Amir dans La Face Katché : "Je ne me suis jamais caché d'être un juif pratiquant, d'avoir vécu en Israël. Je suis ce que je suis"

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Dès le 23 avril 2022, Amir sera sur la scène du Théâtre Edouard-VII à Paris pour la pièce "Sélectionné", dans laquelle il incarne Alfred Nakache, nageur français déporté à Auschwitz avec sa femme et sa fille pendant la Seconde Guerre mondiale. Un défi de taille pour l’artiste de 37 ans qui y trouve un écho dans l’histoire de ses ancêtres. Alors que son épouse Lital est enceinte de leur deuxième enfant, Amir s’est confié comme rarement auparavant sur son parcours pas comme les autres face à Manu Katché pour Yahoo, de son enfance à Sarcelles puis en Israël, à son rapport au judaïsme et sa carrière de dentiste puis d’artiste.

C’est en 2013 que le public français fait la connaissance d’Amir. Cette année-là, il monte sur la scène de "The Voice" et séduit les coachs de la célèbre émission de TF1. S’il ne remporte pas cette édition, Amir a pris "sa revanche". C’est lui-même qui a choisi d’employer ces mots, puisqu'avant la gloire et le succès, le chanteur a traversé différentes périodes de vie, certaines plus éprouvantes que d’autres.

"Ça a été très douloureux pour moi de quitter la France"

Né en 1984 à Paris, Laurent Amir Khlifa Khedider Haddad, de son vrai nom, a grandi au sein d'une famille juive. Il passe les premières années de sa vie à Sarcelles, dans le Val d’Oise, avant de quitter la France pour s’installer en Israël avec ses parents. Il n’a alors que huit ans et comprend très vite que les choses ont changé. "Une fois arrivé en Israël, le judaïsme devient la norme. Et c’est là que je me sens différent soudain" se souvient-il pour Yahoo. Ce qui saute alors aux yeux du jeune Amir, c’est la façon dont les juifs d’Israël vivent leur religion. Du moins, ceux qu’il côtoie à l’école : "Quand je découvre que je suis le seul enfant de la classe qui fait Shabbat et qui connait les prières, ça me surprend parce que je suis quand même venu dans le pays des juifs. Comment ça se fait ?"

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En Israël, tout est à reconstruire pour Amir et sa famille. Il faut alors appréhender tous les changements que cela implique. "C’est là que je commence à grandir et à vivre dans ma différence" confie-t-il. Près de trente ans après, Amir se souvient de la brutalité de ce départ vers Israël et des tourments qui agitaient son esprit d’enfant : "Ça a été très douloureux pour moi de quitter la France, parce que j’étais très très bien intégré dans ma classe. Je ne voyais pas pour quelle raison je quitterais ce confort. Je me souviens avoir dit à ma mère : ‘Je ne veux pas voyager, changer de pays, de maison.’"

"À mon retour en France, je me suis fait agresser deux fois à Sarcelles"

Mais le retour en France pour Amir sera plus brutal encore. En partant, il a laissé Sarcelles, son cocon, "un paradis pluriculturel" qui s’est, au fil des années et en son absence, "complètement transformé". Et ça, il ne l'avait pas vu venir.

"Pour des raisons qu’on comprend, c’est devenu un lieu agressif, où les gens dans la rue se font attaquer, moi-même, on m’a attaqué à 2 reprises pour me voler une fois ma montre, une fois mes baskets" regrette-t-il. La violence du contraste entre la vie sous le soleil d’Israël et celle à Sarcelles est telle qu’Amir en devient "phobique". Sans repères et traumatisé par ses deux agressions, il s’entoure de "copains plutôt costauds" à chacune de ses sorties dans la ville qui l’a vu grandir. "Le cocon israélien ‘sea sex and sun’ nous rend assez innocents et assez naïfs quant à la réalité des banlieues, des endroits où la misère règne et où les gens sont frustrés."

"À l’école, j’étais un ovni"

D’autant qu’en coulisses, depuis son plus jeune âge, Amir doit composer avec un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). "J’étais un ovni" lâche-t-il du haut de ses 37 ans, un sourire en coin qui cache des souvenirs douloureux. Ceux de ne pas être compris, d’avoir à lutter, sur les bancs de l’école, contre l’ennui. Enfant, s’il a pu bénéficier d’aménagements spéciaux à l’école, Amir n’oublie pas "les accrochages avec des professeurs qui étaient complètement hermétiques" à ses difficultés. "Quand j’étais à l’école à Sarcelles, j’étais l’élève qui finissait son exercice vite, et qui commençait à gêner. Donc on avait construit un coin dans la classe, 'le coin Amir'. Les 20 dernières minutes de chaque cours, au lieu de déranger, j’allais soit lire soit jouer. Ça me permettait de me canaliser" raconte-t-il.

Mais plus les années passent, plus le "problème devient conséquent". Alors, une fois encore, il faut s’adapter. Au lycée, Amir n’hésite plus à sortir de ses cours pendant 5 minutes, pour se défouler à l’air libre et ainsi venir un tant soit peu à bout de son TDAH. Lorsqu’il a fallu penser aux études supérieures, il se tourne vers la dentisterie à l’université hébraïque de Jérusalem. C’est là que "les vraies questions commencent à se poser". Amir est désormais un jeune homme qui se retrouve face à son trouble. Il n’est plus le petit garçon qui pouvait se défouler dans la cour de récré. Il lui faut alors tenter de contourner ces difficultés : "J’ai constaté que quand j’arrêtais d’être dépendant de règles, de codes, de protocoles scolaires, de profs de fac qui nous disaient quoi faire (…) Quand je devenais maitre de ma vie, je pouvais cohabiter avec le problème et trouver mes méthodes pour avancer en ayant ce handicap, qui est aussi une force parfois." La méthode est gagnante mais a nécessité quelques ajustements.

"Je n’ai pas fait long feu à la Nouvelle Star"

Car s’il y a bien une chose dans laquelle Amir s’est toujours épanoui, c’est la musique. Alors, juste avant d’entamer ses six années d’étude, il profite de quelques mois de liberté pour se lancer dans l’arène. En 2006, il participe à Kokhav Nolad, la version israélienne du télé-crochet Nouvelle Star, mais n’en garde pas un très bon souvenir : "Je ne fais pas long feu dans cette émission, un moment j’ai eu une galère en plein live que je ne savais pas gérer, je n’étais pas expérimenté. Une fois que je me fais expulser, je commence donc mes études, mais il y a un truc qui reste et qui m’accompagne pendant les six années" raconte-t-il à Manu Katché.

Amir s’accroche à son rêve en parallèle de ses études. Sur son temps libre, il perfectionne son chant et apprend même à jouer de la guitare. C’est sans doute cette détermination qui le mènera, sept ans plus tard, sur la scène de The Voice. Un retour aux sources glorieux pour l’enfant de Sarcelles : "Là, il n’y a pas que l’artiste qui sent qu’il a une opportunité, il y a aussi le Amir de 2006 qui s’est foiré dans une émission de télé, et le Amir de 2013 qui se dit : ‘Je vais prendre ma revanche’." La suite, on la connait : une place en finale, une participation très remarquée au concours Eurovision sous les couleurs de la France et une carrière florissante dans l’Hexagone.

"Je suis plus pratiquant que ma femme"

Aujourd’hui, Amir s’apprête donc à entamer une nouvelle page de sa belle histoire en montant sur scène pour jouer le rôle d’un déporté juif. Une histoire qui résonne en lui. L’artiste n’a jamais entretenu de secrets sur son rapport à la foi. Ce sont d’ailleurs ses origines qui lui permettent de mieux appréhender ce défi de taille, et plus particulièrement l’histoire de son grand-oncle, déporté dans les camps de travail, et sauvé in extremis à la fin de la guerre : "Le souvenir, le rapport à cette période et les cicatrices laissées impactent tout le monde (…) Je suis né trois générations après lui, je n’ai pas vécu la Shoah ni même des membres de ma famille directe, mais je sais de quoi il parle."

Comme lui, l’épouse d’Amir, Lital, est juive. Ensemble, ils ont eu un petit garçon, Mikhaël, né en février 2019, et s’apprêtent à accueillir leur deuxième enfant. Mais même s’ils partagent la même religion, le chanteur et sa femme vivent leur foi différemment. "Dans mon couple, c’est comme mon père et ma mère, confie Amir. Je suis plus pratiquant que ma femme, mon père l’est plus que ma mère (…) Je pratique, et je n’ai jamais demandé à ma femme d’en faire plus. Elle ne pratique pas, elle ne m’a jamais demandé d’en faire moins." C’est pourquoi le chanteur applique les mêmes préceptes avec son fils que ceux qu’il a eu la chance de recevoir lorsqu’il était enfant : "On a grandi dans une famille où on voit les deux exemples, où il n’y a pas de pression pour suivre l’un ou l’autre, et quoiqu’il arrive, c’est toujours de façon ludique et ça appartient à l’enfant." C'est grâce à cela que le petit Mikhaël grandit déjà dans "le respect, la tolérance, la compréhension."

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S'il ne souhaite rien imposer à son fils, Amir, lui, a choisi depuis longtemps d'assumer sa religion et sa façon de la pratiquer. Et ce, malgré les attaques "blessantes" dont il fait l'objet depuis qu'il est célèbre : "Je n'ai jamais caché que j'étais juif, que j'avais vécu en Israël." Droit dans sa vie et ses croyances, le chanteur a donc décidé de bloquer systématiquement celles et ceux qui l'attaquent sur sa religion sur les réseaux sociaux. Une façon de se protéger de la bêtise crasse que l'on peut y trouver. Pour autant, l'artiste préfère conclure avec optimisme : "C'est une ultraminorité qui nous bouleverse, nous choque, nous dérange, mais qui, finalement, peut être négligée."

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