Covid-19 : faut-il craindre que la vaccination plafonne avant l'immunité collective ?

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Photo d'illustration

Après un départ fulgurant, la vaccination plafonne à environ 60% de la population générale en Israël. Encore loin de l'objectif fixé pour atteindre l'immunité collective.

La vaccination en Israël a été érigée en modèle, pour sa rapidité notamment. Premier pays à vacciner massivement, Israël a démarré en trombe avec plus de 10% de la population recevant leur première dose moins de deux semaines après le début de la campagne nationale de vaccination.

En comparaison, il a fallu 57 jours aux États-Unis pour atteindre le même objectif, et 45 jours au Royaume-Uni. La France n'a atteint ce niveau que le 23 mars, soit près de trois mois après le début de la campagne.

La vaccination en Israël ne progresse plus

Au plus fort du rythme de la vaccination, Israël administrait chaque jour une dose à 2,1% de sa population, fin janvier. Un chiffre qui ne cesse de ralentir depuis, pour tomber à 0,1% de la population recevant une dose chaque jour. Un rythme désormais 5 fois moins élevé qu'en France, et 8 fois moins qu'aux États-Unis ou au Royaume-Uni.

Doses quotidiennes de vaccin administrées pour 100 personnes, selon les pays.
Doses quotidiennes de vaccin administrées pour 100 personnes, selon les pays.

Le 22 mars, 60% de la population israélienne avait reçu au moins une dose. Un mois plus tard, ce chiffre peine à progresser, avec seulement 62,1% de la population ayant reçu au moins une dose. De quoi rendre difficile d'atteindre l'objectif d'environ 70% de la population vaccinée, ce qui correspond au seuil de l'immunité collective.

Si la plupart des pays sont encore loin de connaître cette situation - 22% de la population de l'UE a reçu une dose au 30 avril - les problèmes d'Israël pourraient bien concerner d'autres pays dans les prochains mois.

Des communautés encore réticentes à la vaccination

En cause en Israël, la difficulté à convaincre certaines communautés, dont les Arabes israéliens et les Juifs "ultra-orthodoxes", parmi les moins vaccinés pour raison religieuse ou de défiance vis-à-vis du gouvernement. Une enquête de janvier du Social Policy Institute de l'Université de Washington à Saint-Louis a révélé que 51% des Arabes israéliens non encore vaccinés et 42% des Juifs ultra orthodoxes n'avaient pas l'intention de se faire vacciner.

Autre difficulté qui explique en partie le plafonnement de la campagne vaccinale en Israël, l'incapacité d'atteindre certains résidents qui vivent dans des zones reculées, poursuit le Time.

"Un risque important que la vaccination plafonne en France comme en Israël"

"Il y a un risque important que la vaccination plafonne en France, comme en Israël, à partir d'un certain niveau. Ce risque est lié à la difficulté de convaincre les derniers hésitants à être vaccinés. Or, cela peut être très important pour atteindre l'immunité collective si ces hésitants sont nombreux", observe l'épidémiologiste Antoine Flahault.

L'épidémiologiste Michael Rochoy relativise. "On arrivera à cette immunité collective, c'est sûr. Mais si ce n'est pas par la vaccination, ce sera par l'immunité collective. Ça peut être plus long, plus douloureux et ça aura plus de conséquence", prévient-il.

Déjà les premiers effets du plafonnement chez les plus âgés ?

Si la France est encore loin de cette cible, avec 22% de la population ayant reçu au moins une dose de vaccin, la question pourrait se poser dans les prochains mois. Ces derniers jours, des personnes non-éligibles à la vaccination ont tout de même pu être vaccinées, profitent de créneaux disponibles et non-réservés.

Signe précurseur d'un plafonnement de la vaccination dans le public cible ? Difficultés pour les non-vaccinés à utiliser les plateformes de réservation ? Mauvaise répartition des doses à l'échelle du pays ? Difficile à dire alors que le public prioritaire est encore loin d'être vacciné. Près de 70% des 70 ans et plus ont reçu au moins une dose et 60% des 60 ans et plus.

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Seul un jeune sur deux compte se faire vacciner

Selon un sondage Odoxa pour France Info et Le Figaro, 55% des 18-24 ans serait disposé à se faire vacciner. La tranche d'âge au-dessus est à peine plus enthousiaste : 58% des 25-34 ans. Des chiffres qui confirment ceux d'une précédente enquête Harris Interactive pour LCI, parue mi-mars : 53% des 18-34 ans envisagent la vaccination. 

Si les messages sur les réseaux sociaux réclamant l'ouverture d'une vaccination à tous témoignent d'un engouement pour la vaccination, ils ne sont pas forcément représentatifs de l'ensemble d'une classe d'âge.

"Cibler les jeunes et ceux oubliés par la stratégie vaccinale"

"Il y a deux groupes qui peuvent entraîner un plafonnement de la vaccination à un niveau trop bas pour atteindre l'immunité collective : les jeunes, qui ne voient pas forcément l'intérêt d'être vaccinés car moins touchés par des formes graves du Covid-19, et ceux oubliés par la stratégie vaccinale", note Antoine Flahault. Les sondages montrent en effet que les jeunes sont moins enclins à se faire vacciner que les plus âgés.

Emmanuel Macron a détaillé son plan de déconfinement et notamment la mise en place d'un pass sanitaire pour accéder à certains évènements. "Pour convaincre les jeunes, on peut leur évoquer le risque de Covid long, l'inconnu des effets des variants chez les jeunes, l'idée de protéger la société dans laquelle ils vivent, mais aussi la possibilité de retrouver une vie plus normale avec l'accès aux concerts et aux voyages", propose Antoine Flahault.

À LIRE AUSSI >> Covid-19 : cinq questions sur le pass sanitaire qui devrait être obligatoire pour accéder à certains rassemblements

Le pass sanitaire sera instauré dès le 30 juin pour accéder aux "stades, festivals et foires". Un pass sanitaire, sous format papier ou numérique, qui consistera en un test négatif récent, un certificat de vaccination ou une attestation d'immunité.

Communiquer spécifiquement auprès des jeunes

L'épidémiologiste propose d'avoir recours à des méthodes spécifiques pour communiquer auprès des plus jeunes, en utilisant des arguments scientifiques. "On néglige trop en matière de santé les compétences qu’on pourrait appeler de 'marketing social', c'est-à-dire des gens qui sont spécialisés pour vendre des produits aux jeunes", regrette l'épidémiologiste.

"Là, il ne s'agirait pas de vendre mais de communiquer auprès des jeunes avec les outils et les codes qu'ils connaissent pour leur expliquer l'intérêt qu'ils ont à se faire vacciner", illustre Antoine Flahault. 

"Quand on est jeune, refuser la vaccination est une mauvaise idée à titre individuel"

"Les jeunes ont moins de risque de faire une forme grave, ce n'est pas cette tranche d'âge qui surchargera les hôpitaux. Quand on est jeune, refuser la vaccination est une mauvaise idée à titre individuel, mais l'impact sur la société est moindre", met en perspective Michaël Rochoy, chercheur en épidémiologie.

"Attention toutefois au risque d'apparition d'un variant résistant au sein des populations non-vaccinés. Moins il y aura de personnes vaccinées, plus le virus aura de possibilités de muter au sein de cette population", prévient le chercheur en épidémiologie. "Face au refus, il faut comprendre les raisons pour chercher à convaincre. C'est comme cela que le taux de vaccination sera important"

"Le risque d'une campagne de vaccination par les élites pour les élites"

L'autre possible cause d'un plafonnement de la vaccination, c'est la difficulté de la campagne à toucher certains publics. "La campagne vaccinale ne parle pas à tout le monde. Le risque c'est que le bas de l'échelle sociale, négligé par une campagne faite par les élites pour les élites, ne les concerne pas", prévient Antoine Flahault.

"On a fait ce constat dans les années 80 avec les campagnes antitabac. La consommation avait diminué chez les hommes cadres supérieurs, mais triplé chez les femmes ouvrières. La campagne a ensuite été ajustée à la cible, et les images chocs sur les paquets de cigarette ont réduit la consommation dans l'ensemble de la population", illustre l'épidémiologiste.

La difficulté de trouver un rendez-vous sans Internet

Des difficultés qui peuvent également résider dans la difficulté de certaines personnes âgées à utiliser Internet pour trouver un rendez-vous vaccinal, comme en témoignent plusieurs internautes, ce qui les exclut de la vaccination.

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Le 15 mai, les plus de 50 ans pourront se faire vacciner sans conditions. Un mois plus tard, ce sera au tour de tous les adultes, avant une possible vaccination des adolescents. Pfizer compte en effet déposer une demande d’homologation pour vacciner les adolescents âgés entre 12 et 15 ans. Un élargissement aux 12 ans et plus qui pourrait permettre d'atteindre l'immunité collective malgré la difficulté de toucher certains publics.

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