Christophe Béchu est-il vraiment écologiste? Dans sa ville d'Angers, le bilan est mitigé.

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Le maire d'Angers est devenu ministre de la Transition écologique le 4 juillet. Sa nomination a suscité des réactions étonnées dans la capitale angevine.

POLITIQUE - “Ministre oui! Mais alors ministre de l’Écologie, ça c’est une surprise.” C’est peu ou prou la réponse que tous les Angevins interrogés par Le HuffPost ont donnée. Promu le 4 juillet au ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Christophe Béchu, maire d’Angers et président d’Angers Loire Métropole n’a pas vraiment le profil d’un ministre vert.

Dans la ville, dont il est maire depuis 2014, son bilan écologique est d’ailleurs loin de faire l’unanimité.

Angers est pourtant depuis plusieurs années présentée comme LA ville verte par excellence. C’est ce qu’indiquent plusieurs classements, portés notamment par l’Observatoire des villes vertes de France. Cette première position est d’ailleurs avancée comme argument par la majorité présidentielle pour expliquer la nomination de Christophe Béchu à son ministère.

Ce classement (qui porte effectivement bien son nom) ne s’intéresse qu’à la proportion des espaces verts et à leur entretien. Or, à Angers il y a une superficie importante d’espaces inondables et de zones protégées, donc non constructibles. Christophe Béchu a également indiqué avoir planté plus de 100.000 arbres au cours de ses deux mandats.

En 2020, Angers était élue ville la plus verte de France. (Photo: Observatoire des villes vertes)
En 2020, Angers était élue ville la plus verte de France. (Photo: Observatoire des villes vertes)

En 2020, Angers était élue ville la plus verte de France. (Photo: Observatoire des villes vertes)

Au bord de la Maine, sur le grand espace vert qui recouvre le pont de la voie express, Margaux, étudiante en sciences politiques explique: “l’écologie n’est pas vraiment son domaine de prédilection. C’est un très bon maire, il accentue la présence des espaces verts, mais ça reste du niveau local”.

Difficile de se promener dans Angers sans reconnaître à l’équipe municipale une vraie volonté de verdir l’espace urbain. Aux abords du château, un couloir arboré mène à des fontaines. À toute proximité de la mairie, au bout du jardin du mail, des arbres centenaires et malades ont été remplacés par de jeunes pousses vigoureuses, près desquelles est inscrite l’espèce de l’arbre en question.

Un mandat pour l’économie, le deuxième pour l’écologie

C’est ici que nous a donné rendez-vous Corinne Bouchoux, une ancienne sénatrice EELV devenue conseillère municipale aux côtés de Christophe Béchu, maire de droite proche d’Édouard Philippe. C’est pourquoi l’opposition municipale la qualifie de “prise de guerre” tant son expérience des enjeux environnementaux est précieuse.

“On n’a pas à rougir du bilan en matière de transition écologique à Angers”, jure Corinne Bouchoux en évoquant sa rencontre avec Christophe Béchu sur les bancs du Sénat où il siégeait sous l’étiquette UMP puis LR. D’abord opposante, la sénatrice EELV se présente sur sa liste en 2020 et devient sa conseillère municipale. À Angers Loire Métropole dont Christophe Béchu est président, elle est vice-présidente en charge de la Transition écologique. Corinne Bouchoux dit avoir “senti une prise de conscience” du nouveau ministre: “son premier mandat était très axé sur le développement économique d’Angers. Son deuxième a placé la transition écologique en haut de sa liste de priorités.”

Il lance même les Assises de la Transition Écologique en 2020. Par cette large consultation des habitants, associations et entreprises des 29 communes de la métropole, Christophe Béchu espère des mesures concrètes et surtout transpartisanes. Pour l’opposition, il se préparait déjà au ministère lié de la Transition écologique.

La voiture, reine d’Angers

Il y a pourtant un point noir dans le bilan de Christophe Béchu. À Angers, on peut se déplacer facilement en voiture, se garer sans trop de problèmes; une situation à rebours de celle que l’on connaît dans les autres grandes villes françaises où l’automobile est progressivement empêchée, si ce n’est bannie. La première heure de parking est gratuite dans la plupart des parkings couverts du centre-ville, incitant les angevins à se déplacer en voiture et non en transports en commun.

Dans une étude publiée par l’INSEE, on remarque que pour se rendre au travail, la voiture est largement privilégiée au détriment des transports publics. La municipalité prévoit d’encourager les mobilités douces avec un chèque de 200 euros pour l’achat d’un vélo électrique, 50 pour un vélo classique. La construction de deux lignes supplémentaires de tramway doit aussi permettre de proposer une alternative à la voiture en ville.

À toute proximité du centre-ville, un parking de 1000 places peut accueillir les véhicules de ceux qui souhaitent se rendre à Angers. Une fois garé, il suffit d’emprunter la passerelle piétonne (sur laquelle un tram est en construction) qui surplombe la Maine pour rejoindre l’hypercentre, le château et les boutiques. Ce parking se trouve sur la place de la Rochefoucauld, l’une des plus grandes places boisées de France.

“Le paradoxe Béchu”

Florence Denier-Pasquier de l’association France Nature Environnement y voit “le paradoxe Béchu”. “Il a classé une centaine d’arbres, ce qu’on demandait précisément, mais a augmenté la capacité des parkings. Il a voté contre la rocade sud mais continue d’encourager la circulation sur les voies sur berge”.

L’association France Nature Environnement dit avoir travaillé sur de nombreux dossiers avec Christophe Béchu “en bonne intelligence” mais déplore une démarche au coup-par-coup. “Il faut une approche systémique de la mobilité en ville pour mener ensemble le combat contre le changement climatique.” Sur les voies sur berge, la circulation a été limitée à 50km/h mais elle est fréquentée par de nombreux poids lourds. “Il y a un enjeu de réappropriation de cet espace. Ces voies privent finalement les habitants des bords de la Maine”.

Dans la plupart des centres urbains avec un accès à un cours d’eau, l’aménagement piéton des rives est désormais la règle, comme c’est le cas à Rouen par exemple. Là encore, Angers fait figure d’exception.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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