Publicité

TOUT COMPRENDRE - Qu'est-ce que le Jihad islamique, qu'Israël accuse de l'explosion dans un hôpital de Gaza?

Israël accuse le Jihad islamique d'être responsable de la frappe qui a touché ce mardi un hôpital de Gaza, faisant près de 500 victimes palestiniennes selon un bilan communiqué par le ministère de la Santé du Hamas.

L'armée israélienne a affirmé avoir "des preuves" "basées sur des renseignements, des systèmes opérationnels et des images aériennes" de la responsabilité de l'organisation palestinienne. Des accusations que le Jihad islamique a qualifiées de "mensonges", imputant la faute de cette frappe, tout comme le Hamas - derrière les attaques du 7 octobre en Israël - à l'État hébreu.

Le mouvement terroriste palestinien est "un mouvement encore plus extrémiste que le Hamas" d'après Gérard Araud, ancien ambassadeur de France en Israël et aux États-Unis, invité de BFMTV-RMC ce mercredi.

Son objectif? "La destruction d'Israël par des moyens violents", écrit le Conseil pour les relations internationales, un think thank indépendant. Le groupe de réflexion ajoute que le Jihad islamique "veut rétablir un État palestinien souverain et islamique avec les frontières géographiques de la Palestine mandataire d'avant 1948".

Le conflit israélo-arabe ne serait pas pour eux "un différend territorial" mais "une guerre idéologique".

• Quelles sont les origines de l'organisation Jihad islamique?

Le Jihad islamique a été fondé en 1981 par des étudiants de l'Université islamique de Gaza, membres des Frères musulmans égyptiens jusque dans les années 1970.

Période à laquelle ils ont jugé que la confrérie "était trop modérée dans sa lutte pour les Palestiniens" et ont donc décidé "de créer un groupe distinct, d'abord islamo-nationaliste mais plus largement islamo-révolutionnaire", explique à BFMTV.com David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), spécialiste du Moyen-Orient.

Critiques des Frères musulmans, ses créateurs se détournent aussi de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

"Conçu dès le départ comme une troisième voie, le Jihad islamique a été fondé en opposition à ces deux mouvements", explique au journal Le Monde la politologue Leïla Seurat, chercheuse au Centre arabe de recherches et d’études politiques (CAREP).

En 1992, sa branche armée, les brigades Al-Qods, a été fondée. Le groupe est présent à Gaza et en Cisjordanie - territoire palestinien occupé depuis 1967 par l'État hébreu. Son secrétaire général depuis 2018, Ziad al Nakhala, siège quant à lui à Damas en Syrie et "effectue des navettes pour le compte du mouvement au sein de la région", nous rapporte David Rigoulet-Roze, également chercheur associé à l'IFAS (Institut français d'analyse stratégique) et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques.

• Quelles sont ses actions?

Contrairement au Hamas au pouvoir dans l'enclave palestinienne depuis 2007 qui la tolère en raison de leur lutte commune, l'organisation Jihad islamique n'agit qu'à travers le recours aux armes et "n’a aucune velléité d’exercice du pouvoir politique", d'après Leïla Seurat.

Le Jihad islamique s'oppose à toute négociation avec Israël et rejette les accords d'Oslo, signés par l'Autorité palestinienne et l'État hébreu en 1993.

"Le mouvement terroriste palestinien a déjà commis de nombreux attentats contre Israël souvent à partir de la Cisjordanie", souligne l'ancien ambassadeur Gérard Araud sur le plateau de BFMTV.

Il a revendiqué plusieurs attentats suicides visant des Israéliens, surtout pendant la deuxième Intifada (soulèvement palestinien, 2000-2005) dont une attaque suicide en 1989 contre un bus reliant Tel-Aviv à Jérusalem ayant fait 16 morts.

Le Jihad islamique palestinien a aussi revendiqué l'infiltration à partir du Liban de combattants à la frontière avec Israël, trois jours après l'offensive surprise du Hamas. Les Brigades al-Qods "revendiquent la responsabilité de l'opération à la frontière dans le sud du Liban" a indiqué le groupe dans un communiqué.

• Qui sont ses soutiens?

Le Jihad islamique est soutenu par l'Iran voisin. "Le groupe est initialement d'obédience sunnite mais a un tropisme 'iranien' de plus en plus marqué depuis la révolution islamique de 1979 à Téhéran", souligne David Rigoulet-Roze.

"Lorsque les responsables du groupe ont été expulsés au Liban en 1987, l'organisation a été prise en charge par le Hezbollah (un groupe basé au Liban mais formé par l'Iran, NDLR). Puis, elle a installé son siège en 1989 à Damas, seul allié arabe de Téhéran", précise le chercheur.

"Le Jihad islamique est aujourd'hui en quelque sorte le proxy iranien chez les Palestiniens. Comme le Hezbollah est le proxy iranien chez les Libanais."

Il bénéficie également "d’une popularité très importante auprès de la population palestinienne", note la chercheuse Leïla Seurat auprès du Monde. "Non seulement à Gaza – n’étant pas au pouvoir, le Jihad islamique n’a pas pâti de la dépréciation de son image, à l’instar du Hamas –, mais aussi en Cisjordanie".

Article original publié sur BFMTV.com