“Nous faisons des pas les uns vers les autres” : comment la guerre révolutionne la société ukrainienne

Dessin de Ramsés, Cuba.

La guerre a toujours été une matrice de l’innovation : elle constitue une réinitialisation pour des sociétés contraintes d’adopter n’importe quelle méthode susceptible de leur permettre de survivre. La vague de volontariat qui s’est emparée de l’Ukraine en est un exemple frappant : des groupes d’entraide, des organisations de volontaires et des milices de défense locales ont fait leur apparition, et beaucoup prennent en charge les missions d’un État dépassé.

On pourrait presque parler d’“anarchisme de guerre”, comparable au “socialisme de guerre” appliqué par le capitalisme industriel pendant les guerres mondiales, ce qui a ouvert la voie à l’avènement de la social-démocratie de l’après-guerre. La relation qu’entretient la population avec un État souvent distant et dysfonctionnel est en train d’être redéfinie ; de nouvelles possibilités s’ouvrent peut-être pour la société ukrainienne de l’après-guerre, politiquement et socialement plus inclusive que la forme extérieure de démocratie libérale qui était appliquée auparavant, où le pouvoir politique était en réalité le jouet d’oligarques rivaux. Sous bien des aspects, la guerre contre la Russie a quelque chose d’une révolution.

Les bars et les restaurants donnent de la nourriture aux réfugiés et rassemblent des fonds pour l’armée. Les passionnés de cryptomonnaie collectent de l’argent pour acheter les drones commerciaux et les équipements de visée nocturne dont ont désespérément besoin les troupes au front. La société civile ukrainienne se trouve au cœur de cette guerre, et partout l’on peut être témoin du sens du sacrifice et de la créativité de cette nation assiégée. Sur la chaussée, des affiches présentent des photos de soldats qui remercient pour leurs nouvelles lunettes infrarouges, au-dessus des coordonnées bancaires où envoyer les fonds ; sur Telegram, des milices de volontaires appellent à des dons pour se procurer des véhicules ; un vétéran ukrainien que j’ai rencontré il y a quelques années a vendu son café, une affaire prospère dans un quartier branché de Kiev, pour acheter un nouveau drone à son unité.

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