"C'est couillu mais dangereux": la Macronie se divise sur la méthode pour la réforme des retraites

Des députés Renaissance le 22 juin 2022 à l'Assemblée nationale  - Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Des députés Renaissance le 22 juin 2022 à l'Assemblée nationale - Christophe ARCHAMBAULT / AFP

"C'est couillu mais c'est dangereux." La formule de ce proche du président a beau être fleurie, elle a le mérite de la clarté. Emmanuel Macron qui veut accélérer sur la réforme des retraites est prêt à prendre son risque pour aller vite.

L'allongement de l'âge de départ à la retraite pourrait se faire par le biais d'un amendement examiné dans le cadre du budget de la Sécurité sociale à l'automne. Une simple option, selon plusieurs ministres et Emmanuel Macron lui-même, mais qui, en réalité, est l'option privilégiée. "Ce n'est pas tranché mais une chose est sûre: ce n'est clairement pas un ballon d'essai", insiste ce membre de l'entourage d'Emmanuel Macron.

Au grand dam d'une partie de la majorité qui pourrait bien se fracturer.

"Dans le groupe, c'est 50/50, entre ceux qui veulent aller vite et ceux qui veulent temporiser", avance une députée macroniste, présente lors de la réunion de groupe à l'Assemblée nationale ce mardi matin.

"Ça peut nous péter entre les mains"

D'un côté, Éric Woerth, par exemple, a plaidé pour la solution de la rapidité. L'ancien ministre de Nicolas Sarkozy, désormais élu Renaissance, voit dans la réforme des retraites un "marqueur de courage".

De l'autre, Sacha Houlié, le président de la Commission des lois souvent considéré comme l'aile gauche de la macronie, défend de son côté un tempo plus lent pour permettre de convaincre les syndicats.

"Sacha Houlié n'est pas seul du tout. La très grande majorité du groupe est critique à l'égard de l'exécutif sur ce sujet", confie encore un député de la majorité.

Si Emmanuel Macron a bien fait campagne sur l'allongement de l'âge de départ à la retraite qui pourrait être de 64 ans ou de 65 ans, plusieurs élus s'inquiètent du contexte social.

"On demande des efforts aux Français sur l'inflation et la crise énergétique, après deux années très dures liées au Covid-19", note une membre de la Commission des affaires sociales. Et là, on va en plus leur demander des efforts supplémentaires en leur demandant de travailler plus?"

"C'est dangereux et ça peut nous péter entre les mains", estime cette élue.

"C'est le pansement qu'on enlève d'un coup sec"

Pour tenter de se sortir de l'ornière, Aurore Bergé, la présidente du groupe appelle à parler du fond et non de la forme. La méthode vise à éviter le procès de la brutalité alors qu'Emmanuel Macron a encore promis lors du Conseil national de la refondation début septembre "une nouvelle méthode démocratique".

"Il n'y aura jamais de bon moment pour le faire. Le contexte politique sera encore plus mauvais au début de l'année prochaine, avec une croissance plus faible et les mesures sur l'essence s'arrêteront. Il faut y aller à un moment donné", défend encore un député du groupe.

Conscient que le sujet divise les Français, l'objectif du gouvernement est d'aller vite avec un objectif: éviter d'importantes mobilisations que tente de lancer la France insoumise avec sa marche contre la vie chère du 16 octobre prochain.

"C'est le pansement qu'on enlève d'un coup sec. C'est douloureux mais c'est plus rapide et on évite des mois de manifestations", traduit encore un conseiller ministériel.

Une retraite minimum à 1100 euros pour convaincre?

Pour tenter d'arrondir les angles, l'exécutif promet que l'allongement de l'âge de départ à la retraite coïncidera avec la retraite minimum à 1100 euros pour les carrières complètes. "Évidemment qu'il y aura aussi du sucré", rassure-t-on dans l'entourage du chef de l'Etat.

"Bon courage à ceux qui devront aller devant leurs électeurs pour expliquer qu'ils ont refusé d'améliorer le niveau de vie des retraités", se moque un élu Renaissance, en visant les LR.

La droite a déjà laissé entendre qu'elle voterait probablement en faveur du décalage de l'âge de départ à la retraite.

Les centristes disent non

C'est le Modem, principal partenaire de l'exécutif, et ses 49 députés qui pourraient cependant bien rester le caillou dans la chaussure du gouvernement. François Bayrou a d'ailleurs fait entendre ses réticences samedi dernier, se disant "opposé à un passage en force" dans les colonnes du Parisien.

Si le patron du Modem défend la réforme sur le fond, il appuie là où l'inquiétude est forte dans les rangs de la macronie: celle du possible usage du 49.3 pour faire voter le budget de la Sécurité sociale, en l'absence de majorité absolue.

Après une réunion mardi matin des députés Modem, leur patron Jean-Paul Mattei a rapporté devant la presse que son groupe "ne pourra pas accepter une réforme, petite ou grande, à travers un amendement", et la position sera "certainement de voter contre cet amendement" s'il advient.

Le groupe Modem est ainsi "demandeur d'une concertation qui permettra après d'être dans le bon moment politique".

"On a l'habitude des cartes postales du Modem. À la fin, c'est 'business as usual', lâche un député, convaincu que la réforme s'appliquera à "l'été 2023", comme le souhaite Emmanuel Macron.

L'inquiétude de Matignon

Il n'empêche, la situation n'a pas de quoi, a priori, rassurer Matignon. Selon plusieurs sources au sein de l'exécutif, la Première ministre ne se montre pas du tout emballée par une réforme par amendement.

"Si une motion de censure est votée, le gouvernement saute et donc Borne aussi. Elle est le fusible et elle le sait", affirme un interlocuteur régulier d'Emmanuel Macron

En Macronie, tout le monde attend désormais la fumée blanche. Décision tôt ou tard ? Réponse d'un conseiller elyséen: "Avec le président, c'est souvent tard."

Article original publié sur BFMTV.com