TOUT COMPRENDRE - Affaire Uber: quelles sont les révélations visant Emmanuel Macron?

Emmanuel Macron est visé par des révélations du Consortium international des journalistes d'investigation sur ses liens avec l'entreprise américaine Uber - BFMTV/AFP
Emmanuel Macron est visé par des révélations du Consortium international des journalistes d'investigation sur ses liens avec l'entreprise américaine Uber - BFMTV/AFP

Un partenariat privilégié entre Emmanuel Macron et Uber? Les "Uber Files", une enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), et dont font partie Le Monde et Radio France, a révélé dimanche que l'ancien ministre de l'Économie (2014-2016) a eu des échanges réguliers et "significatifs" avec l'entreprise de services de VTC américaine et aurait notamment transmis à des députés des amendements "clés en mains" rédigés par Uber.

Ces agissements montrent que le locataire de Bercy à l'époque a fait preuve d'une forme de bienveillance à l'égard de la société américaine, plaidant notamment pour un allègement de la réglementation encadrant les plateformes de ce type. Largement décriés, les services VTC traversent pourtant à l'époque une période de turbulences, marquée par de nombreuses grèves de chauffeurs.

• Quel était le contexte à l'époque ?

Arrivée dans l'Hexagone fin 2011, l'entreprise Uber s'installe dans le paysage français non sans difficultés. Les chauffeurs de taxi voient d'un mauvais oeil l'arrivée de ce nouveau géant qu'ils accusent de "concurrence déloyale".

Actif entre 2014 et 2015, le service UberPOP devient populaire auprès de nombreux utilisateurs en pratiquant des prix cassés. Mais il est aussi fortement décrié car il met en relation des passagers avec des automobilistes qui ne sont pas professionnels.

La grogne dure plusieurs mois, et elle est marquée par plusieurs mouvements de grève de chauffeurs VTC et divers incidents. Jusqu'à 2800 chauffeurs manifestent en juin 2015.

• Que révèlent les "Uber Files" sur les échanges entre Macron et Uber?

Grand succès auprès des utilisateurs, Uber est en revanche en délicatesse avec les autorités françaises: l'entreprise est visée par une enquête menée par la répression des fraudes.

À contre-courant du reste du gouvernement, Emmanuel Macron appuie la société avec laquelle il échange régulièrement durant cette période, à 17 reprises, selon les informations de l'ICIJ. En effet, le ministre de l'Économie de l'époque s'engage par message à intervenir en sa faveur auprès de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes en leur demandant de ne pas se montrer "trop conservateurs".

L'enquête de l'ICIJ révèle par ailleurs l'existence d'un accord entre celui qui est désormais président de la République et Uber pendant la période 2014-2015. En échange de la suspension d'UberPOP actée à l'été 2015, le ministre propose la mise en place d'une "règlementation plus favorable" pour les chauffeurs, notamment pour leur permettre d'obtenir plus facilement une licence.

• Que disait publiquement Macron à l'époque?

Alors que l'entreprise Uber fait débat, Emmanuel Macron se pose en fervent défenseur de la plateforme, notamment pour certains jeunes issus de quartiers populaires, dans une interview à Mediapart en 2016.

"Allez à Stains expliquer aux jeunes qui font chauffeurs Uber de manière volontaire qu'il vaut mieux aller tenir les murs ou dealer", lance-t-il.

Malgré les critiques visant le modèle économique de la plateforme, le ministre maintient ses positions et vante les possibilités de "mobilité sociale" qu'offre, selon lui, ce type d'entreprise.

"On le voit avec l’exemple qu’offre Uber dans la région parisienne: des gens souvent victimes de l’exclusion choisissent l’entrepreneuriat individuel parce que pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, c’est plus facile de trouver un client que de trouver un employeur", estime-t-il dans Le Monde encore en 2016.

• Comment Uber et l'Élysée expliquent-ils ses échanges?

Après la parution de ces révélations, l'Élysée a réagi auprès de l'Agence France-Presse (AFP), assurant, qu'en tant que ministre de l'Économie, Emmanuel Macron était "naturellement amené à échanger avec de nombreuses entreprises engagées dans la mutation profonde des services advenue au cours des années évoquées, qu’il convenait de faciliter en dénouant certains verrous administratifs ou réglementaires".

Du côté d'Uber, la société américaine reconnaît que des réunions ont bien eu lieu avec Emmanuel Macron à l'époque. Mais elle évoque simplement des discussions qui "relevaient de ses responsabilités en tant que ministre de l'Économie et du Numérique supervisant le secteur des VTC".

L'entreprise rejette par ailleurs avoir formé un accord avec l'ancien locataire de Bercy. La suspension de son service UberPOP "n'a aucunement été suivie d'une réglementation plus favorable", assure Uber.

• Comment réagissent les oppositions?

Les oppositions de gauche comme de droite se sont rapidement saisies de l'affaire. La patronne des députés LFI Mathilde Panot a qualifié Emmanuel Macron de "lobbyiste pour multinationale états-unienne visant à déréguler durablement le droit du travail", l'accusant d'avoir participé au "pillage du pays", dimanche sur Twitter.

Le secrétaire national du PCF Fabien Roussel a pour sa part évoqué des "révélations accablantes" sur des pratiques allant "contre tous nos acquis sociaux et contre les droits des travailleurs".

"Pourquoi le gouvernement défendait l'an dernier la création d'un 'tiers statut' sous couvert d'organiser la représentation des travailleurs des plateformes?", a de son côté fait mine de s'interroger le président des députés socialistes Boris Vallaud.

De l'autre côté de l'échiquier politique, le président du RN Jordan Bardella a estimé que l'affaire révèle que "le parcours d'Emmanuel Macron a une cohérence, un fil rouge: servir des intérêts privés, souvent étrangers, avant les intérêts nationaux".

Article original publié sur BFMTV.com

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