Les déclarations de Donald Trump montrent qu'il a payé très peu d'impôts à la Maison Blanche

Donald Trump lors d'un meeting dans l'Ohio, le 7 novembre 2022 - Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
Donald Trump lors d'un meeting dans l'Ohio, le 7 novembre 2022 - Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

C'est la fin d'un feuilleton long de trois ans et finalement tranché par la Cour suprême. Ce vendredi, une commission de la Chambre des Représentants américaine - une équipe de parlementaires dominée par les démocrates - est parvenue à rendre publiques les déclarations d'impôts de Donald Trump, étalées sur une période couvrant son passage à la Maison Blanche, malgré l'opposition de l'intéressé.

Pour n'être pas surprenante, la conclusion du document rédigé en cette occasion n'en est pas moins spectaculaire: Donald Trump n'a payé que très peu d'impôts avant son mandat, comme pendant celui-ci.

Ainsi, le président des Etats-Unis s'est acquitté d'une somme dérisoire en 2017 - première année de son exercice du pouvoir - et s'en est tiré gratis en 2020, année qui a marqué la fin de son séjour au sommet. Il a en fait bénéficié de déductions substantielles, motivées par les lourdes pertes déclarées par Donald Trump au titre de ses sociétés.

Le souci du détail

Si le constat n'est pas une surprise en soi, c'est que, comme le rappelle ici le site de la chaîne CNN, un précédent comité avait déjà établi que l'homme d'affaires avait argué de douloureuses ardoises pour alléger son imposition, voire esquiver le fisc purement et simplement.

Mais le rapport dévoilé ce vendredi par la commission parlementaire - après que celle-ci a pu mettre la main il y a quelques semaines seulement sur les précieux documents, et a voté mi-décembre en faveur de leur publication - entre dans le détail et chiffre à la fois les pertes alléguées par Donald Trump, les déductions consécutives et le montant des impôts payés pour chaque année.

Le New York Times, qui a analysé la myriade de données avec un temps d'avance, dresse un tableau éloquent de cette relation entre Donald Trump et l'administration fiscale fédérale. Et celle-ci semble pour le moins teintée de bienveillance: ainsi, d'après le quotidien new-yorkais, sur les quinze derniers exercices, le multimilliardaire aux mille activités a échappé à l'impôt... à dix reprises.

Recettes, pertes, déductions: l'équation Trump

Mais la commission parlementaire s'est avant tout concentrée sur la période 2015-2020 - depuis la veille de son mandat, jusqu'à son crépuscule. Il en ressort par exemple qu'en 2016, une fois les déficits de ses entreprises retirés de ses recettes, Donald Trump a accusé une balance négative de 32.409.674 dollars. Dans ces conditions, l'autorité a déduit 2.233.975 dollars de sa feuille d'impôt initialement fixée à 2.234.725 dollars. Au terme d'une simple soustraction, Donald Trump n'avait donc plus que 750 dollars à lâcher.

Pour l'année 2017, sa première à la Maison Blanche après son élection à l'automne précédent, les finances de Donald Trump ont présenté un trou de 12.916.948 dollars. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Donald Trump a alors décroché une nouvelle déduction, évaluée à 7.435.107 dollars. Oubliés les 7.435.857 réclamés au départ, Donald Trump retombant donc sur ses pattes et sur ses 750 dollars déjà déboursés douze mois auparavant.

L'année suivante, toutefois, il a dû payer près d'un million de dollars aux impôts. Mais Donald Trump avait de quoi se rassurer dans la mesure où ses voyants étaient au vert, à hauteur de 24.339.696 dollars. En 2019, il a encore viré 133.445 dollars.

Dure au plan électoral - Donald Trump étant défait en novembre par Joe Biden dans sa course à la réélection -, l'année 2020 a également été rude côté affaires. Car à en croire ses déclarations, il a perdu 4.795.757 dollars pour l'ensemble de l'exercice. Une dégringolade qui lui a au moins permis de ne pas payer du tout d'impôt pour cette année.

L'autre traumatisme Richard Nixon

Donald Trump, candidat à la présidentielle 2024, a longtemps renâclé devant la perspective d'un tel déballage, enchaînant les recours dans l'espoir d'éviter la révélation de ses déclarations d'impôts. La publication du document ne l'a pas pour autant poussé à désarmer. Cité par CNN, il a ainsi dénoncé dans un communiqué: "Les démocrates n'auraient jamais dû faire une chose pareille, la Cour suprême n'aurait pas dû la valider, et ça va entraîner des choses horribles pour beaucoup de gens".

Politiquement, sa situation était pourtant difficile à tenir. En effet, au cours des dernières décennies, ses prédécesseurs au sommet de l'Etat ont tous accepté de publier leurs déclarations d'impôts. Et en temps et en heure. Une tradition de transparence qui s'explique par un événement survenu il y a 50 ans. En 1973, le Providence Journal démontrait que malgré ses revenus estimés à 200.000 dollars, le président Richard Nixon n'avait payé que 792,81 dollars au fisc en 1970. Il n'en était pas au bout de ses peines avec la presse à quelques mois seulement de sa démission d'août 1974 précipitée par l'affaire du Watergate.

Article original publié sur BFMTV.com