Le coronavirus a-t-il rendu Emmanuel Macron de gauche ?

Lucile Descamps
·5 min de lecture
Emmanuel Macron a pris des mesures fortes en lien avec le coronavirus. Revirement politique ou nécessité ?
Emmanuel Macron a pris des mesures fortes en lien avec le coronavirus. Revirement politique ou nécessité ?

Ces derniers jours, Emmanuel Macron a annoncé des mesures très fortes pour soutenir l’économie et les salariés en cette période de crise sanitaire. Revirement politique ou simple nécessité ?

Le coronavirus a un impact sur tous les aspects de notre société, y compris la politique. Pour tenter d’endiguer l’épidémie, Emmanuel Macron a fait une série d’annonces lors de deux allocutions en direct, le jeudi 12 mars et ce lundi 16 mars.

Outre les mesures portant sur la restriction des déplacements, des rassemblements et des interactions, le chef de l’État a aussi présenté des directives économiques et sociales. Et elles penchent plutôt à gauche. Mais peut-on parler de revirement politique pour autant ? Pas du tout, selon Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof et enseignant à Sciences Po. “On ne peut pas comparer une programme présidentiel et une gestion de crise comme on en connaît une par siècle”, précise-t-il. D’ailleurs, les mesures prises par le gouvernement sont “très comparables à celles des grands pays européens”, poursuit-il.

Trêve hivernale reportée, soutien aux salariés

Dès jeudi 12 mars, le président de la République avait notamment expliqué que la trêve hivernale, qui devait initialement s’achever le 31 mars, était repoussée de deux mois. Ce qui signifie qu’aucune expulsion ne pourra avoir lieu d’ici la fin du mois de mai.

Emmanuel Macron a également annoncé l’élargissement du dispositif de chômage partiel, qui implique que l’État prend en charge les salaires des employés rendus inactifs par la crise. Selon des précisions apportées par le ministère du Travail, les entreprises recevront 100% du versement à hauteur de 4,5 fois le Smic. L’objectif est d’éviter les licenciements, comme n’a eu de cesse de le répéter ces derniers jours la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

“Pour les emplois à domicile, nous allons créer un système similaire au chômage partiel”, a-t-elle détaillé ce mardi 17 mars, sur France info. De son côté, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a expliqué sur RTL qu’un fonds de solidarité d’un milliards d’euros serait créé pour “aider les plus petites entreprises, les indépendants, les micro-entreprises qui ont perdu plus de 70% de chiffre d’affaires entre les mois de mars 2019 et mars 2020. Ils toucheront un forfait de 1500€”.

Un budget conséquent engagé

"Aucune entreprise ne sera livrée au risque de faillite", a promis Emmanuel Macron. L’État a d’ailleurs prévu un budget conséquent : 45 milliards d’euros d’aide immédiate pour les entreprises et les salariés, auxquels s’ajoutent 300 milliards d’euros pour “garantir les prêts bancaires”, comme l’expliquait ce matin sur RTL le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Le gouvernement serait même prêt à recourir à des nationalisations “si besoin”.

Autre annonce forte, Emmanuel Macron a fait part, lundi 16 mars, du report "sans justification, sans formalité et sans pénalité" des cotisations et des impôts dus en mars par les sociétés. Il a également assuré que les loyers, les factures d’électricité et de gaz seraient suspendues pour les entreprises en difficulté. Un message complété par Bruno Le Maire ce mardi : cela concerne les TPE et les petites entreprises, ainsi que les micro-entrepreneurs.

Des réformes suspendues, mais pas oubliées

En parallèle, toutes les réformes en cours sont suspendues, a annoncé le chef de l’État lors de son allocution du 16 mars. À commencer par la très controversée réforme des retraites. Quant à celle de l’indemnisation du chômage, censée entrer en vigueur début avril, elle est finalement repoussée à septembre. “Cela ne veut absolument pas dire qu’il revient sur ces réformes”, nuance Bruno Cautrès, d’autant que certaines sont déjà bien avancées.

Pour le professeur de Sciences Po, toutes ces annonces ne sont pas à prendre comme un revirement de politique. Au contraire, Emmanuel Macron reste conforté dans ses idées. “En sortie de crise, il pourra justement dire que c’est parce qu’il avait un programme de réformes structurelles que l’État a pu conserver sa capacité d’intervention en temps de difficultés”, analyse le chercheur au Cevipof. Quant à son discours de politique étrangère sur “la souveraineté européenne”, là encore, le chef de l’État devrait pouvoir se servir de la crise sanitaire pour “justifier la nécessité d’une forte d’impulsion européenne”. “Je ne serais pas étonné qu’en sortie de crise, Emmanuel Macron livre non pas un discours de revirement, mais au contraire de très forte cohérence”, prévoit Bruno Cautrès.

Des annonces loin du programme prévu

Pour Jérôme Sainte-Marie, sondeur et politologue, si les mesures prises ces derniers jours par le gouvernement se sont effectivement imposées à Emmanuel Macron comme aux autres états, “elles entrent en collision directe avec son projet politique”, qui sera “difficile à maintenir en sortie de crise”.

D’autant que les opposants à ses réformes, “la moitié des Français environ”, se verront conforter dans leurs idées par les décisions politiques liées à la crise sanitaire. “Ils se diront que leur position est justifiée puisqu’en cas de crise, on en revient aux bonnes vieilles solutions”, précise-t-il.

Ces questions politiques ne se poseront qu’une fois la crise passée.

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