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TOUT COMPRENDRE. Noms dévoilés, théories du complot... Les nouvelles révélations de l'affaire Epstein

Des dizaines de documents judiciaires relatifs à l'affaire Jeffrey Epstein jusqu'à présent classifiés ont été rendus publics mercredi 3 janvier. Si certains affirmaient qu'une liste des "clients" du financier déchu serait publiée, le contenu est finalement différent.

Des noms qui font parler d'eux. Ce mercredi 3 janvier, des dizaines de documents judiciaires américains relatifs à l'affaire dite Jeffrey Epstein ont été rendues publics, dans le cadre d'une affaire judiciaire corrélée. Bien que l'homme d'affaires, impliqué dans des affaires de trafic sexuel de mineurs, soit mort en 2019, ces nouveaux éléments défraient la chronique.

• L'affaire Jeffrey Epstein, c'est quoi ?

L'affaire Jeffrey Epstein est un scandale politique, économique et sociétal gravitant autour de la personnalité dudit milliardaire. Un homme très bien installé dans le milieu de la finance, côtoyant des célébrités, des artistes et des personnalités politiques de premier plan.

C'est en 2005 que le premier volet judiciaire le concernant a été ouvert. Les parents d'une jeune fille de 14 ans ont affirmé à la police que Jeffrey Epstein avait agressé leur fille à son domicile de Palm Beach, en Floride. Lors de perquisitions dans ce domicile, la police a découvert des photos de filles dénudées dans toute la maison, comme le relate SkyNews.

Pour ces premiers faits, un accord a été conclu entre le milliardaire et les procureurs pour éviter au financier un procès à l'échelle fédérale. Dans le cas contraire, Jeffrey Epstein risquait une peine de prison à vie. À la place, il a purgé une peine de 18 mois de prison, largement aménagé, lui permettant même de "travailler à l'extérieur", dans son bureau, jusqu'à six jours par semaine.

Le procureur ayant abouti à cet accord, Alexandre Acosta, a été accusé par une enquête du Miami Herald de s'être "compromis éthiquement". Celle-ci soulignait que l'accord permettait de mettre fin aux investigations tout en permettant à Epstein de conserver un train de vie confortable. À la suite du scandale, le procureur a fini par démissionner, tout en assurant que ses actions avaient permis d'a minima permettre de condamner l'agresseur.

"Nous avons fait ce que nous avons fait parce que nous voulions qu'Epstein aille en prison", a-t-il déclaré, refusant de s'excuser pour ses actions. "Nous pensons avoir agi de manière appropriée."

Mais l'affaire Epstein a véritablement pris de l'ampleur lors de son deuxième volet, en 2019. C'est à ce moment-là qu'il a été arrêté par les forces du FBI pour trafic sexuel, accusé d'être à la tête d'un vaste réseau de trafic de jeunes filles mineures, à des fins sexuelles.

L’acte d’accusation alléguait que "des dizaines (jusqu'à 40, NDLR)" de filles mineures ont été amenées dans les demeures d’Epstein pour des relations sexuelles, pour lui ou d'autres personnes dans son cercle rapproché.

Pendant sa détention - avant son procès - le 10 août 2019: il a été retrouvé mort. Selon les expertises légistes, il s'agit d'un suicide. Jeffrey Epstein n'aura donc jamais été jugé. Jusqu'à la fin, il a plaidé non coupable et nié tout acte répréhensible.

• Pourquoi de nouveaux documents ont été rendus publics ?

Pourquoi, trois ans après la mort du principal accusé, cette affaire revient-elle sur le devant de la scène? C'est une seconde procédure judiciaire connexe qui a remis une pièce dans la machine. Ghislaine Maxwell, compagne et complice de Jeffrey Esptein, est impliquée dans une procédure en diffamation intentée par Virginia Giuffre, une plaignante.

Bien que cette plainte ait été réglée en 2017, un an après avoir été déposée, le Miami Herald s'est interposé dans la procédure dans l'espoir d'obtenir des accès au dossier entier afin d'enquêter sur Epstein et son réseau.

C'est donc finalement la juge Preska, qui, en décembre dernier, a ordonné que les identités de près de 200 personnes citées dans les documents soient "complètement dévoilées". Une décision prise le 18 décembre devant être appliquée dans les deux semaines, ceci expliquant le timing des révélations actuelles.

• Que contiennent - ou pas - ces nouveaux documents ?

Seule une partie du dossier global a été rendue publique. Des dizaines de documents et compte rendus d'auditions restent mis sous scellé. Que contiennent-ils? Des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux, notamment dans les cercles conservateurs américains, laissaient supposer que des listes de "clients" du réseau d'Epstein ou que des "co-conspirateurs" seraient identifiés. Finalement, le contenu est moins croustillant.

Donald Trump, Bill Clinton, Michael Jackson ou encore Stephen Hawking sont bien mentionnés dans ces documents. Mais, d'une manière générale, aucun acte répréhensible ne leur est attribué.

Pour le prédécesseur de Joe Biden, par exemple, les mentions de son nom proviennent de témoignages inscrits dans le dossier judiciaire. Dans ceux-ci, Johanna Sjoberg, raconte par exemple cette scène. Alors que la témoin était en route vers Manhattan aux côtés d'Epstein, à bord d'un jet privé, elle a mentionné le nom de Donald Trump.

"Le pilote m'a dit de revenir en arrière et de dire à [Epstein] que nous ne pouvions pas atterrir à New York et que nous allions devoir atterrir à Atlantic City", a-t-elle déclaré. "Jeffrey a dit 'super, nous appellerons Trump et nous irons au casino'. Je ne me souviens pas du nom du casino, mais nous irons au casino".

Interrogée sur le fait qu'on lui ait demandé ou suggéré d'offrir des services des prestations érotiques à l'ancien président, elle a répondu que, non, on ne lui avait jamais demandé de le faire.

• Pourquoi cette liste attise-t-elle les complotistes ?

Comme le montrent les millions de tweets sur l'affaire Epstein circulant ces dernières heures, ce dossier attise la curiosité. Et, à un certain degré, alimente les théories complotistes.

"Les théoriciens du complot d’extrême droite voient Epstein comme la clé pour prouver que l’élite démocrate constitue une cabale pédophile secrète. Mais quiconque espère ou s’attend à une liste de pédophiles célèbres aura été profondément déçu", résume Martha Kelner, correspondante pour la chaîne Skynews aux États-Unis et spécialiste de ce dossier.

Ces théories, affiliées notamment au mouvement QAnon, mais pas seulement, ont été renforcées par des anomalies dans le parcours de Jeffrey Epstein, de l'accord à l'amiable jusqu'à sa mort. Lors de son décès, une célèbre phrase "Epstein didn't kill himself" ("Epstein ne s'est pas suicidé") est née. En cause: plusieurs éléments mettant en doute l'hypothèse du suicide.

Une expertise indépendante avait notamment conclu que ses blessures étaient "beaucoup plus cohérentes" avec un meurtre qu'un suicide. Mais le rapport final des médecins légistes a clos la question en attribuant sa mort à son propre acte. Pour les théoriciens, il s'agit d'un acte cherchant à cacher la vérité sur l'identité présumée des "clients" d'Epstein. Des propos qui n'ont pour l'instant pas été corroborés par des sources sérieuses.

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Donald Trump, Bill Clinton… Une liste de noms liés à Jeffrey Epstein dévoilée par la justice américaine