États-Unis: Biden veut échanger un gros trafiquant d'armes contre deux Américains retenus en Russie

Viktor Bout emprisonné en Thaïlande en octobre 2008 - NICOLAS ASFOURI / AFP
Viktor Bout emprisonné en Thaïlande en octobre 2008 - NICOLAS ASFOURI / AFP

Depuis le début du conflit en Ukraine fin février dernier, les relations entre la Russie et l’Occident, en particulier les États-Unis, se sont dégradées de manière significative et rapide. Entre sanctions économiques contre Moscou, menaces nucléaires à peine voilées du Kremlin et invectives entre dirigeants, il existe comme un parfum de Guerre Froide entre deux blocs qui de plus en plus paraissent irréconciliables. "Le rideau de fer, de fait, il est déjà en train de s'abattre", a d’ailleurs averti le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Priorité pour Biden

Malgré la situation à couteaux tirés, les deux pays pourraient, selon CNN, parvenir à s’entendre par un échange de prisonniers emblématiques retenus par Moscou et Washington. Dans ses colonnes, le média américain décrit les termes du deal proposé par l’administration Biden elle-même, et qui semble tout droit sortie d’un roman d’espionnage.

Il s’agit d’échanger Brittney Griner et Paul Whelan, deux prisonniers détenus en Russie, contre Viktor Bout, l’un des plus puissants trafiquants d’armes du siècle dernier, condamné en 2012 à 25 années de prison.

Outre-Atlantique, la situation des deux détenus écroués en Russie préoccupe. D'un côté, Brittney Griner, célèbre basketteuse retenue depuis février et son arrestation à l'aéroport de Moscou après la découverte dans ses bagages à main d'huile de cannabis. De l'autre, Paul Whelan, officiellement inculpé pour "espionnage" par la justice russe.

Pas de réponse russe

Cependant, les termes de cet échange restent flous. Toujours selon CNN, le secrétaire d'État américain Anthony Blinken a confirmé que son administration avait transmis à Moscou une "proposition substantielle" pour la libération de ses deux ressortissants, sans plus entrer dans les détails ni confirmer la présence de Bout sur la table des négociations.

Selon lui, le président américain Joe Biden, directement impliqué dans le processus, aurait pris la décision contre l'avis du ministère de la Justice, habituellement opposé à l'échange de prisonniers. Nul doute que le sujet sera notamment abordé lors de la conversation que ce dernier devrait prochainement avoir avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. Pour la première fois depuis le début du conflit ukrainien, les deux hommes ont prévu de se parler de manière officielle.

Pour l'heure, la proposition est restée lettre morte puisque la Russie, et malgré plusieurs relances côté américain, n'a pas donné suite à cette proposition. "Il faut être deux pour danser le tango", ironise même un haut-responsable de l'administration Biden, toujours auprès de CNN. Ce jeudi, la diplomatie russe a confirmé que pour l'heure, il n'y avait "pas encore" d'accord entre les deux pays.

De tous les conflits

A maintes reprises, Moscou a fait part de son envie de voir Viktor Bout revenir sur son territoire Il fait dire que l'homme d'aujourd'hui 55 ans, qui a commencé sa longue carrière comme officier de l'Armée rouge du temps de l'URSS, est à la tête d'un CV bien rempli.

A la chute du bloc communiste, ce dernier est parvenu à racheter de nombreux stocks d'armes soviétiques à bas coût, en particulier des fusils-mitrailleurs AK-47, qu'il va vendre aux quatre coins du monde et livrer via des compagnies aériennes qu'il possède également. Dans les années 1990, Bout est de toutes les guerres, conflits et révolutions armées d'Afrique et d'Asie, de la Sierra Leone à l'Afghanistan, n'hésitant parfois pas à vendre ses armes à deux camps qui s'opposent.

A la tête d'une fortune colossale, celui qui est surnommé "le marchand de la mort" est durant des années traqué et forcé de changer de pays pour échapper à la justice. En 2008, il est finalement interpellé par la DEA américaine à Bangkok, en Thaïlande, soupçonné de vouloir vendre des missiles aux FARC colombiennes. Extradé aux États-Unis contre l'avis de la Russie qui réclame sa libération, il a été condamné à 25 années de prison et à une amende de 15 millions d'euros.

Figure emblématique du grand banditisme, Viktor Bout a également inspiré Hollywood puisque le personnage de Nicolas Cage dans le film Lord of War est directement tiré de son histoire. En 2021, sa mère, dans un entretien avec l'agence Ria Novosti, avait elle aussi appelé à sa libération. "J'ai presque 85 ans, et s'il doit encore effectuer l'autre moitié de sa peine en prison aux Etats-Unis, je ne serai plus là", avait-elle dit.

Objectif politique pour Biden

Si l'échange est finalement accepté, ce ne serait ps la première fois qu'une opération de ce type a lieu entre la Russie et les États-Unis. En Avril dernier, Moscou avait accepté d'échanger l'ex-Marine Trevor Reed, condamné à neuf ans de prison pour des violences sur des policiers russes, contre Konstantin Yaroshenko, un pilote russe qui purgeait alors une peine de 20 ans de prison pour trafic de cocaïne. L'opération avait alors été saluée par le camp démocrate, mais aussi par celui de ses adversaires Républicains.

La libération de Griner et Whelan serait un coup politique fort pour Joe Biden, en difficulté dans les sondages et auprès de l'opinion publique, et alors qu'approchent les élections de mi-mandat outre-Atlantique.

Seulement, Moscou ne semble pas décidé à céder. Début juillet, la diplomatie russe avait dénoncé un "battage public" des dirigeants américains sur le cas de la basketteuse qui risque jusqu'à 10 ans de prison.

Article original publié sur BFMTV.com

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