La face cachée du nomadisme numérique

Photo Yan Krukov / Pexels / CC

Depuis sept ans, le chercheur Dave Cook, qui travaille actuellement à un doctorat en anthropologie à l’University College de Londres (UCL), s’intéresse aux nomades numériques. Ce phénomène, le travail à distance depuis diverses destinations souvent lointaines de son pays d’origine et présentant des avantages fiscaux ou financiers, a pris de l’ampleur avec la pandémie.

Non seulement les adeptes de ce mode de vie voient dans la vie de bureau une contrainte dépassable, mais ils sont nombreux à partager une idéologie fondée sur le dépassement de l’État-nation et qui a vu le jour dès l’arrivée d’Internet. Leur rêve (utopie ou dystopie, selon les points de vue) : l’avènement d’un monde sans frontières peuplé de citoyens globaux. Citant le livre de Balaji Srinivasan The Network State : How To Start a New Country (“L’État réseau : comment fonder un nouveau pays”, inédit en français, 2022), Dave Cook explique que “c’est la dernière d’une vague de visions utopiques de visionnaires numériques autoproclamés, de croyants en cryptomonnaies et d’évangélistes du web 3.0 qui font la queue pour déclarer la mort du concept traditionnel de pays et de nation”. Les passeports, les visas et les déclarations d’impôts sont perçus comme des obstacles à franchir, voire à éliminer. Il s’agit évidemment d’une vision ultralibérale d’un monde de libre-échange et de circulation sans entraves des biens et des personnes.

De nombreux obstacles à franchir

Pour Dave Cook, la première difficulté quand on est nomade numérique est d’ordre médical. Il faut avoir une assurance qui couvre les accidents de scooter et soit valable pour des durées très variables selon les territoires. La plupart des assurances classiques ne correspondent pas à ces besoins. Ensuite se pose la question des visas, qu’il faut parfois renouveler en se rendant dans un pays voisin puis en revenant pour le renouvellement sous peine de devoir rentrer dans son pays d’origine. Autant de choses que de nombreux nomades numériques apprennent à leurs dépens quand ils sont confrontés à ce problème. Viennent ensuite les questions d’imposition : il faut s’assurer de payer ses taxes dans le bon pays et éviter, si possible, la double taxation. “Beaucoup de nomades abandonnent à ce stade. Pour d’autres, cependant, le rêve de nomade numérique peut devenir un cauchemar récurrent”, remarque Dave Cook.

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