La jeunesse dans la rue jeudi contre la réforme des retraites? La macronie n'y croit pas vraiment

Une manifestation contre Parcoursup le 15 janvier 2018 à Paris  - FRANCOIS GUILLOT / AFP
Une manifestation contre Parcoursup le 15 janvier 2018 à Paris - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Ne pas vraiment l'envisager tout en croisant les doigts. Face à l'appel à manifester contre la réforme des retraites lancé par plusieurs organisations de jeunesse, la macronie n'envisage pas une mobilisation massive dans les lycées et les facultés. Mais certains mettent en garde contre le risque de blocages dans les établissements scolaires.

"Je ne pense pas que les jeunes tombent dans le panneau du discours des partis politiques", juge auprès de BFMTV.com le député Renaissance Guillaume Karasbian, présidente de la commission des affaires économiques à l'Assemblée.

Des mots d'ordre qui dépassent la question des retraites

Même son de cloche du côté de Fadila Khattabi, qui dirige la commission des affaires sociales au Palais Bourbon. "La réforme des retraites, on ne m'en parle pas, ni chez les jeunes ni chez les moins jeunes. On m'interpelle plutôt sur l'inflation", assure la députée de Côte-d'Or.

Dès le mois de décembre, les syndicats étudiants comme l'UNEF, la Fidl ou encore MNF se sont pourtant inquiétés de l'allongement de l'âge de départ à la retraite. "La jeunesse, déjà fortement touchée par la précarité, serait fortement impactée par ce projet", assurent-ils alors dans un communiqué de presse.

Si les mouvements de jeunesse appellent à rejoindre la mobilisation des syndicats du 19 janvier, ils sont à l'initiative d'une marche, 2 jours plus tard, dont La France insoumise a pris la tête. Avec, ce jour-là, un mot d'ordre qui dépasse la réforme des retraites mais qui demande aussi la fin de Parcoursup, la réforme d'orientation après le bac mise en place en 2018 - et des solutions contre la précarité étudiante.

"On sent bien qu'il va se passer quelque chose. La jeunesse dans la rue est d'une certaine façon la plus grande peur d'Emmanuel Macron", avance le député insoumis, Louis Boyard, ex-leader de la contestation lycéenne, auprès de BFMTV.com.

"Rien à voir" avec le CPE

Les syndicats de jeunesse ont un exemple en tête: celui du Contrat Première embauche (CPE). En janvier 2006, dès l'annonce de ce contrat de travail spécifique aux moins de 26 ans, des millions de personnes dont la plupart avait entre 18 et 25 ans se mobilisent pour faire retirer ce projet de loi.

À ces manifestations d'ampleur, se greffe le blocage d'une quarantaine d'universités. Malgré son adoption au Parlement, les grévistes ne désarment pas et obtiennent finalement le retrait du projet de loi.

"On a une mesure qui n'est en rien spécifique aux plus jeunes. Elle va concerner tout le monde. On ne peut pas tout comparer", assure cependant Ambroise Méjean, le président des Jeunes avec Macron.

"Je ne crois pas à ce genre de scénario. Le CPE n'était pas une promesse de campagne. Nous, on a bien annoncé la couleur. On nous ressort toujours cette histoire mais ça n'a rien à voir", juge encore un conseiller ministériel.

"Difficile de faire rentrer les jeunes à la maison"

L'hypothèse d'une mobilisation massive des jeunes n'a cependant rien d'impossible. En 2010, alors que François Fillon défend le décalage de l'âge de départ à la retraite de 60 à 62 ans, une dizaine d'universités sont bloquées pendant plusieurs jours.

Plusieurs manifestants lycéens sont également blessés lors d'échauffourées avec les forces de l'ordre en Haute-Savoie, dans le Calvados et en Seine-Saint-Denis, parfois grièvement. Sans cependant faire plier le gouvernement.

"Ce n'est pas facile de faire descendre les jeunes dans la rue, mais quand ils y sont, c'est difficile de les faire rentrer à la maison. Vous n'avez pas la question du salaire en moins comme pour les salariés", décrypte Raymond Soubie, l'ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l'Élysée.

Avant d'ajouter : "on peut avoir affaire à une sorte de romantisme révolutionnaire avec des revendications assez floues. La réforme des retraites ne la concernera que dans très longtemps".

"Nous, on n'aura rien à la retraite"

Pourtant, 59% des moins de 35 ans estiment que l'âge de départ à la retraite est déjà excessif, d'après un sondage de l'Institut Montaigne. De quoi pousser la macronie à regretter un défaut de "pédagogie".

"Les jeunes ne comprennent pas le système actuel", explique ainsi Prisca Thevenot, députée et porte-parole du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale.

Et de citer un échange impromptu dans le métro avec une jeune femme d'une vingtaine d'années qui lui expliquait "ne pas savoir pourquoi ni pour qui elle cotisait". "Nous, on n'aura rien à la retraite", ajoutait-elle encore.

Une mobilisation "paradoxale"

Face une réforme que certains dans les rangs de la macronie jugent trop technique - à l'instar du patron du Modem, François Bayrou, qui a appelé ce dimanche matin sur BFMTV "à un travail" pour "que chaque citoyen ait les moyens de se faire une opinion" - beaucoup plaident pour des efforts d'explication.

"Ce serait quand même paradoxal de manifester contre une réforme qui vise à équilibrer notre système pour que les jeunes eux-mêmes puissent avoir une retraite plus tard", tance encore l'élu Renaissance Guillaume Karasbian.

Emmanuel Macron lui-même appelé sa majorité à "ne pas être techno mais pédago" lors d'un petit-déjeuner à l'Élysée. De quoi convaincre les étudiants?

"Moi, je crois qu'au contraire, on a tous très bien compris la réforme. On a toutes les cartes en main pour la faire échouer", avance Louis Boyard. En écho, Élisabeth Borne a déjà expliqué vouloir "continuer de s'employer à convaincre".

Article original publié sur BFMTV.com