"Ça peut faire péter les campagnes": pourquoi le gouvernement accélère pour aider les boulangers

Photo d'illustration. - AFP
Photo d'illustration. - AFP

Un soutien exceptionnel. Bercy n'a eu de cesse de multiplier ces dernières semaines les gestes en direction des boulangers durement touchés par la hausse des prix de l'électricité, jusqu'à annoncer ce mardi soir la possibilité de résilier leur contrat d'énergie sans frais.

Le gouvernement surveille de près leur colère alors que plusieurs figures politiques accusent le gouvernement d'être aux abonnés absents, de Jordan Bardella à Fabien Roussel en passant par Éric Ciotti sur fond de grogne sociale.

Des boulangers "en train de mourir"

Pas question pour l'exécutif de sembler en retrait alors que les boulangeries représentent un symbole fort, entre art de vivre et représentation de la France qui se lève tôt.

"On ne fait jamais de bruit. Les gens savent bien que si, nous, on se met à manifester, c'est que la situation est grave", résume Julien Pedussel, un artisan-boulanger de l'Oise auprès de BFMTV.com.

Ce patron, qui a vu sa facture d'électricité passer de 1800 euros en 2021 à 12.000 euros en décembre, se dit "en train de mourir financièrement". Confrontés à l'explosion des prix de l'énergie et des matières premières comme le beurre et la farine, les boulangers de France craignent pour leur survie.

Prise en charge et guichets d'aides

Pour faire face à la situation, Élisabeth Borne leur a proposé ce mardi matin de reporter le paiement de leurs impôts et de leurs cotisations sociales.

À la manœuvre depuis plusieurs semaines, les deux ministres en charge du dossier, Bruno Le Maire et Olivia Grégoire ont également profité de la rentrée pour rappeler les dispositifs en place allant de la prise en charge par l'État de 15% à 25% de la facture à un guichet d'aides quand la facture d'électricité dépasse les 3% du chiffre d'affaires.

Bardella et sa "lettre aux boulangers de France"

Avec 33.000 commerces en France, la profession compte 110.000 salariés et des millions de clients chaque jour de l'année. Autant dire que tous les camps politiques s'emparent du sujet. Jordan Bardella, le nouveau patron du RN, s'est même fendu d'une lettre ouverte ce mardi matin.

"Votre production n'est pas qu'un bien de consommation, elle est un motif de fierté nationale", a avancé le député européen dans cette missive.

Même son de cloche du côté d'Éric Ciotti qui dirige désormais Les Républicains, appelant le gouvernement à "sauver l'artisanat". Il faut dire que la faillite de milliers de boulangeries ferait mauvais effet quelques semaines à peine après que la baguette a été inscrite au patrimoine immatériel de l'Unesco.

"Magie" de la baguette de pain

Alors en visite à Washington, Emmanuel Macron s'était réjoui de cette annonce, voyant dans cette réalisation culinaire "250 grammes de magie et de perfection". L'Élysée reçoit d'ailleurs tous les ans une dizaine de maîtres boulangers pour la galette des rois.

Le paradoxe n'a pas échappé à Fabien Roussel. Le patron du parti communiste a dénoncé sur son compte Twitter les déclarations du président et "son inaction concernant le coût de l'énergie conduisant des boulangeries à fermer".

Preuve que le gouvernement est sous pression: quelques heures à peine après leur conférence de presse commune, le ministre de l'Économie a annoncé la possibilité pour les boulangers de résilier leur contrat d'énergie sans frais en cas de hausse "prohibitive". Ce dispositif leur sera réservé, contrairement aux autres aides.

"Nous aidons toutes les petites entreprises en difficulté face au prix de l'énergie. Les boulangeries en font partie. Il y a un prisme médiatique qui fait qu'on entend plus parler d'elles parce que leur exemple est très parlant", nous assure le cabinet d'Olivia Grégoire, la ministre déléguée des PME et du Commerce.

"Ça peut faire péter les campagnes"

L'argument ne convainc guère Stéphane Ravacley. Candidat écologiste lors des dernières législatives, ce boulanger a fait le tour des médias nationaux en janvier 2021 après avoir entamé une grève de la faim pour lutter contre la procédure d'expulsion qui visait alors son apprenti.

"Les politiques se réveillent aujourd'hui parce qu'ils sentent que la France est en train de craquer et que nous sommes souvent le dernier lien social dans les villages. Nous laisser mourir, ça peut faire péter les campagnes", avance l'artisan.

À quelques jours des annonces du gouvernement sur la réforme des retraites, l'exécutif veut éviter tout embrasement social, sur fond de hausse des prix de l'électricité pour les foyers et face à une inflation record. D'autant plus qu'un appel des gilets jaunes à manifester le 7 janvier prochain a été lancé.

"Une vraie caisse de résonance"

Soucieux d'apaiser la situation, le gouvernement va envoyer dans les prochains jours un courrier "personnalisé" aux boulangers de France pour les inciter à se saisir des aides déjà existantes.

"Les commerçants peuvent être une vraie caisse de résonance auprès des clients. C'est sûr que si on peut s'éviter un tacle à chaque baguette vendue, on est très preneur. Et c'est la France qui travaille dur et ça, ça résonne beaucoup dans l'imaginaire collectif", décrypte un député Renaissance.

Au risque de trop en faire? C'est en tout cas la crainte d'Hervé Novelli. L'ancien secrétaire d'État à l'Artisanat sous Jacques Chirac dénonce "le risque d'un sentiment d'injustice dans les prochaines semaines".

"D'autres secteurs sont très durement frappés. Le sentiment que les boulangers font partie de notre vie quotidienne est exacte mais attention à ne pas prioriser les difficultés de certains sur d'autres", avance celui qui a avancé le statut d'auto-entrepreneur dans les années 2000.

En attendant, la région PACA dirigée par le macroniste Renaud Muselier a déjà annoncé de son côté des aides ciblées pour les boulangers.

Article original publié sur BFMTV.com