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Le Graët, Diacre, montres de luxe... Ce que révèlent les archives de l'audition de Florence Hardouin devant l’Assemblée

Le Graët, Diacre, montres de luxe... Ce que révèlent les archives de l'audition de Florence Hardouin devant l’Assemblée

Après un bref propos introductif de la présidente de la commission d’enquête, Béatrice Bellamy, l’ancienne directrice générale de la Fédération Française de Football entre directement dans le cœur du sujet. "Vous m’interrogez de manière assez large sur le fonctionnement de la Fédération et sur le comportement que j’ai pu avoir, 'brutal' et 'erratique' selon certains", explique Florence Hardouin. "Ce n’est pas moi qui le dis, mais le rapport de l’IGESR", rétorque la présidente. "Bien sûr", concède l’ancien DG de la FFF.

Devant la commission, l’ancienne escrimeuse ne mâche pas ses mots. "À mon arrivée en 2008, j’ai mené une grosse transformation organisationnelle pour faire gagner la Fédération en efficacité. Ce n’était pas simple, des gens qui sont là depuis trente ans et n’ont jamais rien connu d’autre que la Fédération ne sont pas habitués à des méthodes de travail un peu rigoureuses", évoque l’ex-directrice générale de la FFF.

"J’aime bien quand le travail est bien fait, mais toujours dans un objectif de performance et pour faire progresser l’institution", ajoute-t-elle.

La Coupe du Monde 2018 a "attisé beaucoup de jalousies"

Florence Hardouin revient ensuite sur son "comportement erratique", et répète qu’aucun "problème n’est jamais sorti" jusqu’en 2020. "Il y a eu, je pense, deux faits déclencheurs. Premièrement, la victoire en Coupe du monde, qui a attisé beaucoup de jalousies. Le poste de DG de la Fédération française de football est très exposé et très envié", explique-t-elle devant la commission d’enquête. Ces propos sont tenus sous serment. L’ancienne DG va même plus loin.

"Combien de fois ai-je entendu dire dans les couloirs: 'De toute façon, c’est une femme, elle n’y connaît rien en foot!'", se rappelle-t-elle.

Elle affirme que "pour se protéger", elle a mis "une carapace". L’autre "fait déclencheur", selon Florence Hardouin, serait le lancement du plan de sauvegarde de l’emploi au sein de la fédération la plus puissante de France. Elle revient en longueur sur les coulisses de cette FFF. "En ce qui concerne les dysfonctionnements, deux populations coexistent au sein de la Fédération française de football: ceux qui y sont entrés il y a une dizaine d’années n’ont pas du tout le même profil que ceux qui sont là depuis vingt ou trente ans, et ce n’est pas toujours évident à manager, affirme Florence Hardouin devant les députés. De plus, contrairement à une entreprise, l’institution compte des élus et des bénévoles. Les modes de fonctionnement ne sont pas du tout les mêmes. Aujourd’hui, les salariés sont recrutés pour leurs compétences. Il faudrait parvenir à ce que ce soit aussi le cas de certains élus qui occupent des postes clés".

Florence Hardouin explique aussi devant cette commission qu’elle "réserve aux enquêteurs" tous les "propos" concernant ses "relations avec M. Le Graët". L’ancien président de la 3F est visé depuis janvier 2023 par une enquête préliminaire du parquet de Paris pour "harcèlement moral et sexuel". Devant cette commission, Florence Hardouin assume aussi avoir retiré sa plainte l'été dernier contre l'ancien patron de la FFF, même si ce retrait ne signifie pas fin de l'enquête.

Une DG en "immersion" avec les Bleus en 2018

L’ex-DG est ensuite interrogée par la députée EELV Sabrina Sebaihi sur l’Euro 2021. "Didier Deschamps nous a indiqué que M. Noël Le Graët avait donné la consigne que vous ne soyez plus en lien avec le sélectionneur et son staff au moment de l’Euro", questionne la députée. "En 2021, pendant le Covid, j’étais encore avec eux; le président m’avait dit : 'Moi, je ne viendrai pas, je ferai juste l’aller-retour, j’arrive le matin du match et je repars le soir'. Comme vous le savez, l’Euro 2021 s’est assez mal passé: la France a été éliminée en huitièmes de finale, à dix minutes de la fin, alors qu’elle menait 3 à 1. Et quand on perd, il faut toujours trouver des excuses. Il y a eu pas mal de soucis, comme toujours en cas de défaite, et c’est moi qui ai dit au président: 'Vu tout ce qui s’est passé, je ne souhaite plus être au sein de l’équipe de France', ce que je faisais en plus de mon job. J’ai trop souffert", rétorque la DG qui admet avoir été "en immersion" avec les Bleus lors de l’Euro 2016 et du Mondial 2018.

La rapporteure revient aussi sur les "montres de luxe" et le "montage financier" pour les champions du monde 2018. Lors de son audition, Le Graët avait fait part de son "désaccord avec ce montage".

"Le président me dit: 'Florence, ce qui serait bien, ce serait d’offrir en cadeau aux joueurs une montre gravée Champion du monde. Trouvez-moi une solution'. Avec l’équipe marketing, je décide d’essayer de négocier des montres gratuites. C’est un contrat de marketing, un contrat de sponsoring classique: vous nous offrez les montres, en échange on vous donne de la visibilité", explique Hardouin. Et d’ajouter: "Ça ne marche pas, on n’arrive pas à obtenir la gratuité. Mais IWC a été d’accord pour un échange marchandises –70% de réduction, une grosse décote tout de même, ce qui mettait le prix de la montre à 3000 euros par personne au lieu de 7000 ou 7500, en contrepartie de quoi ils ont obtenu de la visibilité". Florence Hardouin précise qu’elle "n’a pas eu" de montre avant d'y revenir dans une réponse suivante.

"On parle beaucoup des montres et vous prenez ce sujet comme un exemple de dysfonctionnement. Je ne sais pas comment être plus claire ou plus précise à ce propos", s'agace-t-elle.

Elle a échangé avec AOC en fin d'année 2022

Florence Hardouin évoque le rapport de l’IGESR, élément central des derniers mois à la FFF, où "elle raconte beaucoup de choses". Après son audition le 10 janvier 2023, elle affirme qu’elle est "mise à pied" parce qu’elle aurait "vraiment beaucoup parlé". Depuis plusieurs mois, les membres de l’inspection étaient dans les couloirs de la Fédération. Florence Hardouin explique qu’elle a fait part "de façon informelle" à la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra. "Il ne s’agissait pas d’un rendez-vous au ministère avec des notes. C’était à l’occasion d’un match. Et c’était sur la fin, au moment où tout était déjà sorti dans la presse. Ce n’était pas il y a longtemps", commente l’ancienne DG qui estime cette rencontre au mois de "novembre ou de décembre" 2022.

Et d’ajouter au sujet de la ministre: "Elle a pris les choses en main. C’est quand même elle qui a mandaté l’inspection. Elle a pris ça très, très, très au sérieux. Sans cette intervention de la ministre, M. Noël Le Graët serait certainement encore président. C’est elle qui a fait en sorte que l’article 40 soit déclenché". Un échange avec AOC en pleine inspection de l’IGESR qui pourrait servir les représentants de l’ancien président de la FFF.

"Le pouvoir rend fou, les médias rendent fou et il y a trop d’argent"

L’ancienne directrice générale de la FFF revient aussi sur la place du football féminin au sein de la Fédération et sur l’éviction de Corinne Diacre. "Tout est parti des joueuses et d’un président de club professionnel, qui ont dit que c’était à cause d’elle qu’elles perdaient et qu’il fallait donc s’en séparer. Elle a des défauts, elle a des qualités. Il y avait certainement des petites choses à changer, et j’en discutais beaucoup avec elle", affirme-t-elle devant la commission.

"C’est très facile de dire que c’est la faute du sélectionneur. Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir", justifie-t-elle.

Florence Hardouin reconnaît que Corinne Diacre a sûrement manqué "de souplesse". "Gérer 23 filles, je vous assure que c’était presque plus compliqué que de gérer 23 hommes. Pour l’anecdote, alors que j’arrivais à un rassemblement de l’équipe de France, une joueuse vient me voir sans me dire bonjour et me fait: 'Ces chaussures Nike, c’est de la merde'. Et c’était des très belles chaussures Nike. Il y a trop d’argent. Le pouvoir rend fou, les médias rendent fou et il y a trop d’argent", constate Florence Hardouin.

Comme dans plusieurs auditions devant cette commission d’enquête, le cas de Bachir Nehar, qui était à la fois intendant de l’équipe de France et salarié dans une équipe d’agents de sportifs, est revenu lors de cette audition. "Ce n’est pas pour botter en touche, parce que vous allez dire que tout le monde se renvoie la balle, mais celui qui choisit la composition de son staff, c’est le sélectionneur", évoque l’ancienne DG. Et de poursuivre: "J’ai été contactée par le président du syndicat des agents. Tout le monde me disait qu’il y avait un conflit d’intérêts. Nous avions vu le cas avec la direction juridique (…) Nous avions inscrit une clause dans son contrat stipulant qu’il ne pouvait pas s’occuper de joueurs de l’équipe de France, c’est-à-dire qu’il ne pouvait pas profiter de son statut d’intendant pour recruter des joueurs. Cela tombait bien puisqu’il n’était pas agent de joueurs. Il faisait le 'servicing'. Cela consiste à rendre des services aux joueurs, à acheter une nouvelle paire de chaussures, par exemple. Après l’Euro 2022, il y a eu toute une histoire. Le président voulait faire sortir Bachir Nehar et le sélectionneur a voulu le conserver".

Article original publié sur RMC Sport