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Sans Dupont, Farrell ou Sexton, quelles seront les stars du Tournoi des VI Nations 2024?

Finale rêvée de la dernière Coupe du monde pour certains supporteurs, l’affiche entre la France et l’Irlande lancera ce vendredi le Tournoi des VI Nations 2024. Pour l’occasion, le Stade de France étant bloqué pour les JO de Paris, les Bleus recevront le XV du Trèfle au stade Vélodrome à Marseille (21h). Un duel au sommet que le chouchou du public tricolore Antoine Dupont et la légende irlandaise 'Jonny' Sexton suivront probablement devant leur télé.

Histoire de définitivement tourner la page du Mondial, terminé dès les quarts de finale pour les deux sélections, les joueurs de Fabien Galthié et ceux d’Andy Farrell voudront remporter un succès de prestige et conserver une chance de signer le Grand Chelem. Surtout, ce Tournoi des VI Nations permettra peut-être de voir certains internationaux exploser au plus haut niveau ou conforter leur statut de star du rugby. RMC Sport et son consultant Denis Charvet passent en revue ces joueurs qui risquent de prendre la lumière dans les prochaines semaines.

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Grégory Alldritt, l'inlassable "Monsieur Propre" des Bleus

Antoine Dupont ayant choisi de se concentrer sur les Jeux olympiques avec l’équipe de France de rugby à 7, Fabien Galthié a été contraint de choisir un nouveau capitaine. Plutôt que Charles Ollivon, habituel vice-capitaine, le sélectionneur a promu Grégory Alldritt. Après une pause plus longue que prévu pour bien se régénérer et évacuer la frustration de la Coupe du monde, le troisième ligne français a repris sur un rythme dantesque avec La Rochelle en Champions Cup et en Top 14.

A lui désormais de guider les Bleus et de lancer le cycle 2027 comme il sait si bien le faire en avançant sur chaque action et en plaquant inlassablement. Sans Antoine Dupont pour mener le XV de France, Grégory Alldritt va constituer le fer de lance de l’équipe.

L’avis de Denis Charvet:

On ne va pas parler d’Alldritt parce qu’Alldritt, c’est… Pour moi, c’est le meilleur joueur au monde aujourd’hui, le meilleur huit devant Ardie Savea et devant tous les autres. Quand il a ce niveau de maîtrise… Et puis il a l’intelligence. Tu le ressens quand tu vois les joueurs évoluer, tu sais qui est intelligent. Grégory Alldritt c’est le papa, le grand frère, le leader, le symbole. Il a tout! Il réunit tout à la fois et c’est en ça qu’il est incontournable. Et puis en plus il parle anglais donc il va quand même maîtriser ce rapport à l’arbitre qui est indispensable aujourd’hui au plus haut niveau. Ce n’est pas pour rien qu’il est capitaine. J’adore ce joueur qui est toujours dans l’avancée. A Toulouse, quand je jouais, on avait Albert Cigagna qu’on appelait 'La gare de Matabiau' parce qu’il triait tous les ballons.

Grégory Alldritt c’est Monsieur Propre, parce qu’il trie et bonifie les ballons comme les situations

Il est toujours au bon endroit au bon moment. C’est rare. Et puis en plus il a des qualités de sauteur qu’on connaît peu mais qu’il utilise avec La Rochelle. Il les utilise moins en équipe de France car il en a moins besoin. C’est un joueur complet.

Dan Sheehan, "l’animal" irlandais qui révolutionne le talonnage

Un peu à l’image de Peato Mauvaka, passé numéro un chez les Bleus à grâce à son activité incessante, Dan Sheehan enchaîne les efforts et se démultiplie sur le terrain quand il porte le maillot de la sélection irlandaise.

Doté d’un gabarit hors-norme pour son poste, il mesure 1m91 pour près de 110 kilos, le talonneur sait tout faire ou presque et fait déjà figure de numéro un mondial à son poste à seulement 25 ans et 21 sélections avec l’Irlande.

L’avis de Denis Charvet:

C’est un grand joueur, c’est rare à son poste d’avoir des joueurs aussi grands. Il est costaud, il a des épaules très larges. C’est vraiment un athlète à ce poste-là, c’est même presque une révolution. Un peu comme Peato Mauvaka en équipe de France, même si je trouve que Dan Sheehan est encore plus guerrier dans le style et l’approche que ne peut l’être Mauvaka.

C’est un cheval, un animal en quelque sorte

Sheehan c’est un mec qui m’impressionne énormément à un poste que l’on oublie parfois parce qu’il est souvent au cœur de la mêlée, de l’action et du réacteur. Mais lui il est partout. Il a un cardio monstrueux, il marque plein d’essais en bout de ligne et derrière la mêlée. C’est un marqueur d’essais, c’est un plaqueur terrible et puis il lance très très bien en touche. Aujourd’hui je le mettrais presque au même niveau qu’Alldritt. Si on doit détacher deux joueurs du VI Nations, je mettrais Alldritt et Sheehan.

Finn Russell, le magicien (parfois) fou de l’Écosse

Après cinq années au Racing 92, Finn Russell a pris la direction de Bath après le Mondial 2023. Incapable d’aider l’Écosse à réaliser l’exploit contre l’Irlande et l’Afrique du Sud, l’ouvreur n’a pas été au-delà des poules pendant la compétition internationale. Pire, il n’a pas été au top de sa forme dans les matchs.

Le Tournoi des VI Nations lui offre une chance fabuleuse de se faire pardonner et de rappeler que oui, ce XV du Chardon ne manque pas de talent. Joueur fantastique quand il en a l’envie, Finn Russell est une référence mondiale à son poste. A lui d’amener l’Écosse à faire un gros tournoi et qui sait, dans cette année 2024 où la France et l’Angleterre se déplaceront à Murrayfield, peut-être lutter pour le titre.

L’avis de Denis Charvet:

Si on prend l’Écosse, il y a plein de joueurs qui sont bons comme leurs centres. Mais s’il ne devait y en avoir qu’un, je vais dire leur ouvreur, Finn Russell. Il est capable du meilleur et du pire, mais quand il est en feu et qu’il a toute sa lucidité, il est incroyable.

Il peut parfois être le meilleur joueur au monde

C’est indéniable! Et puis après dans sa tête il y a quelque chose qui se passe, il peut sortir du match et faire n’importe quoi puis totalement déjouer. C’est curieux. Mais quand il est au top, c’est un joueur tellement brillant et plein de talent. Le problème de Finn Russell c’est qu’il n’est pas en maîtrise. Et c’est paradoxal parce qu’il joue justement à un poste qui demande de la maîtrise et encore plus aujourd’hui qu’avant."

Ange Capuozzo, la 'Bomba' italienne

Après avoir marqué les esprits à Grenoble et en sélection italienne lors du Tournoi 2022, Ange Capuozzo semble un peu marquer le pas en Top 14 avec Toulouse. Mais les qualités du bondissant italien sont toujours là et ne demandent qu’à faire mal aux défenses adverses.

Toujours aussi vif sur ses appuis, toujours aussi rapide et habile ballon en main, le virevoltant ailier italien va encore tenter de faire exploser ses vis-à-vis et confirmer son statut de star du rugby transalpin. Ange Capuozzo, c’est l’éclair dans les galères de la Nazionale, celui par qui arrive le danger.

L’avis de Denis Charvet:

Pour l’Italie, évidemment Capuozzo parce que ça me plaît, parce que c’est un artiste et qu’il est capable du meilleur. Et puis surtout il peut faire la différence comme il a pu le faire contre le pays de Galles il y a deux ans en 2022.

Dafydd Jenkins, le jeune taulier d’une génération galloise dans le dur

Piteusement éliminé par l’Argentine (17-29) dès les quarts de finale de la Coupe du monde, le pays de Galles a vu ses tauliers Dan Biggar et Leigh Halfpenny raccrocher et plusieurs titulaires manquent à l’appel pour ce Tournoi des VI Nations après des pépins physiques. Mais pour lancer un nouveau cycle, Warren Gatland va pouvoir s’appuyer sur le solide Dafydd Jenkins.

Bien installé à Exeter, l’une des meilleures équipes d’Angleterre et d’Europe, le deuxième ligne va devoir franchir un nouveau pallier avec sa sélection. Nommé capitaine à seulement 21 ans, Dafydd Jenkins vient pour jouer les pompiers de services mais va peut-être réussir à prouver qu'il mérite plus qu'un intérim en attendant le retour des anciens.

L’avis de Denis Charvet:

Forcément cela aurait été Louis Rees-Zammitt (parti se lancer à l’assaut de la NFL, ndlr). Mais là je n’ai pas forcément de joueur qui se détache sinon le deuxième ligne Dafydd Jenkins. Il a la lourde tâche de remplacer Alun Wyn Jones. Il fait partie des jeunes qui arrivent et qui ont des qualités. Mais bon, c’est une jeune génération qui va l’avoir dur cette année. C’est certain.

Marcus Smith, le plaisir du jeu à l’anglaise

Owen Farrell absent pour le Tournoi et potentiellement en retrait de la sélection sur le long terme avec sa signature au Racing 92, l’Angleterre va confier les clés de son jeu à Marcus Smith. Présent au Mondial mais principalement à l’arrière, l’ouvreur de 24 ans va devoir assumer l’héritage laisser par son aîné.

Pas de chance pour lui, un pépin physique au mollet va le priver du premier match contre l’Italie et de ces repères dont il a tant besoin en charnière avec le XV de la Rose. Pour ce qui est du talent, le joueur des Harlequins n’en manque pas et avec déjà 30 capes internationales, Marcus Smith n’a rien (ou presque) d’un néophyte.

L’avis de Denis Charvet:

Pour l’Angleterre, je mettrais un nom: Marcus Smith. Moi j’aime les artistes, je ne vais pas le nier. Je trouve qu’il a beaucoup progressé en maîtrise. Je pense quand même qu’il a encore besoin de jouer à ce poste-là pour s’aguerrir. On le voit plus à l’aise à l’arrière parce qu’il y a moins de responsabilités. Le fait d’avoir autant de responsabilités à l’ouverture si jeune, cela peut être compliqué. Parfois tu l’assumes et parfois tu ne l’assumes pas. C’est son cas. Parfois il excelle et parfois il alterne entre le meilleur, pas le pire car je ne dirais pas que c’est la même chose que Finn Russell, mais par moment il peut être moins bon. Non pas qu’il déjoue mais il n’arrive pas à tout lâcher et à garder cette lucidité qui fait la différence. Et c’est pour ça aussi qu’il est plus à l’aise à l’arrière.

J’adore ce joueur parce qu’il est animé de passion pour le jeu

Il joue et il donne l’impression qu’il est là pour le plaisir. Quand tu le vois jouer, tu participes au plaisir qu’il prend. Et je suis sûr qu’il prend beaucoup de plaisir ce garçon. Il n’est pas bridé dans ses intentions. Il est tellement authentique et naturel. […] Il n’a pas cette peur de mal faire, il est nature. J’adore ce joueur, je suis très fan de lui parce qu’il est jeune, extrêmement brillant.

Matthieu Jalibert, le dépositaire du jeu des Bleus

La blessure de Romain Ntamack a permis à Matthieu Jalibert de disputer la Coupe du monde comme titulaire à l'ouverture. Associé à Antoine Dupont, l'ouvreur de 25 ans a guidé le jeu des Bleus comme il sait le faire: à coup de variations au pied et de ballons portés. Mais difficile pour le joueur de l'Union Bordeaux Bègles de s'installer comme le leader de l'attaque tricolore avec Antoine Dupont à ses côtés.

En l'absence de l'habituel demi de mêlée et avec la présence de Maxime Lucu, son compère de l'UBB, pour le Tournoi, le numéro 10 devra cette fois prendre le jeu à son compte. C'est son occasion de montrer qu'il peut être le titulaire du poste et pas seulement un intérimaire de luxe en attendant le retour de Romain Ntamack au printemps.

L'avis de Denis Charvet:

Matthieu Jalibert, il sort aussi du cadre. C’est un joueur qui est extrêmement doué. Évidemment, il n’a pas le même profil que Romain Ntamack, qui est plus en maîtrise, mais ils ont autant de talent l’un que l’autre. Encore une fois, ouvreur c’est un poste qui demande beaucoup de maîtrise. Romain fait partie des meilleurs joueurs au monde parce qu’il a acquis cette maîtrise qui est la plus complexe à ce poste. Pour moi, ouvreur c’est le poste le plus complexe dans le rugby d’aujourd’hui. C’est un métronome, un gestionnaire, un leader, le régulateur, celui qui peut poser le jeu. C’est très complexe.

Matthieu Jalibert est moins en maîtrise que Romain Ntamack parce qu’il a plus une folie qui lui appartient

Parfois il s’enflamme, c’est un peu pareil que Marcus Smith, Matthieu aime le jeu. Il est passionné de jeu et tu sens qu’il prend du plaisir. Il n’est pas sur un terrain pour calculer, il est là pour prendre du plaisir et mois j’adore ces joueurs-là.

Article original publié sur RMC Sport