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XV de France: "L’impression qu’il est là depuis longtemps", l'ascension express de Posolo Tuilagi

"Je suis très content de jouer avec lui, plutôt que contre lui". Quand il évoque Posolo Tuilagi, le 3e ligne toulousain Alexandre Roumat préfère en rire. Il fait dire que du haut de son mètre quatre-vingt-douze et de ses quasi cent cinquante kilos, le deuxième ligne perpignanais a fait une entrée fracassante chez les Bleus.

27 minutes face à l’Irlande, 31 face à l’Ecosse (et sa main sous le ballon d’essai de Sam Skinner à la dernière seconde) lors de ses deux premières sélections et surtout, une probable titularisation ce dimanche contre l’Italie, pour le troisième match de l’équipe de France dans le Tournoi des Six Nations. Tout ça en quelques semaines, et surtout, à seulement 19 ans. Le nouvel ovni des Bleus, c’est lui.

"Il y a un an et demi il était en Crabos (moins de 18 ans, ndlr.), puis très vite, on l’a surclassé en espoirs", se souvient l’entraîneur de l’attaque française, Patrick Arlettaz, qui avait déjà connu Posolo Tuilagi lorsqu’il entraînait Perpignan. "Quand il est passé de Crabos à espoir, je lui ai dit : 'Attention, c’est un gros passage'. Puis il a traversé ce passage de manière très naturelle. Ensuite, je l’ai pris avec moi en Top 14 et je lui ai dit: 'Attention, la marche est haute'. Mais il l’a gravie. Et finalement, il n’a pas de bol, il m’a retrouvé chez les Bleus et je lui ai dit la même chose", sourit le technicien.

"Il traverse les choses sans se mettre plus de pression"

"Mais il a donné satisfaction. C’est un garçon qui a conscience de ce qu’il peut faire, en sachant les efforts qu’il faut faire. Il traverse les choses sans se mettre plus de pression", se satisfait Patrick Arlettaz.

Une réussite sur le terrain avec le XV de France, mais aussi dans la vie de groupe selon Paul Boudehent, son nouveau coéquipier en sélection: "Posolo s’est adapté très très vite. Il est dans le groupe depuis quelques jours, quelques semaines, mais on a vraiment l’impression qu’il est là depuis plus longtemps que ça. Il a la maturité d’un joueur qui est bien plus âgé que ce qu’il est", estime le troisième ligne.

En coulisse, il a même reçu une standing ovation de la part de ses coéquipiers après ses débuts face à l’Irlande. Mais sur la pelouse de Marcoussis à l’entraînement cette semaine, Posolo Tuilagi semble plutôt discret, réservé. "Il est capable, comme beaucoup d’îliens, d’être assez secret, pudique sur ses sentiments. Il est très respectueux, il a été éduqué là-dedans", assure Arlettaz.

Une famille bien connue du rugby mondial

Cette éducation, il la tient notamment de son père: Henry Tuilagi, international samoan, passé par Perpignan de 2007 à 2015 (et Leicester avant). Freddie, Alesana, Sanele Vavae, Anitele’a ou Manu… nombreux sont les Tuilagi qui ont foulé les pelouses européennes.

"Ce sont des forces de la nature. Dans le monde du rugby c’est quelque chose, la puissance à l’état pur", estime l’ancien capitaine des Bleus et également 2e ligne Pascal Papé. "Il n’y a pas de muscu derrière, c’est une nature bien faite qui les a mis comme ça, et les fait dominer".

Et Posolo n’échappe pas à la règle des gènes des Tuilagi. "C’est un gabarit hors normes. Comme ses frères mais avec encore quelque chose en plus. Il a évolué constamment, avec un physique différent des autres. Cette mobilité qu’il a actuellement, il l’a toujours eu", confirme Emmanuel Rodor, formateur à Perpignan, qui a entraîné Posolo Tuilagi en moins de 14 ans.

Petit, il évitait "les bonbons aux anniversaires des copains"

A cet âge, le futur international français faisait déjà… 1m80 pour 90kg. "C’était ahurissant par rapport aux autres. Son physique, il l’a beaucoup travaillé. Il prend très vite du poids, il a rapidement compris qu’il fallait faire attention", confie le formateur. "Quand il était petit, il s’interdisait de manger des bonbons aux anniversaires des copains, il faisait attention. Ses parents le suivaient beaucoup là-dessus", continue-t-il.

Quelques années plus tard, Posolo Tuilagi connaît donc une ascension express. Du centre de formation de l’USAP jusqu’à l’équipe A, des équipes jeunes des Bleus jusqu’au XV de France. L’an passé, il avait notamment participé au titre mondial des moins de 20 ans. "Ses grosses qualités? Il défonce tout le monde", simplifie Hugo Auradou, titulaire en deuxième ligne à ses côtés lors des derniers Mondiaux U20 et actuel joueur de la Section Paloise. "Plus les matchs étaient attendus, plus il était présent. Je pense que c’est quelqu’un avec qui on peut partir à la guerre", ajoute-t-il.

"Quand un garçon comme ça prend le ballon, aucun défenseur seul ne peut l’arrêter"

Ce dimanche, il connaîtra selon toute vraisemblance sa première titularisation en Bleu. Et l’Italie devra, selon Pascal Papé, prendre en compte la présence de ce genre de gabarit dans le XV de départ français. "Tu te grattes la tête! Ils sont tellement puissants, il faut bien les prendre sinon tu peux faire rapidement dodo. Quand un garçon comme ça prend le ballon, aucun défenseur seul ne peut l’arrêter, il faut mettre une stratégie en place. C’est quelqu’un qui joue beaucoup après contact, qui passe derrière l’épaule du défenseur", précise l’ancien joueur du Stade Français.

En deuxième ligne, Posolo Tuilagi devrait être aligné aux côtés du joueur du Racing 92, Cameron Woki. C’est Paul Gabrillagues, titulaire lors des deux premières rencontres dans ce Six Nations, qui pourrait en faire les frais et sortir du groupe convoqué par Fabien Galthié. Mais en attendant les retours des Toulousains Thibaud Flament et Emmanuel Meafou (encore un autre phénomène que le staff veut voir à l’œuvre), l’histoire de Posolo est en marche. Elle devrait entretenir la légende des Tuilagi.

Article original publié sur RMC Sport