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Interdisciplinarité, petits groupes... Les méthodes de trois lycées pour faire réussir leurs élèves

La publication du classement des meilleurs collèges et lycées de France par BFMTV ce mercredi 20 mars, basé sur les "indicateurs de réussite" aux examens a permis de mettre en évidence un certain nombre de disparités entre les établissements de Paris et ceux du reste des régions françaises.

Les collèges ont été départagés selon plusieurs critères: leur taux de réussite au brevet en 2023, la note brute à l'écrit la même année: la moyenne pour les épreuves écrites de français, mathématiques, sciences et histoire-géographie, avant majoration éventuelle par le jury et leur "valeur ajoutée" pour ces deux indicateurs.

Les lycées, quant à eux, ont été départagés selon quatre critères: leur taux de réussite au baccalauréat en 2023, leur taux de mentions la même année ainsi que leur "valeur ajoutée" pour ces deux indicateurs. Cette "valeur ajoutée" mesure "la différence entre les résultats obtenus et les résultats espérés, compte tenu des caractéristiques scolaires et socioprofessionnelles des élèves". Autrement dit, plus la valeur ajoutée d'un établissement est élevée, plus il a dépassé les attentes étant donné le profil des élèves.

Une "ambiance familiale"

Ce qui peut vouloir dire, précise le ministère de l'Éducation, qu'il a "su développer chez des élèves, peut-être moins bien dotés au départ, les connaissances et les capacités qui ont permis leur succès". Quelques établissements scolaires ont expliqué à BFMTV quelles mesures ils ont mis en place pour tirer leurs élèves vers le haut.

Dans le Bas-Rhin, le lycée Georges Imbert, à Sarre-Union, met en avant ses petits effectifs, avec seulement trois classes de première et trois classes de terminale. "Ce qui fait la particularité de cet établissement, c'est son ambiance familiale", affirme à BFM Alsace Jérôme Halter-Mingaud, qui y enseigne l'histoire-géographie. "Les élèves connaissent bien leurs professeurs, on connaît bien les élèves et on construit patiemment un lien de confiance avec eux"

"Les professeurs nous connaissent tous, ils portent vraiment attention à leurs élèves", assure aussi Lucie Masslo, élève en terminale.

Les classes sont particulièrement petites pour les enseignements de spécialité. "C'est un choix de mettre les moyens sur le niveau de terminale" avec "des effectifs qui sont faibles en enseignements de spécialité", ceux qui "vont généralement déterminer la poursuite d'études" et "ont les plus gros coefficients au baccalauréat"; explique Géraldine Saccucci, la proviseure du lycée. Résultat: 100% de réussite au bac en 2023, dont 80% avec mention (contre 59% attendus).

Une revue de la littérature existante sur les effets de la taille des classes sur la réussite scolaire menée par l'Institut des politiques publiques soulignait en 2017 que "le dédoublement d’une classe de 24 élèves améliore les performances moyennes des élèves de façon significative, et il est même possible d’en voir les effets à long terme sur les trajectoires scolaires et l’insertion professionnelle". Mais selon une étude publiée par la DEPP en 2022, la France possède des classes les plus chargées parmi les 22 pays de l'Union européenne membres de l'OCDE, avec 22 élèves par classe en primaire en moyenne et 26 élèves par classe en moyenne au collège.

De l'interdisciplinarité

Au Bourget, le lycée Germaine Tillion favorise l'interdisciplinarité, encouragée par l'Education nationale. Par exemple, un professeur d'arts plastiques et un professeur de SVT vont créer un cours commun sur la pigmentation.

Selon le proviseur, une vingtaine de sessions interdisciplinaires sont organisées par les enseignants tous les ans. "J'enseigne la SVT, je les vois 1h30 par semaine, ce qui est moins que d'autres matières et en les voyant dans ce dispositif", cela "permet de mieux les connaître", explique par exemple Ludivine à BFMTV. Le taux de réussite au bac de ce lycée a été de 97% en 2023.

Un volume horaire augmenté

À Jarny, en Meurthe-et-Moselle, le lycée Jean Zay a choisi d'augmenter le volume d'heures alloué aux enseignements de spécialité. Les élèves de terminale générale et technologique suivent deux spécialités et passent des épreuves qui ont chacune un coefficient 16 pour le baccalauréat. "Si on n'avait pas cette heure supplémentaire, on aurait effectivement un programme qu'on déroulerait à une vitesse assez dense pour les élèves", estime Dominique de Simone, professeur de sciences de l'ingénieur au lycée Jean Zay.

"Le fait d'avoir deux heures en plus, ça nous relâche. On a le temps d'approfondir des trucs qu'on n'a pas forcément compris", affirme aussi Thimothy, élève de terminale. Thomas juge aussi le dispositif "assez positif" car les enseignants savent "qu'ils vont avoir le temps de finir leur programme" et sont donc "plus relâchés". En 2023, 98% des élèves ont obtenu leur bac (contre 95% attendus), dont 60% avec mention.

Le proviseur du lycée, Philippe Vansteene, reconnaît que ces deux heures supplémentaires font des "emplois du temps plus lourds". D'autant que les Français passent déjà en moyenne plus de temps à l'école que les autres pays de l'OCDE. Le temps passé à l'école dans le cadre de l'enseignement obligatoire (de 3 à 16 ans) représente 8.192 heures en France, contre 7.634 heures en moyenne dans l'OCDE, selon des chiffres communiqués par l'organisme de recherche intergouvernemental en 2023.

"En même temps, on sent une sérénité parce que (les élèves, NDLR) ont la conviction d'être bien préparés à des épreuves lourdes de coefficient", assure Philippe Vansteene.

L'origine sociale, un facteur important

De nombreux facteurs influencent la réussite scolaire, dont l'origine sociale. "Même avec de bons résultats en début de scolarité, les enfants de famille modeste ont des parcours en moyenne plus heurtés, aux débouchés nettement moins favorables" que ceux issus d'un milieu favorisés, selon un rapport publié par France Stratégie en septembre 2023.

Sept ans après leur entrée en sixième, près des deux tiers des élèves d’origine favorisée accèdent à l’enseignement supérieur, contre un quart des élèves d’origine modeste, d'après cet organisme d'études et de prospective qui dépend du Premier ministre. Ce rapport souligne aussi que "les performances des élèves français sont parmi celles de l’OCDE qui dépendent le plus des caractéristiques socioéconomiques".

Article original publié sur BFMTV.com