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Bayrou "s'est tiré une balle dans le pied": le Modem sous tension après ses critiques envers Macron

François Bayrou a-t-il été trop loin, au risque de se fâcher avec ses propres députés? Le patron du Modem a eu des mots très durs à l'encontre d'Emmanuel Macron et de Gabriel Attal ce mardi 7 février, dénonçant notamment "une démarche d'humiliation" imposée à son parti.

De quoi déplaire à certains députés Modem, qu'il avait réunis lors d'un dîner au ministère de l'Agriculture, actuellement occupé par le centriste Marc Fesneau. Les parlementaires se sont retrouvés dans la foulée à l'Assemblée pour échanger entre eux. "On était tous sur la même ligne", assure un participant à BFMTV.

"Il a voulu créer un divorce avec le président mais nous, nous ne sommes pas consentants pour le divorce", résume cette source.

"Pas d'accord profond sur la politique à mener"

Désormais relaxé par la justice après sept ans de procédure judiciaire, le patron des centristes se serait bien vu rentrer au gouvernement pour compléter le casting gouvernemental. Son nom avait circulé avec insistance pour remplacer Amélie Oudéa-Castéra à l'Éducation nationale, engluée depuis son arrivée rue de Grenelle dans des polémiques.

Autre possibilité qui aurait pu séduire François Bayrou, déjà passée par ce ministère entre 1993 et 1997: une sorte de maroquin XXL qui aurait regroupé l'aménagement du territoire et la réforme de l'État. Mais c'est le portefeuille des Armées qui lui a finalement été proposé, à son grand dam.

"Il n'y a pas d'accord profond sur la politique à mener", a-t-il ainsi lancé lors d'un dîner avec ses troupes, en visant la nomination de Gabriel Attal à Matignon - qu'il a tenté de contrer - ou l'arrivée de personnalités LR au gouvernement comme Rachida Dati.

"Plus compliqué pour lui que pour nous"

Le constat n'est manifestement pas partagé par les députés MoDem qui siègent au sein de la majorité présidentielle depuis 2017. Si le groupe traverse parfois des tensions avec la macronie comme lors de la loi immigration, l'attelage est jugé plutôt solide.

"Avec le retour de François Bayrou, on attendait un moment d’apaisement avant de repartir au combat. Mais là il nous a embarqué dans une aventure plus personnelle. Ça va être compliqué pour lui plus que pour nous", avance ainsi un député.

L'un de ses collèges est plus nuancé, jugeant que François Bayrou n'a pas "tort" et que le président du Modem "s'est fait humilier".

"C’est Emmanuel Macron qui a demandé à Gabriel Attal de l’appeler, déjà ça c’est pas jojo", regrette ce parlementaire.

"Le Premier ministre a également indiqué que nous n'aurions plus quatre Modem" au sein du gouvernement comme à l'époque d'Élisabeth Borne "mais trois". De quoi pousser François Bayrou "à l'écœurement". "La conclusion c’est que même si on comprend son point d’une certaine façon, il nous entraîne tous dans sa sortie", tance encore ce député.

"Au nom de quoi il est l'homme de 2027?"

C'est que les propos du patron du MoDem mettent sérieusement dans l'embarras ses députés qui n'ont aucunement l'intention de quitter la majorité présidentielle. Le message est manifestement bien passé. Ce jeudi matin, François Bayrou a assuré que le Modem était toujours bien "membre de la majorité" sur France info.

Mais au-delà d'éventuelles tensions à l'Assemblée nationale entre les macronistes et les centristes, la volonté de l'ex-candidat à la présidentielle de se lancer à nouveau dans la course vers l'Élysée étonne.

"Au nom de quoi il est l’homme de 2027? Les codes politiques ont changé", remarque un élu Modem qui juge que Gabriel Attal a, lui, "les codes politiques actualisés".

"Il s'est tiré une balle dans le pied", résume-t-il encore.

"Il nous dit qu'on a tout faux?"

Du côté de la macronie, on ne rate pas non plus François Bayrou. "C'est une bataille d'égo", avance-t-on du côté Renaissance, où on se dit "déçu de l'image donnée".

Il faut dire que sans les 51 députés Modem, l'Assemblée nationale, déjà en majorité relative, s'avèrerait extrêmement instable pour la macronie. De quoi pousser l'entourage de Gabriel Attal à hausser le ton.

"On a fait 2017 ensemble, et il nous dit qu’on a tout faux? Et si c’est un changement de cap qu’il dénonce, il se retrousse les manches et il agit mais il ne part pas!", s'agace un membre de l'entourage du Premier ministre.

"Que François Bayrou s’étonne que ce soit Gabriel Attal qui l’appelle... C'est quand même son gouvernement à un moment!", remarque encore l'entourage du locataire de Matignon.

Pour l'instant, les critiques se font en privé. Seul Jean-Louis Bourlanges, très respecté au sein de son groupe, est officiellement sorti du bois. Il a accusé François Bayrou de "discréditer" le parti et "d'affaiblir la majorité" dans un communiqué de presse.

"On est frères, le Modem ce sont des amis, ils se bougent, ils avancent", assure un proche du Premier ministre. Avec ou sans François Bayrou. "Le chef de l’État n’est pas du tout dans l’optique 'qu’ils partent tous' au Modem, pas du tout. On n'est pas dans un divorce a choisir entre maman et papa, ou plutôt entre papa et papa."

Article original publié sur BFMTV.com