La conservation du Pfizer au réfrigérateur pourrait chambouler la campagne de vaccination

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L'Agence européenne du médicament affirme que le vaccin de Pfizer peut être conservé au réfrigérateur pendant un mois.

La conservation du vaccin Pfizer était l'un de ses points faibles, nécessitant une logistique importante. À l'origine, le vaccin devait être conservé entre -90 et -60 degrés, dans des "super congélateurs". En raison de ces contraintes logistiques, le vaccin Pfizer était jusqu'à présent réservé aux vaccinodromes et aux hôpitaux, les seuls disposant d'onéreux "super congélateurs" pour les conserver, tandis qu'AstraZeneca, qui peut être conservé au réfrigérateur, était réservé aux médecins généralistes et pharmaciens.

Mais le 17 mai, l'Agence européenne du médicament a confirmé qu'après être sorti des "super congélateurs", les flacons de Pfizer peuvent être conservés au réfrigérateur pendant un mois, soit entre 2 et 8 degrés à condition qu'ils ne soient pas ouverts. Une avancée qui pourrait bouleverser la campagne vaccinale en France.

Accélérer la vaccination

"Donnez des doses de Pfizer aux généralistes, aux pharmaciens, aux infirmiers. Si seulement un quart d'entre eux vaccine avec un flacon par semaine, cela ferait des journées à plus d'un million d'injections !", plaide le généraliste Jérôme Marty, président du syndicat Union française pour une médecine libre (UFML).

Selon Santé Publique France, près de 23% des plus de 75 ans n'ont pas reçu la moindre dose, une part de non-vaccinés qui monte à près d'un tiers des 60-74 ans. La vaccination des généralistes et des pharmaciens pourrait être l'une des solutions à cette difficulté.

Aider ceux qui ont du mal à trouver un rendez-vous sur Internet

"J'ai des patients qui n'arrivent pas à trouver un rendez-vous sur Internet et qui me demandent de les vacciner avec Pfizer, ce que je ne peux pas faire pour l'instant. Je sais quels patients vacciner en priorité si j'ai un flacon de Pfizer. Il me suffirait de les appeler et de leur proposer", explique Michaël Rochoy, médecin généraliste qui exerce dans le Pas-de-Calais, qui déplore la "guerre du F5" pour trouver un rendez-vous sur Internet.

"Nous sommes complémentaires des vaccinodromes. Ils sont bien organisés, mais la prise de rendez-vous est difficile. Certains, en zone rurale notamment, peuvent aussi avoir du mal à se déplacer dans ces grands centres situés en ville. Ils n'auraient pas ce problème en étant vaccinés chez leur généraliste ou pharmacien", ajoute Jérôme Marty, qui vante le maillage territorial des médecins et des pharmaciens.

"Un généraliste saura davantage convaincre ses patients qui hésitent" 

Si, au niveau local, des initiatives existent pour permettre aux plus âgés n'ayant pas Internet ou ayant des difficultés à s'en servir de prendre rendez-vous, aucune mesure n'est prise au niveau national pour l'instant.

Pour Jérôme Marty, permettre aux généralistes de vacciner avec Pfizer permettrait également de convaincre certains patients, éligibles depuis plusieurs mois mais qui n'ont pas encore été vaccinés. "Les généralistes connaissent leur patients. Quelqu'un qui hésite à se faire vacciner sera davantage convaincu par son généraliste qui le connaît depuis des années et lui proposera la vaccination au cours d'une consultation, plutôt que s'il doit faire la démarche de s'inscrire par Internet, s'y reprendre à plusieurs fois, pour arriver dans un centre où il ne connaît pas les vaccinateurs", plaide Jérôme Marty.

Près de 25% des plus de 75 ans pas vaccinés

"En allant chercher ces personnes à leur domicile, en cabinet, en arrivant à convaincre ceux qui hésitent, on permet d'éviter le plafonnement de la vaccination qu'on observe aux États-Unis, où les experts redoutent que les réticents à la vaccination empêchent d'accéder à l'immunité collective", poursuit Jérôme Marty.

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Autant d'arguments qui pourraient permettre à Jean Castex d'atteindre son objectif des prochaines semaines annoncé samedi dernier : "aller chercher les plus vulnérables", expliquait le Premier ministre en évoquant la part importante des plus de 75 ans n’avaient pas encore reçu leur première injection.

Depuis quelques jours, les médecins généralistes et les pharmaciens peuvent injecter un autre vaccin à ARN, présenté comme un "jumeau" du Pfizer : le vaccin Moderna. Mais les quantités annoncées sont faibles : 300 000 doses pour toute la France, ce qui représente moins d'un flacon par cabinet de médecine générale.

4 millions de doses de Pfizer livrés par semaine en juin

"Si l'on autorise les généralistes à vacciner avec Pfizer, il faut que les doses soient au rendez-vous", prévient Michael Rochoy. "Pour Moderna, ma pharmacie m'a dit que j'aurai un flacon demain ou peut-être jeudi ou la semaine prochaine. Ce n'est pas pratique pour organiser des vaccination de patients, ça prend beaucoup de temps", déplore Michaël Rochoy.

Au mois de juin, près de 4 millions de doses de Pfizer doivent être livrés en France chaque semaine, contre 2,5 millions chaque semaine en mai. Une accélération des livraisons dont espèrent pouvoir bénéficier les médecins généralistes et les pharmaciens.

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