Entre Jordan Bardella et Louis Aliot, la lutte pour la présidence du RN a commencé

Jordan Bardella, Louis Aliot et Marine Le Pen à Perpignan le 4 juillet 2021 - Valentine Chapuis/AFP
Jordan Bardella, Louis Aliot et Marine Le Pen à Perpignan le 4 juillet 2021 - Valentine Chapuis/AFP

Pour la première fois depuis 1972 et la création du parti à la flamme, les Le Pen lèguent la boutique. À l'occasion de l'université d'été du Rassemblement national, organisée à Agde (Hérault), Louis Aliot et Jordan Bardella prendront la parole ce dimanche avant le discours de Marine Le Pen, à qui ils espèrent tous deux succéder à la tête du parti.

Lorsqu’il s’agit de présenter ce duel - dont le résultat sera connu le 5 novembre prochain - les élus de la formation d’extrême droite évoquent une "confrontation démocratique". Car dans cette séquence, le RN souhaite avant tout éviter une guerre de succession.

"L’enjeu est de ne pas se retrouver dans la même configuration que l’UMP (aujourd’hui devenu Les Républicains, NDLR) en 2012 avec une bataille entre François Fillon et Jean-François Copé", décrypte un soutien de Louis Aliot.

À l'époque, ces deux figures de la droite se présentaient pour prendre la suite de Nicolas Sarkozy à la tête du parti. Leur affrontement avait tourné au vinaigre avec une contestation pendant plusieurs semaines des résultats du scrutin interne.

"À peu près la même" ligne politique?

Pour éviter une telle issue, les deux prétendants ont échangé quelques amabilités ces dernières semaines lors de leurs passages dans les médias. Au micro de BFMTV, Jordan Bardella a reconnu "beaucoup de qualités" à son opposant quand celui-ci a promis sur les ondes de France Info qu’il n’est pas "là pour faire la guerre" à l’actuel président par intérim du RN.

Si Louis Aliot semble développer une ligne plus identitaire que son rival, assurant par exemple ce dimanche sur RMC vouloir combattre "l'immigration de peuplement et de colonisation", Jordan Bardella a coupé court à tout débat sur les idées, déclarant que lui et son collègue partagent "la même ligne politique”.

"Oui c’est à peu près la même", assure Christophe Barthes, député de l’Aude affidé à Louis Aliot.

Côté Bardella, "on ne change pas une équipe qui gagne”

L'élection ne se jouera pas sur ce plan-là mais plutôt sur des "différences de parcours et de personnalité", estiment les soutiens des deux candidats. Dans ce cadre, chaque camp cherche à faire de son champion le plus légitime pour prendre les rênes du parti.

"On ne change pas une équipe qui gagne", répète-t-on dans l’écurie Bardella, où on espère que l'intérim se prolonge: c'est lui qui s’est vu remettre les clés du RN en septembre 2021 afin que Marine Le Pen puisse se concentrer sur l’élection présidentielle.

De ce côté, on fait valoir les bons scores aux dernières échéances électorales: un nouveau second tour à la présidentielle après celui de 2017 et des résultats aux législatives au-delà des espérances avec l’entrée historique de 89 députés RN au Palais Bourbon.

"Jordan a été au cœur de ces succès", avance un cadre. "C’est la réussite de Marine mais aussi la sienne. On a déjà un duo chevronné, je ne vois pas la plus-value que Louis Aliot apporte."

Chez Aliot, on vante l'"implantation locale”

Une question de perspectives. "L’équipe qui gagne, ce n’est pas (lui), c’est l’ensemble de notre mouvement, y compris Louis Aliot", répond un député proche de l’édile de Perpignan.

Le même met en avant "l'expérience du terrain" de son favori et égrène les différents postes que ce dernier a occupés en Occitanie: conseiller régional, député, puis maire de Perpignan depuis 2020. À ce titre, il est le premier à avoir conquis une ville de plus de 100.000 habitants en étant issu du RN - mais en présentant une liste de "large ouverture", sans l'étiquette de son parti.

Les soutiens de Louis Alliot s'appuient sur cette victoire pour mettre en avant la candidature de leur leader. "On pense que pour gagner la présidentielle de 2027, il faudra qu’on développe l’implantation locale", explique l’un d’eux alors que le RN a enchaîné les débâcles aux scrutins locaux, avec les municipales de 2020 et les régionales et départementales de 2021.

"Louis Aliot, en tant que maire, a cette légitimité-là pour développer un modèle d’implantation sur d’autres territoires", assure-t-on dans son camp.

Christophe Barthes insiste quant à lui sur "l'expérience au sein du parti" de l’homme de 53 ans qui a rejoint la formation d’extrême droite en 1990 lorsqu’elle s’appelait encore Front national (FN). "Jordan a le temps avant de devenir président (du RN)", tente cet agriculteur.

“Pour 2027, c’est Marine”

Le dauphin de 27 ans serait-il trop ambitieux? Interrogée en mai sur France Inter sur la possibilité d'une candidature de Jordan Bardella à la présidentielle de 2027, Marine Le Pen avait répondu: "Et pourquoi pas. Il en a en tout cas toutes les qualités."

Mais d'autres au RN voient d'un mauvais œil cette perspective. "À chaque fois que Jordan prend la lumière, Marine Le Pen prend l'ombre", rétorque par exemple un proche de Louis Aliot à L'Express, faisant remarquer au passage que les noms de domaine bardella2027.fr et bardella2027.com ont été réservés.

"Côté Louis Aliot, on ne veut pas entrer dans ce type de confrontation personnelle", tempère un député, proche du maire de Perpignan. "Je ne prête à Jordan aucune ambition démesurée."

Un pro-Bardella défend son protégé: "Je le connais, je ne crois pas qu’il ait pris le melon. Pour 2027, c’est Marine. À la présidentielle en 2012, elle fait 17% des voix, 21% en 2017, 23% en 2022 (au premier tour, NDLR): la question de sa légitimité ne se pose pas”.

"Faux suspens"

Un ancien cadre du parti abonde en ce sens, égratinant au passage le député européen :

"Bardella n’a aucune indépendance politique. Il récite le catéchisme de Marine Le Pen. Il va récupérer la présidence parce qu’il est beaucoup trop jeune pour lui faire de l’ombre."

Le même raille un "faux suspens" pour un "résultat qui est connu à l'avance". "Quand on veut garder la main sur un parti, on choisit la meilleure courroi de transmission", dit-il. "Là, c'est Bardella, ce n'est pas Aliot."

Pour l'instant, Jordan Bardella est largement en tête concernant le nombre de parainages. "Trois quarts des élus et des cadres m'ont apporté leur soutien", a-t-il indiqué sur RTL ce lundi. Une avance qui ne sera pas déterminante promettent les partisans de Louis Aliot. "Jordan Bardella a une aura auprès du grand public, mais auprès des adhérents, on peut avoir une surprise", pronostique l'un d'eux.

Article original publié sur BFMTV.com