La mort d’Élizabeth II montre à quel point les Britanniques fétichisent la famille royale

Britain's Queen Elizabeth II meets members of the public as she arrives at The Lexicon shopping centre during a visit to Bracknell, west of London on October 19, 2018. - The Bracknell Regeneration Partnership is transforming Bracknell town centre into an exciting one million square foot shopping and leisure destination, The Lexicon Bracknell. The Lexicon represents one of the biggest town centre regenerations in the UK. (Photo by HENRY NICHOLLS / POOL / AFP)
HENRY NICHOLLS / AFP Britain's Queen Elizabeth II meets members of the public as she arrives at The Lexicon shopping centre during a visit to Bracknell, west of London on October 19, 2018. - The Bracknell Regeneration Partnership is transforming Bracknell town centre into an exciting one million square foot shopping and leisure destination, The Lexicon Bracknell. The Lexicon represents one of the biggest town centre regenerations in the UK. (Photo by HENRY NICHOLLS / POOL / AFP)

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On peut vivre toute une vie sur la nostalgie d’une médaille. Cependant, ce qui demeure pathétique est bien l’engouement immodéré des classes populaires pour ces mêmes fastes !

PSYCHOLOGIE - Une récente étude montre que les fastes monarchiques coûtent 86 millions de livres par an (1,50 euro par habitant) au Royaume-Uni… Mais rapportent 25 milliards de livres à l’économie britannique (essentiellement dans le secteur touristique1). L’attachement des Anglais à leur bon vieux système s’explique bien sûr par la vertu anxiolytique de cette mythologie, auréolée d’une protection salvatrice (« God save the Queen »), du sens de la loyauté, d’une pérennité rassurante à travers les âges, depuis 1603. Tout cela vaut bien 1,50 euro par habitant et par an. Toutefois, je suis toujours éberlué de voir à quel point les fastes, les paillettes, les amours tumultueuses, les rivalités intestines des monarques font le lit de l’endormissement général.

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Sérieusement, entre les errements de Kim Kardashian et de Camilla, peut-on voir une profonde différence ? Il y a une sorte de vulgarité dans le traitement médiatique des Couronnes. N’est pas la Princesse Grace qui veut, et le « syndrome Steph’ de Monac’ » ne s’est pas arrêté aux portes du Rocher monégasque.

Pleurer Élizabeth II comme sa propre grand-mère

C’est une chose de respecter la tradition royaliste et de désirer qu’elle se perpétue (comme 70 % des Anglais interrogés), c’est autre chose de fétichiser la Couronne, de pleurer Élizabeth II comme s’il s’agissait de sa grand-mère nonagénaire. Et encore, de sa grand-mère ! Il n’y a qu’à voir les conditions dans lesquelles meurent nos séniors dans les EHPAD pour constater qu’en matière de vieillissement, notre capital financier nous fera blanc ou noir.

Les statistiques révèlent que les personnes âgées sont les premières à souhaiter la perpétuation de la monarchie. Ce n’est pas tant le fait de fétichiser des êtres et une tradition qui est problématique… En effet, que les conservateurs nantis et assis sur de confortables retraites, se réjouissent de voir le champagne couler à flots pour Kate et William n’a rien de surprenant ! Qui leur en voudrait, quand l’on sait que ce champagne a une quantité limitée et qu’il arrivait à Shakespeare lui-même de jouer jusqu’à quatorze fois dans l’année devant le Roi ? Il faut bien avouer que l’argent, les privilèges et le souvenir que l’on en a, ont toujours notabilisé les êtres. Reliquats des fameuses « protections royales ».

L’engouement immodéré pathétique

On peut vivre toute une vie sur la nostalgie d’une médaille. Cependant, ce qui demeure pathétique est bien l’engouement immodéré des classes populaires pour ces mêmes fastes ! Plutôt que de s’instruire, d’aiguiser leur conscience de masse ubérisée, toujours plus pressurisée par un hypercapitalisme dont Margaret Thatcher n’aurait pas rougi, les « gens de peu » n’en finissent pas de glorifier la Reine, qu’ils n’ont pas honte d’ériger en « Icône du peuple » ! Le comique va plus loin : cette même Reine, honnie il y a très exactement 25 ans, à la mort de Lady Diana sous un pont de Paris, a retrouvé ses galons de Queen idéale, une idéalité sans doute forgée dans « le grand âge ».

Remarquons d’ailleurs que ce fameux « grand âge », respectable dans le Palais de Buckingham, est pourtant jeté en pâture dans les égouts de Londres, si l’on en croit le nombre croissant de sans-domicile-fixe de plus de soixante-dix ans… Il y a vieux et vieux, dirons-nous. « Jeunesse paresseuse, vieillesse pouilleuse », dit un proverbe anglais. Peut-être, mais pas pour les monarques, qui ont le luxe, eux, de représenter quelque chose pour quelques-uns et, en cela, d’avoir un travail intrinsèquement lié à leur naissance.

Plus c’est gros, plus ça passe

Plus le carrosse est clinquant, plus ceux qui le voient passer se sentent fiers d’être témoins de l’Histoire. Et pour peu que les médias leur racontent que cette histoire, c’est « la leur », et ils repartent, la fleur au fusil, vers des horizons patriotiques teintés de belles promesses.

Longtemps, avant de mourir chez elle de sa belle mort, ma grand-mère nonagénaire me disait cette expression corse : « Fa orette cume l’Inglesi » (Sois toujours d’accord, comme les Anglais).

J’ignore d’où vient cette expression mais je sais une chose : il y a une sorte de consentement à la servitude dans cette forme d’allégeance culturelle, de respect immodéré, de fétichisation des icônes royales.

1  La monarchie britannique a coûté 1,50 € à chaque citoyen en 2020 (histoiresroyales.fr)

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