Funérailles d'Elizabeth II: quel est le rôle du "cornemuseur du souverain"?

Le cornemuseur de la reine en l'abbaye de Westminster le 8 décembre 2021.  - Victoria Jones
Le cornemuseur de la reine en l'abbaye de Westminster le 8 décembre 2021. - Victoria Jones

Même au-delà de la mort, l'Ecosse ne quitte pas Elizabeth II. Tandis que celle-ci s'est éteinte le 8 septembre dans sa résidence de Balmoral, une cornemuse doit se faire entendre lors de ses funérailles, ce lundi, en l'abbaye de Westminster.

La tâche est dévolue au "cornemuseur du souverain", une fonction officielle vieille de près de 200 ans. Ce joueur de cornemuse attaché à la personne du monarque exerce son art lors des cérémonies-clés de la monarchie mais aussi au quotidien. Une tradition qui n'est pas exempte d'ailleurs de considérations politiques.

Paul Burns, au centre de la cérémonie

Il s'appelle Paul Burns. Mais, de par sa fonction, il reçoit bien d'autres noms: "Pipe major" (ou "cornemuseur-major"), "Piper to the sovereign" ("le cornemuseur du souverain"), ou plus simplement "Queen/King's Piper" ("le cornemuseur de la reine/du roi").

C'est lui en tout cas qui est chargé de jouer un ultime lamento à la cornemuse à la fin des obsèques d'Elizabeth II ce lundi, comme le souligne The Sun. Il doit également officier plus tard dans la journée - sur les coups de 16h - à l'arrivée du cercueil en la chapelle Saint-George du château de Windsor, où la dépouille de la reine sera inhumée.

Paul Burns est le 17e et dernier cornemuseur d'Elizabeth II, depuis qu'il a accédé à cet honneur en 2021.

Voyage écossais

Car tout monarque britannique dispose en permanence de son joueur de cornemuse attitré. Et ce, depuis 180 ans. L'idée vient à la reine Victoria au cours d'une visite rendue avec son mari à un aristocrate écossais dans son domaine des Highlands en 1843.

Apparemment envieuse de son hôte, le marquis de Breadalbane, parce que celui-ci est accompagné d'un cornemuseur personnel, elle écrit dans la foulée à sa mère, dans une lettre citée par Delia Millar dans son ouvrage intitulé La vie de la reine Victoria dans les Highlands: "Nous n'avons entendu que des cornemuses depuis notre arrivée dans ces beaux Highlands, et je m'en suis tellement entichée que j'ai l'intention d'avoir un cornemuseur, qui pourrait si vous le souhaitez, jouer chaque soir dans votre manoir de Frogmore".

Une couleur écossaise que le temps n'a jamais estompée. Tous les "cornemuseurs du souverain" sont des sous-officiers servant dans un régiment écossais (avec toutefois quelques exceptions irlandaises). Paul Burns lui-même est issu du Régiment royal d'Ecosse.

Plus politique qu'il y paraît

Si la cornemuse passe d'une épaule à l'autre au gré des titulaires désignés par le monarque, la fiche de poste est restée la même depuis l'ère victorienne jusqu'à cette seconde période élizabethaine qui se referme. En-dehors de jouer aux funérailles de son souverain, le cornemuseur officiel livre son interprétation lors de toutes les cérémonies liées à son seigneur ou à la dynastie. Il doit aussi satisfaire un devoir plus inattendu mais tout aussi essentiel: accompagner le réveil royal.

Comme l'a écrit Neville McKay dans son ouvrage Histoire de la charge de cornemuseur du souverain, chaque jour, à 9h tapantes, ce dernier souffle ses mélopées pendant 15 minutes sous les fenêtres du roi ou de la reine, du moins lorsque celui-ci réside à Buckingham Palace.

Cette fonction bien à part dans la galaxie monarchique britannique n'a toutefois rien d'anecdotique. Neville McKay a ainsi souligné le bénéfice politique qu'ont pu en retirer les maîtres d'un Royaume-Uni aux multiples composantes souvent agitées de revendications nationalistes: "Le rôle de cornemuseur (...) montre comment la musique gaélique écossaise, jusqu'ici perçue comme relevant d'une culture hostile, en est venue à symboliser les intérêts écossais pour la Couronne britannique".

Entendue ainsi, c'est une toute autre musique que le cornemuseur du souverain fait jaillir de ses poumons.

Article original publié sur BFMTV.com