L'ex-président égyptien Moubarak blanchi pour la révolte de 2011

par Mahmoud Mourad et Haitham Ahmed
L'ancien président égyptien Hosni Moubarak est transporté en civière avant son procès au Caire. Moubarak a été acquitté jeudi des accusations d'implication dans le meurtre de manifestants durant la révolte de 2011 qui a mis fin à ses 30 années de pouvoir, à l'issue d'un ultime procès devant la Cour de cassation. /Photo prise le 2 mars 2017/REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

par Mahmoud Mourad et Haitham Ahmed

LE CAIRE (Reuters) - L'ancien président égyptien Hosni Moubarak a été acquitté jeudi des accusations d'implication dans le meurtre de manifestants durant la révolte de 2011 qui a mis fin à ses 30 années de pouvoir, à l'issue d'un ultime procès dans cette affaire.

Moubarak a été le premier des chefs d'Etat renversés dans le cadre des "printemps arabes" à être jugé. Les télévisions arabes ont beaucoup retransmis ses procès où, isolé dans une cage, il devrait répondre de faits allant de la corruption à la complicité dans la mort des manifestants tués par les forces de l'ordre.

L'ancien raïs, qui est âgé de 88 ans, a d'abord été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en juin 2012 pour complicité dans la mort de 239 manifestants pendant les 18 jours de révolte qui ont commencé le 25 janvier 2011.

Une série d'appels et de nouveaux procès ont eu lieu jusqu'au recours interjeté par le ministère public contre une décision de 2014 favorable à l'ancien chef de l'Etat, qui l'a conduit jeudi devant la Cour de cassation.

Au terme d'une journée d'audience, le juge Ahmed Abdel Kaoui a annoncé : "La cour déclare l'accusé innocent."

La cour a également rejeté la demande de réouverture des procès civils présentée par les avocats des victimes, ce qui ne laisse plus aucune possibilité de voir cette affaire jugée devant une quelconque juridiction, dit-on de source judiciaire.

Les familles de ceux qui ont été tués, qui ont assisté aux audiences à des phases antérieures de cette saga judiciaire, n'étaient pas présentes jeudi. Leurs avocats ont condamné une décision politique.

"Cette décision n'est pas juste et pas équitable. Le système judiciaire est politisé", a déclaré Osman al Hefnawy, un des avocats des familles.

"CELA N'A PAS EU LIEU"

La salle d'audience était remplie de partisans d'Hosni Moubarak. Ils ont crié "longue vie à la justice" à l'énoncé du verdict et ont déployé des affiches de leur ancien dirigeant.

Plusieurs centaines de manifestants avaient été tués par la police au début du soulèvement contre Hosni Moubarak en janvier 2011. L'ancien chef de l'Etat a toujours nié en avoir donné l'ordre.

La plupart des responsables de l'ancien régime poursuivis pour leur rôle dans les violences ou pour corruption ont été acquittés.

Le renversement de Moubarak a débouché sur les premières élections libres en Egypte qui ont porté au pouvoir le président islamiste Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans. Celui-ci n'est resté qu'un an en fonction. Après de grandes manifestations contestant son autorité, il a été renversé par le chef de l'armée qui n'était alors que général, Abdel Fattah al Sissi, qui a ensuite été élu président en 2014.

Hosni Moubarak s'est toujours déclaré innocent. Il estime que l'histoire lui rendra justice et le réhabilitera comme un patriote ayant servi son pays avec abnégation. Il a fait un signe de la main à ses partisans disséminés dans le public.

Le juge a lu à l'ancien président l'acte d'accusation qui lui reproche d'avoir fourni des véhicules et des armes utilisés contre les manifestants et de n'avoir pas agi pour empêcher des morts.

Dans le box des accusés, en chaise roulante et sans ses traditionnelles lunettes noires, Hosni Moubarak a répondu : "Cela n'a pas eu lieu".

L'ancien raïs est monté dans un hélicoptère après le verdict pour retourner à l'hôpital dans le quartier résidentiel de Maadi au Caire où il a déjà purgé une peine de trois ans dans une affaire de corruption, seule affaire pour laquelle il a été condamné.

On indique dans son entourage que bien qu'il soit libre de rentrer chez lui, il préfère rester à l'hôpital militaire, devenu son domicile où il est sous surveillance constante.

(Haitham Ahmed et Mahmoud Mourad; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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