment diplômés: auxiliaires de puériculture, éducateurs de jeunes enfants, etc.

Article original publié sur BFMTV.com