INTERVIEW. "Certains 'pourquoi' qui n'ont pas de réponse en auront dans le futur" mais la question ne sera alors plus la même

ROMAIN GAILLARD/REA

La question du "pourquoi" est-elle inhérente à la démarche scientifique ? Historiquement, les savants n'ont pas été d'accord entre eux sur cette interrogation. Surtout, la réponse évolue à mesure que les connaissances s'enrichissent.

Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir - La Recherche n°905-906, daté juillet-août 2022.

Philippe Huneman est philosophe des sciences et auteur du livre "Pourquoi ? Une question pour découvrir le monde" (Flammarion/ Autrement), publié en 2020.

Sciences et Avenir : Dans votre livre "Pourquoi ? Une question pour découvrir le monde", vous estimez que l'interrogation du pourquoi est cruciale en science, tout en précisant que cette position n'a pas toujours été évidente dans l'histoire des sciences…

Philippe Huneman : Certains auteurs ont avancé que la science ne demande pas le pourquoi mais le comment. Ainsi, pour le physicien et épistémologue Pierre Duhem (1861-1916), la science n'explique pas, elle décrit. Donc elle ne cherche pas les causes. Pour le philosophe et mathématicien Bertrand Russell (1872-1970), la notion de causalité est même complètement archaïque. John von Neumann (1903-1957) disait également que la science n'explique pas, elle ne fait que des modèles. Ces modèles mathématiques ou informatiques ont des analogies avec le phénomène décrit, qui lui n'est pas mathématique. Dans cette approche positiviste, l'explication scientifique se passe de causes.

Ce courant persiste-t-il aujourd'hui ?

Cela renvoie au débat entre réalistes et antiréalistes en philosophie des sciences. Les premiers affirment que la science tend à dire la réalité ; les seconds qu'elle fait des descriptions qui permettent ensuite de faire des actions, comme poser une sonde sur une comète. Mais les positions spontanées des chercheurs sont entre ces extrêmes.

Vous écrivez que "poser la question 'pourquoi ?' présuppose qu'il y a une réponse". Mais est-ce toujours le cas ? Par exemple, Jacques Monod disait buter sur deux inconnaissables, l'émergence de la pensée dans le cerveau et l'origine de la vie…

La différence entre ce qui n'a pas de pourquoi et ce qui en a un va dépendre d'abord de choix métaphysiques implicites. Le scientifique s'inscrit aussi dans le cadre d'une traditi[...]

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