Que se passe-t-il avec les Ouïghours en Chine ?

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Rare photo de minorités ethniques, dont des Ouïghours, incarcérées dans la région de Xinjiang, en Chine. Les détenus sont ici en train d'écouter un discours de "déradicalisation».

Depuis plus de trois ans, de très nombreux Ouïghours, ethnie musulmane de la région du Xinjiang, en Chine, sont enfermés dans des camps et surveillés par les autorités chinoises. Un sujet sur lequel les prises de positions se multiplient, y compris de la part du footballeur Antoine Griezmann. Explications.

Depuis plusieurs années, le traitement réservé aux Ouïghours par le gouvernement chinois choque le monde entier. Encore plus depuis quelques mois, suite à de nombreuses révélations comme une enquête sur la stérilisation forcée de cette population, la découverte d’un logiciel du gouvernement chinois permettant de cibler cette minorité ou encore la diffusion d’images où l’on aperçoit des Ouïghours yeux bandés, mains liés et crânes rasés sur les réseaux sociaux.

Ces camps secrets du gouvernement où sont enfermés les Ouïghours, ethnie musulmane de la région du Xinjiang, ont fait l’objet de condamnations internationales mais la Chine a formellement démenti ces “accusations sans fondement” avant de recevoir le soutien de 46 pays.

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L’Empire du Milieu niait encore totalement l’existence de ces lieux en octobre 2018 mais a changé de discours du jour au lendemain pour justifier l’enfermement d’environ un million d’Ouïghours. Le Parti communiste chinois a expliqué que ces personnes étaient incarcérées dans des “centres de formation professionnelle” pour “lutter contre le terrorisme”, “favoriser la stabilité sociale” et “éduquer et transformer” cette minorité pour leur offrir des “opportunités d’emploi”.

Sauf qu’en réalité, le gouvernement chinois surveillerait de très près et séquestrerait cette minorité ethnique musulmane dans des camps officiellement appelés “camps de rééducation politique” qui servent en fait à exterminer ou endoctriner cette minorité.

Des documents secrets révèlent des preuves

Le 16 novembre dernier, le New York Times a dévoilé des documents officiels chinois qui précisent la politique répressive menée par le gouvernement à l'encontre des Ouïghours dans la région du Xinjiang. Il s’agit de l’une des fuites de documents les plus importantes au sein du parti communiste au pouvoir depuis 70 ans.

403 pages de documents ont été fournies par un membre de l’élite politique chinoise, voulant rester anonyme, au quotidien américain. Ces documents montrent que dès 2014, après l'attaque d'une gare par des militants ouïghours qui avait fait 31 morts, le président chinois Xi Jinping a donné l’ordre d’être “sans aucune pitié” contre le terrorisme et le séparatisme dans la région à majorité musulmane du Xinjiang. Il appelle à une “lutte totale contre le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme” en utilisant les “organes de la dictature”.

Ces “Xinjiang Papers” détaillent également les instructions données aux autorités locales pour expliquer aux étudiants de retour dans la région que leur famille a été emmenée dans des camps pour être “formés” et que bien qu’ils n’ont pas commis de crime, ils ont été contaminés par le “virus” de l’extrémisme et doivent être soignés “avant que la maladie ne dégénère”. Avec la fuite de ces documents, on s’aperçoit que le régime chinois, qui habituellement renie publiquement le terme de “camps de concentration”, n’hésite pas à l’utiliser, dans les échanges entre dirigeants.

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Des témoignages accablants

Selon un témoignage d’un ancien détenu dans les colonnes de Libération, dans ces bâtiments entourés de barbelés et aux vitres bouchées, les détenus doivent chanter l’hymne du parti communiste chinois, réciter par cœur la pensée du président Xi Jinping et regarder des vidéos de propagande. Ils auraient également l’interdiction de parler le ouïghour, de pratiquer leur religion et de respecter leurs traditions, sous peine de punition ou de torture. La Chine collecterait même les organes de cette minorité afin d’avoir des réservoirs d’organes pour les hôpitaux du pays. Selon une étude publiée lundi 29 juin par la Jamestown Fondation, le gouvernement chinois procède à des stérilisations forcées sur cette minorité. Preuve de ce “génocide démocratique”, le taux de natalité a baissé de 60% dans deux grandes villes du Xinjiang et au cours de l’année 2018, 80% des stérilets posés en Chine l’ont été dans cette région, selon les auteurs de l’enquête.

The China Tribunal, un organisme indépendant étudiant et reportant le respect des droits de l’homme en Chine, a avancé des preuves selon lesquelles le trafic d’organes était parfois réalisé sur des personnes encore vivantes. Une vidéo prise par un drone, publiée sur Youtube le 17 septembre dernier et ayant refait surface en ce mois de juillet 2020, montre que des déplacements massifs de détenus ouïghours ont été secrètement effectués. On y voit des prisonniers, la tête rasée, un bandeau sur les yeux et les mains liées derrière le dos sous la surveillance d’hommes armés.

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En ce début d’année 2021, Le Monde a mené une enquête vidéo apportant de nouvelles preuves de la situation dans ces camps d’internements dont la réalité est très éloignée de ce que communique le régime chinois. Dans cette enquête, des vidéos - ayant échappé à la censure - provenant des réseaux sociaux chinois ont été “authentifiées et recoupées avec des vues satellites et des documents officiels” et prouvent l’enrôlement de cette minorité dans des programmes de travail forcé, notamment dans des champs de coton.

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Les origines de cette oppression

Ce sont des émeutes ethniques qui ont déclenché les hostilités. En juillet 2009, à Urumqi, capitale du Xinjiang, Ouïghours et Hans (l’ethnie majoritaire en Chine à 92%) s’affrontent dans les rues. Le bilan est de près de 200 morts et d’environ 2 000 blessés. Depuis ce jour, le gouvernement chinois a décidé de renforcer sa politique sécuritaire dans la région autonome du Xinjiang, un véritable tournant pour les Ouïghours. Des attaques terroristes perpétrés par des Ouïghours à Pékin en 2013 puis à Kunming et Urumqi en 2014, n’ont fait que renforcer les mesures extrêmes prises par le gouvernement pour enfermer le Xinjiang et restreindre la liberté de parole et de la mobilité de la population ouïghoure. La construction des camps aurait, quant à elle, véritablement débuté en mars 2017.

La population harcelée

Si un dixième de la population ouïghoure serait enfermé dans ces camps, le reste de la région du Xinjiang est une véritable prison à ciel ouvert. Les autorités mettraient des moyens technologiques très importants pour surveiller les Ouïghours : caméras, logiciels espions dans les téléphones, vols des données biométriques ou encore interdiction de voyager sans autorisation. Téléphoner à l’étranger ou s’y rendre, porter une barbe, refuser de boire de l’alcool ou donner un prénom musulman à son enfant peut suffire à être emmené en prison ou condamné à mort pour “extrémisme religieux”.

Lors de l’été 2019, Nihad Jariri, une journaliste jordanienne, est allée en vacances dans la province du Xinjiang et s’est rendue compte que des dispositifs de reconnaissance faciale étaient installés à l’entrée des mosquées, pour repérer les musulmans les plus pratiquants, comme elle l’a expliqué à nos confrères de France 24.

Hors des frontières de la Chine, la diaspora ouïghoure essaie de récupérer des images via l’application TikTok, pour avoir des nouvelles de leur famille mais également pour avertir le monde sur leur situation et donc dénoncer la propagande chinoise.

Que font les autres nations ?

En mars 2019, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et désormais Haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, a demandé à la Chine de donner un “accès total” à la région du Xinjiang. Ce à quoi Pékin a répondu : “Le Xinjiang est une région ouverte, toutes les parties sont les bienvenues, y compris des fonctionnaires de l’ONU, pourvu qu’elles respectent les lois et règlements chinois.” Avant d’ajouter que l’ONU devra “s’abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de la Chine et d’empiéter sur la souveraineté chinoise.” Des visites très encadrées des “centres de formation professionnelle” pour adultes ont été organisées.

Grâce à des images satellites, la BBC a démontré que les clôtures électriques et les miradors ont été démontés et des terrains de sports installés avant la visite. Au mois de juillet dernier, 22 pays - dont la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne - ont signé une lettre envoyée à l’ONU pour dénoncer la situation. Ces pays ont appelé Pékin à “s’abstenir de toute détention arbitraire et restriction à la liberté de mouvement des Ouïghours.” Aujourd’hui, ce sont pas moins de 46 pays qui soutiennent la Chine, dont de nombreux pays musulmans, qui appellent la communauté internationale à ne pas se fier à des “informations non confirmées avant de visiter le Xinjiang.”

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Les États-Unis passent à l’action

Au mois de juillet dernier, les États-Unis ont décidé de passer à l’action en donnant des sanctions à la Chine pour son traitement des Ouïghours, en sanctionnant plus d’une dizaine d’entreprises chinoises pour leur participation à cette persécution. L’administration Trump a dénoncé d’“effroyables pratiques”, “des abus horribles et systématiques” et a infligé des sanctions inédites à l’encontre de dirigeants chinois, dont Chen Quanguo, considéré comme “l’architecte de la politique sécuritaire de Pékin au Xinjiang”, comme le souligne Libération. Des sanctions qui sont intervenues suite à la révélation du programme de stérilisation forcée et qui ont également poussé d’autres marques occidentales à faire part de leur volonté d’avoir plus d’informations sur leurs sous-traitants.

De plus en plus de pression sur Pékin

Au début du mois de décembre 2020, le géant des télécoms chinois Huawei a été pointé du doigt aux États-Unis pour son implication dans le développement de logiciels de reconnaissance faciale permettant de repérer des personnes d’apparence ouïghoure, selon des informations relayés par le Washington Post. Suite à cette annonce, le footballeur français Antoine Griezmann a décidé de rompre son partenariat avec Huawei pour défendre les droits de cette minorité musulmane tout en invitant la marque “à ne pas se contenter de nier ces accusations mais à engager au plus vite des actions concrètes pour condamner cette répression de masse”.

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Au fil des mois, de plus en plus de citoyens sur les réseaux sociaux, de journalistes du monde entier, de célébrités ou encore d’associations viennent dénoncer ces pratiques allant à l’encontre de droits de l’homme.

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Ces nombreuses prises de position et réactions vont-elle Pékin à modifier sa communication ou sa politique sur la situation ? Rien n’est moins sûr...

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