Les atteintes aux principes de la laïcité en forte hausse dans les établissements scolaires

Rentrée des classes dans un lycée de Rennes, le 1er septembre 2020 - Damien Meyer © 2019 AFP
Rentrée des classes dans un lycée de Rennes, le 1er septembre 2020 - Damien Meyer © 2019 AFP

Les entorses aux principes de la laïcité sont en recrudescence dans les établissements scolaires. Selon une note du service central du renseignement territorial révélée par RTL et que BFMTV a pu consulter, 144 faits ont été rapportés au second trimestre 2022. Un chiffre en nette hausse par rapport à la période précédente, où 97 faits avaient été signalés.

Ces faits qui se multiplient depuis décembre 2021 vont du port de signes religieux ostentatoires ou de tenues religieuses à des contestations d'enseignement notamment lors des cours d'histoire en passant par des refus de participer à des activités comme la piscine ou encore du prosélytisme et des provocations verbales. Depuis le début de l'année est d'ailleurs observée une forte recrudescence du port du voile ou des tenues traditionnelles comme les abayas, kamis ou djellabas.

"Nous sommes en train de collecter et faire remonter un certain nombre d'informations pour avoir une vision bien synthétique de cette situation et pouvoir la caractériser calmement et évaluer à l'échelle nationale le phénomène", a réagi ce mardi Pap Ndiaye, le ministre de l'Éducation nationale à l'issue du Conseil des ministres.

Crispation

Le renseignement territorial évoque plusieurs pistes pour expliquer cette recrudescence. Le contexte électoral marqué par l'émergence de candidats ouvertement hostiles à l'islam et les polémiques autour des signes religieux comme celle autour du vote à Grenoble autorisant le port du burkini dans les piscines municipales peuvent avoir provoqué une crispation communautaire chez certains musulmans. Des activistes islamistes se sont d'ailleurs emparés de ces sujets sur les réseaux sociaux.

Plus largement, cette contestation de la laïcité serait aussi le symptôme d'un rejet de l'autorité établie. Beaucoup d'élèves essaient de négocier avec les chefs d'établissements. Le réseau social Tiktok est aussi pointé du doigt et jouerait un rôle majeur dans cette recrudescence alors que certains élèves incitent leurs camarades à arriver au lycée voilées ou vêtues d'abayas, comme un défi.

Toujours selon la note, établie à la suite d'un article paru dans le journal L'Opinion qui relevait ce phénomène sans le chiffrer, cette hausse des faits rapportés trouverait aussi une explication dans le fait que le corps enseignant et les personnels de l'Éducation nationale sont plus enclins à signaler les incidents communautaristes à leur hiérarchie, notamment depuis l'assassinat de Samuel Paty.

Les enseignants inquiets

La multiplication de ces incidents inquiète le corps enseignant, souvent pris pour cible par les élèves, voire les parents. Ces derniers utilisent désormais les réseaux sociaux pour dénoncer la stigmatisation dont leurs enfants feraient l'objet, écrivent les policiers du renseignement territorial. Ainsi à Rouen, des messages ont été publiés contre une enseignante nominativement désignée, accusée d'être "contre le voile". A Lyon, une prof d'éducation physique a été nommée sur Twitter en raison de son "racisme".

"Il existe des lois, des lois républicaines sur l'interdiction de port de signes religieux ostensibles et à caractère prosélyte dans les établissements scolaires. La loi est très claire à ce sujet, rappelle le ministre de l'Éducation nationale. Il y a aussi des équipes 'Valeurs de la République' dans chaque rectorat qui travaillent sur ces questions, donc nous sommes très bien équipés pour répondre à ce phénomène. Encore faut-il bien l'évaluer à l'échelle nationale", a-t-il conclu.

Face à cette inquiétude, le service du renseignement territorial estime que cette vague d'entorse aux principes de laïcité devrait perdre de son intensité, notamment avec l'été. Une vigilance sera toutefois observée à la rentrée de septembre.

Article original publié sur BFMTV.com

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