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Equipe de France: comment la FFF veut régler le problème des tirs au but

Après l’annonce, place à l’application. La Fédération Française de Football a décidé de mettre en place un processus pour ne plus se louper aux tirs aux buts. Selon les informations de RMC Sport, ce sujet a été abordé lors du séminaire des différentes sélections (excepté pour les A de Deschamps).

L’idée est que les staffs alimentent la réflexion, pour que la France s’améliore dans cet exercice. Un travail semblable à celui qui est déjà effectué pour les coups de pieds arrêtés. Une véritable stratégie globale qui doit être mise en place dès le mois de mars. "On a pris le parti de revoir un peu tout le processus effectivement. Le premier angle, c’est de mettre le sélectionneur ou l’entraîneur", a détaillé le directeur technique national de la FFF (DTN) Hubert Fournier auprès de RMC Sport.

"Créer de la confiance personnelle chez les tireurs"

"C’est lui le responsable et tout part de lui. À la fois la mise en place, les semaines ou les jours avant la possible séance de tirs au but, pour préparer les joueurs. Il devra leur proposer un scénario en essayant au maximum de contextualiser la séance de tirs au but. Et puis, il devra leur proposer des exercices variés qui leur permettront de créer de la confiance personnelle chez les tireurs. Il faudra aussi préparer, au même titre que celle pour le match, une vraie stratégie en lien avec cette spécificité qu’est le tir au but."

Un constat de fait après les derniers échecs à répétition. Les Bleus de Didier Deschamps restent sur deux échecs à l’Euro 2021, et lors du Mondial 2022, quand les féminines dirigées par Hervé Renard ont aussi été éliminées après une séance riche en suspense. "C’est important. Il y a pleins de secteurs qui sont analysés à l’aide de statistiques, de datas. Dans les phases finales de Coupe du monde, il y a un tier des qualifications qui se jouent à l’issue des tirs au but. Mais le football reste un jeu. Il faut de l’inspiration, du talent. Il faut aussi parfois bien se départager, donc cela fait partie d’un match de haut niveau", commente aujourd’hui en conférence de presse l’entraîneur des féminines Hervé Renard.

"Des bruits de supporters dans un gros casque "

L’instance a d’abord sensibilisé son équipe féminine, avant les Jeux olympiques. Hervé Renard s’est toujours montré très ouvert à cette idée. Avant leur quart de finale lors du dernier Mondial contre l'Australie, toutes ses joueuses avaient chacune tiré 60 tirs au but avant la séance fatidique. "Il y a un grand travail à faire avec les gardiens qui sont aussi un élément capital dans la réussite des tirs au but. Il y a aussi une stratégie à mettre en place avec les entraîneurs des gardiens pour qu’ils aient aussi une connaissance des tireurs, et pour créer de la confiance, et puis une stratégie d’influence vis-à-vis de l’adversaire", précise Fournier.

La gardienne de l’équipe de France, Solène Durand, reconnait que cette idée peut porter ses fruits: "Il faut essayer d’inverser ça. On est en discussion c’est vrai. Hervé Renard est un accès important là-dessus aussi", précise la portière. "Sur tout le long de la préparation du mondial, chaque gardienne a eu le droit à 150 pénaltys. J’avais le meilleur pourcentage, c’est pour ça aussi que l’entraîneur m’a fait confiance. Mais cette séance, je la préparais depuis longtemps, avec mon coach mental. J’ai aussi mis des bruits de supporters dans un gros casque, pour imaginer un stade qui hurle sur moi, et que je reste focaliser sur le ballon", ajoute la joueuse de 29 ans.

"L’élément moteur c’est de la confiance, en soi et en ses partenaires"

Du côté de la Direction Technique Nationale, on ne veut rien laisser au hasard, et on compte donc sur les différents techniciens pour préparer les mots à dire aux joueurs avant la séance. Le tout avec minutie pendant les moments-clés. En clair, sur le plan émotionnel, l’ensemble de l’effectif doit être préparé. "La volonté, c’est que l’entraîneur crée de la confiance pour ses joueurs et pour son groupe. En ayant les idées très claires, en sachant avec son staff qui fait quoi pendant ce laps de temps. On a calculé, il y a entre cinq et six minutes entre le coup de sifflet de l’arbitre et le premier tireur" précise Hubert Fournier.

Un avis partagé pour Hervé Renard, le sélectionneur des féminines: "Il y a eu des moments clés dans le football français qui ont fait que la séance de tirs au but s’est un peu moins bien passée. Mais il y a aussi eu des moments favorables. C’est 50/50. En ce qui nous concerne, on avait un quart de finale dans un pays organisateur, donc on avait tous les éléments contre nous. On n’a pas su les relever pendant ce Mondial, mais on a beaucoup appris. On a amélioré certaines choses. Mais l’élément moteur, c’est de la confiance, en soi et en ses partenaires. Quand on a une confiance inébranlable, on gagne ces séances", décrypte le coach de 55 ans.

Pas question non plus de laisser certains joueurs vouloir tirer la couverture sur eux, en marquant le tir au but décisif en dernière position. Et pour cause, il est fréquent qu'une séance se termine avant le cinquième tireur. Sur ce point aussi, la DTN a identifié des éléments à améliorer et à cibler: "L’autre chose aussi, c’est de choisir les joueurs qui vont tirer en premier, deuxième, troisième, quatrième", a enchaîné le technicien de 56 ans pour RMC Sport. "On s’aperçoit que certains veulent un peu être les sauveurs de la patrie en tirant en cinquième, mais 20% des séances de tirs au but finissent avant. Donc, on cible plutôt les places trois et quatre qui sont peut-être celles des joueurs charnière et en capacité d’assumer ces tirs au but."

Le contre-exemple France-Espagne de 2012

Pour les Espoirs, Thierry Henry et son staff ont eux aussi déjà pu échanger sur cette thématique avec la FFF. Pour l’équipe de France A de Didier Deschamps, le DTN a prévu d’évoquer le sujet avec la sélection lors du prochain rassemblement en mars. L’exercice est régulièrement travaillé dans les séances du champion du Monde 1998, avec le plus grand sérieux. Mais même en s’exerçant un maximum, il y a une part d’incertitudes.

Exemple: la rencontre face à l’Espagne en quart de finale de l’Euro 2012. La Roja mène 1-0, et vient d’obtenir un pénalty que Xabi Alonso s’apprête à tirer. La veille, les analystes vidéo des Bleus analysent les pénaltys tirés par le milieu de terrain. Tous au cours de cette saison ont été tirés à gauche. Ce jour-là, le joueur du Real Madrid tire à droite, et qualifie son équipe pour la demi-finale où elle affrontera le Portugal.

Article original publié sur RMC Sport