Qui est DJ Bens, le DJ que les clubs et les rappeurs s'arrachent?

DJ Bens dans le clip de
DJ Bens dans le clip de

Il y a des réussites qui rendent superstitieux, et celle de DJ Bens en fait partie. "Je touche du bois!", répète-t-il à chaque fois qu’il évoque l’un de ses nombreux succès. Ces cinq dernières années, celui que les boîtes de nuit s’arrachent aux quatre coins de la France a inscrit des lignes impressionnantes sur son CV: des collaborations avec des stars du rap français, un Zénith rempli en son nom, une première partie de Jay-Z et Beyoncé, une certaine notoriété sur les réseaux sociaux… le tout en sous-marin, sans l’exposition des médias. Paris était la dernière ville qui lui tournait le dos: avec un Olympia prévu en novembre prochain, le Montpelliérain s’apprête à prendre sa revanche sur le snobisme de la capitale.

La particularité de DJ Bens (son vrai nom est tenu secret, nous a soufflé son manager), c’est de mêler la musique électronique et le hip-hop. Quand il se produit dans des clubs de Bordeaux, Strasbourg, d’Allemagne, de Suisse, du Portugal ou même de Dubaï, c’est pour poser ses rythmes synthétiques sur des flows de rappeurs. Aujourd'hui, il tourne à "240 dates par an", et son calendrier de l'été affiche un show quasiment tous les soirs, partout dans l'Hexagone. Selon lui, c’est justement sa passion pour l’urbain, à une époque où ce genre est plus populaire que jamais, qui explique son succès:

"La musique urbaine est un peu devenue la pop française d’aujourd’hui", analyse-t-il pour BFMTV.com. "Ça m’a bien aidé. Quand j’ai commencé, il y a 10 ans, je faisais déjà ces soirées hip-hop, mais elles étaient beaucoup moins bien perçues que maintenant."

Un passé qui semble très lointain lorsque l'on voit les milliers de fêtard de l'Amnesia, club du Cap d'Agde où il se produit chaque dimanche, devenir extatiques aux premières mesures du tube de Jul Bande organisée.

L'ami des stars (du rap)

Cette popularité n’intéresse pas que les fêtards, mais aussi les artistes. Depuis des années, DJ Bens entretient des relations étroites avec certains des plus grands noms de la nouvelle scène, qui collaborent souvent avec lui: il a notamment mixé en club aux côtés d’Orelsan, de Bigflo & Oli (dont il a assuré quelques premières parties) ou de Fianso.

Ce dernier, lorsqu’il a reçu DJ Bens dans son émission web Rentre dans le cercle, l’a présenté comme un "influenceur": "Depuis quelques années, il y a beaucoup de rap dans les clubs. Et il y a des mecs qui donnent la tendance et la température. Ce mec-là en fait partie, et je pense que c’est le principal", assurait-il. DJ Bens semble en effet avoir acquis la confiance des principaux acteurs du milieu:

"Les artistes, les managers ou les labels m’envoient des morceaux qui vont sortir ou qui viennent de sortir pour que je les teste en club et que je leur fasse mon retour (…) Nous, on est vraiment sur le terrain, on peut tester un morceau cinq à sept fois par semaine. Eux ne peuvent pas avoir cette vision-là."

"On ne dirait pas, mais c'est un très petit milieu", assure-t-il. "Si j'arrive à me rapprocher des artistes, c'est tout simplement parce que le feeling se passe bien." Ces tests sur ses platines et leurs shows en commun ressemblent tout de même à un échange de bons procédés: les rappeurs peuvent viser les streams et les radios mais n'ont pas la main sur les clubs. Lui a une porte ouverte sur les boîtes de toutes les régions de France mais peu (voire pas) de couverture médiatique. "Je pense que les artistes urbains et les labels commencent à prendre les clubs beaucoup plus au sérieux: il y a évidemment un côté financier, car avoir quelques morceaux adaptés au boîtes va leur permettre de faire une tournée showcase, mais aussi parce que quand je passe un morceau dans une boîte de 4000 personnes, il y a potentiellement beaucoup de monde qui va l'écouter en boucle en sortant."

Le coup de pouce des réseaux sociaux

D'autant que les prestations de DJ Bens s'exportent presque systématiquement sur le Web. Sans appui de la presse, c'est vers les réseaux sociaux qu'il s'est tourné. Pendant des années, il a documenté ses déplacements sur YouTube. À la faveur du confinement, il s'est mis à mixer sur Twitch. À peu près au même moment, il s'est lancé sur l'application TikTok. Bingo: sur la plateforme de partage de vidéo, où il fait sa promotion ou diffuse des extraits de ses prestations de manière ludique, il a réussi à attirer pas moins de 1,2 million d'abonnés.

"TikTok a apporté un gros boost à ma carrière. Je faisais déjà beaucoup de dates avant, mais j'arrivais dans certains clubs en espérant que ce serait plein. Depuis trois ans, toutes mes dates sont sold out. C'est grâce aux réseaux sociaux."

Première partie de Beyoncé et Jay-Z

Au cours des dernières années, d'autres événements lui ont permis de se démarquer de la nuée de DJ qui arpentent les clubs de France. Notamment en 2018, lorsque Beyoncé et Jay-Z sont à la recherche d'une première partie pour la date niçoise de leur tournée commune, "On The Run II". Le management demande à Cut Killer - légende de l'électro urbaine, et mentor de Bens - quel serait le DJ de référence dans le sud de la France. Il leur souffle le nom de DJ Bens et, le lendemain, les deux DJ sont face aux 45.000 spectateurs de l'Allianz Stadium.

Autre coup de maître, en avril dernier, lorsque DJ Bens se délocalise, le temps d'une soirée pour mixer sur la scène du Zénith de Montpellier. L'affiche promettait un show avec DJ Bens "and friends". Les 5.500 places ont trouvé acheteurs, et c'est devant une salle pleine à craquer qu'il a fait tourner ses platines, rejoint sur scène par Bigflo & Oli, MHD, Leto, Soso Maness, L'Algerino...

"Je n'en avais annoncé aucun parce que je ne voulais pas qu'on puisse me reprocher d'avoir rempli un Zénith grâce à la venue d'autres artistes. C'était incroyable. Les gens ont payé une trentaine d'euros et ils ont vu 10 artistes passer sur scène."

La revanche du "petit DJ de province"

Seront-ils aussi nombreux, le 11 novembre prochain, sur la scène de l'Olympia? Car c'est dans cette salle prestigieuse que DJ Bens fera ses tous premiers pas dans la capitale, après dix ans de métier passés à sillonner la France. La faute à une certaine réticence de la Ville Lumière, comme il l'explique dans une vidéo YouTube - non sans une pointe d'amertume: "J’ai bien compris que pour les clubs parisiens je reste le petit DJ de province qui mixe en bottes et qui arrive dans les clubs en tracteur", ironise-t-il. "Je leur en ai beaucoup voulu".

"J'ai fait toutes les villes de France, sauf Paris", développe-t-il pour BFMTV.com. "J’ai beaucoup été critiqué par les DJ parisiens parce que pour eux, je suis le petit DJ de province. Hormis mes "papas DJ", comme Cut Killer, Goldfingers ou Daddy K, ils ne m'ont pas pris au sérieux." Bien sûr, il lui est déjà arrivé de recevoir des sollicitations de clubs parisiens. Mais il y avait toujours "des problèmes de conditions":

"Ils considéraient que c'était bien pour moi de venir jouer chez eux, alors il m'invitaient à mixer gratuitement. J'ai toujours refusé: pourquoi un club de province irait payer 500 à 5000 euros pour me faire venir et un club parisien ne me paierait pas? Je n'ai pas compris, c'était vexant."

Qu'à cela ne tienne: DJ Bens a établi sa carrière en évitant soigneusement de passer le périphérique. Même lorsque son Zénith de Montpellier, complet, a "réveillé" les organisateurs parisiens, il leur a dit "trop tard": "Fallait y penser il y a un ou deux ans! Aujourd'hui nous sommes indépendants, nous avons les structures pour faire nos propres soirées. Faire l'Olympia, c'est une manière de dire: vous n'avez pas voulu qu'on vienne jouer chez vous, alors on va louer la salle la plus mythique de Paris."

Plafond de verre

"Je ne suis pas anti-parisien!", précise-t-il en riant. Sans rancune. Mais il revendique ses origines provinciales: "Bigflo & Oli sont connus comme les deux Toulousains, Orelsan est très attaché à ses origines caennaises. On a grandi dans ces provinces, on l'assume totalement, et jamais je ne dénigrerai ça. Ce sont les clubs de province qui me font vivre et travailler."'

S'il préfère taire les surprises que réserve la soirée, les spectateurs sont à peu près certains d'entendre résonner Dans la cité, son premier morceau original. DJ Bens a repris la mélodie de La Tribu de Dana, tube de 1998 du groupe Manau, et a convoqué les rappeurs Dadinho, Kofs et RK pour qu'ils y posent leurs couplets. Le DJ revêt ici la casquette de producteur, sans doute la prochaine grande étape de sa carrière: "Je suis arrivé à un palier avec les clubs, un plafond de verre que je ne peux pas casser sans productions et sans morceaux. L'objectif, aujourd'hui, c'est de jouer mes propres morceaux. C'est l'étape suivant eobligatoire."

Article original publié sur BFMTV.com

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