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La famille d'un journaliste américain détenu en Russie "continue à se battre" pour sa libération

Un vendeur de New York avec un exemplaire du Wall Street Journal et la photo de Evan Gershkovich, le 29 mars 2024 (TIMOTHY A. CLARY)
Un vendeur de New York avec un exemplaire du Wall Street Journal et la photo de Evan Gershkovich, le 29 mars 2024 (TIMOTHY A. CLARY)

"Nous continuerons à nous battre", a promis vendredi la famille du journaliste américain Evan Gershkovich, emprisonné depuis un an en Russie pour espionnage, le président Joe Biden assurant "travailler sans relâche" pour obtenir sa libération.

"Nous n'avons jamais envisagé qu'une telle situation arrive à notre fils et frère, et encore moins de passer une année entière dans l'incertitude", a déclaré sa famille dans une lettre aux lecteurs du Wall Street Journal, son employeur. "Mais malgré cette longue bataille, nous restons forts."

Evan Gershkovich, 32 ans, a été arrêté il y a un an par le FSB lors d'un reportage à Ekaterinbourg, dans l'Oural.

Il est le premier journaliste étranger arrêté en Russie pour "espionnage" depuis la chute de l'Union soviétique. Des accusations, passibles de 20 ans de prison, qu'il rejette, tout comme les Etats-Unis, son journal et ses proches.

La Russie n'a jamais apporté publiquement d'éléments de preuve et l'ensemble de la procédure a été classée secrète.

Dans leur lettre, ses parents Mikhail et Ella ainsi que sa soeur Danielle ont décrit une année "inimaginable".

"Nous avons eu l'impression de retenir notre souffle", a décrit la famille. "Nous avons vécu avec une douleur constante dans nos coeurs."

"Nous avons vu Evan faire face à cette incertitude, coincé dans cette petite cellule, avec peu de nouvelles du monde, sans sa liberté", a déploré sa famille.

En guise de soutien, le Wall Street Journal a publié en Une vendredi un grand rectangle vide, avec pour titre: "Son article devrait être ici."

"Une année dans une prison russe. Une année de récits volés, de joies volées, de souvenirs volés. Le crime: le journalisme", a dénoncé le journal.

A l'occasion de l'"anniversaire douloureux" de son arrestation, Joe Biden a assuré vendredi "travailler sans relâche" pour sa libération, condamnant une nouvelle fois une "détention injustifiée".

"Le journalisme n'est pas un crime, et Evan s'est rendu en Russie pour faire son travail de reporter, mettant en péril sa sécurité pour faire connaître la vérité sur l'agression brutale de la Russie contre l'Ukraine", a déclaré le président américain dans un communiqué.

- "Pas une monnaie d'échange" -

"Nous continuerons à dénoncer les tentatives scandaleuses de la Russie d'utiliser des Américains comme monnaie d'échange et à prendre des sanctions" a-t-il promis, évoquant le cas d'un autre ressortissant américain détenu en Russie, Paul Whelan.

Cet ex-marine américain, emprisonné en Russie depuis 2018 rejette lui aussi les accusations d'espionnage qui lui ont valu une peine de 16 ans de prison.

L'arrestation d'Evan Gershkovich a suscité un choc parmi les correspondants occidentaux travaillant toujours en Russie dans des conditions de plus en plus tendues.

Les Etats-Unis accusent Moscou d'arrêter des citoyens américains sous de faux prétextes, pour les utiliser comme monnaie d'échange contre des Russes emprisonnés à l'étranger.

Les quatre leaders démocrates et républicains des deux chambres du Congrès américain, d'habitude à couteaux tirés, se sont unis vendredi pour demander la libération de d'Evan Gershkovich, de Paul Whelan et d'autres personnes "détenues à tort" en Russie.

"Le journalisme n'est pas un crime et les reporters ne sont pas une monnaie d'échange", ont-ils dénoncé dans un communiqué commun.

De son côté, le ministre britannique des Affaires étrangères David Cameron a fustigé un "mépris" de la Russie "pour la liberté des médias".

- "Tête haute" -

Le président russe Vladimir Poutine s'était dit disposé à échanger le journaliste contre Vadim Krasikov, emprisonné à vie en Allemagne pour le meurtre d'un opposant tchétchène à Berlin en 2019.

Mais les efforts pour le libérer pourraient avoir pris un tour plus compliqué depuis la mort en prison de l'opposant russe Alexeï Navalny qui, selon son entourage, faisait également partie d'un projet d'échange de prisonniers en cours de négociations.

Le Kremlin a fait état jeudi de "contacts" en cours en vue d'un éventuel échange du journaliste américain, qui a aussi travaillé pour l'AFP à Moscou entre 2020 et 2021.

Mardi, la justice russe avait de nouveau prolongé son placement en détention provisoire dans la prison de Lefortovo à Moscou jusqu'au 30 juin, dans l'attente d'un possible procès ou d'un échange de prisonniers.

"Nous l'avons vu faire face la tête haute car il est innocent", a ajouté la famille dans la lettre. "Nous continuerons à nous battre pour la liberté d'Evan, quoi qu'il en coûte."

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