Visite de "MBS" à Paris: pourquoi Emmanuel Macron ne voulait pas rendre cette rencontre publique

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron à Jeddah (Arabie saoudite) le 4 décembre 2021 - Bandar AL-JALOUD/AFP
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le président français Emmanuel Macron à Jeddah (Arabie saoudite) le 4 décembre 2021 - Bandar AL-JALOUD/AFP

Pour cette rencontre prévue en catimini entre Emmanuel Macron et Mohammed Ben Salmane ce jeudi soir, c'est raté. L'Élysée ne comptait pas communiquer sur la visite du dirigeant saoudien, d'après des informations de BFMTV. La présidence l'a finalement officialisée à la suite de plusieurs articles dans la presse. Il faut dire que ce visiteur traîne avec lui une réputation sulfureuse.

Depuis l'assassinat de Jamal Khashoggi en 2018, celui que l'on surnomme "MBS" n'avait plus mis remis les pieds sur le continent européen. Ce journaliste qui enquêtait sur Jeddah a été séquestré au consulat d'Arabie Saoudite en Turquie, avant d'être torturé, assassiné puis finalement demembré par un commando des forces spéciales saoudiennes, d'après une enquête de la CIA.

La situation internationale pousse à la réconciliation

Mais le président, tout juste de retour d'une tournée en Afrique de l'Ouest, pouvait-il vraiment se permettre de ne pas le recevoir alors que le prince fait son grand retour sur la scène internationale ? Traité de "paria" par Joe Biden en 2020, l'Américain a manifestement changé d'avis en le rencontrant début juillet.

Il faut dire que la donne géopolitique a changé depuis le début de la guerre en Ukraine et les inquiétudes sur l'approvisionnement énergétique mondial. Les Européens et les États-Unis multiplient ainsi les gestes envers l'Arabie Saoudite pour augmenter sa production de barils de pétrole et faire face à la fermeture du robinet russe. Avec un objectif: pousser le Royaume à produire un million de barils en plus.

Pour l'instant, "MBS" semble faire la sourde oreille. Il faut dire que son pays qui codirige avec Moscou l'Opep (l'Organisation des pays exportateurs de pétrole) ne compte pas se fâcher avec Vladimir Poutine. Mais pour Emmanuel Macron, il y a urgence alors que le prix du pétrole ne cesse d'augmenter et que les mesures tarifaires annoncées par l'exécutif sont limitées aux prochains mois.

Des discussions centrées sur le pétrole

C'est d'ailleurs Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, qui a accueilli ce mercredi soir le dignitaire saoudien.

"Le principal sujet de discussion entre eux a bien sûr été le pétrole", assume l'entourage du locataire de Bercy après de BFMTV.

Même son de cloche du côté d'Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, qui a jugé ce mercredi lors de son point "faire confiance à la France", pour "passer parfaitement ses messages", "tout en travaillant à l'accès au pétrole qui est un objectif aussi".

C'est qu'une autre crainte s'ajoute à celle d'une nouvelle flambée des prix: la coupure totale du gaz russe, augurant de jours difficiles en matière d’approvisionnement en énergie. Le président a d'ailleurs prévenu les esprits lors de son interview du 14-Juillet, annonçant "un scénario probable" et "très dur".

"Une réhabilitation d'un meurtrier" dénonce Amnesty International

Partagé entre des impératifs économiques et politiques, Emmanuel Macron a donc pris sa décision en accueillant MBS en plein été, en espérant que les associations de défense des droits de l'Homme seraient peut-être moins attentives. Preuve que l'Élysée veille à ne pas trop en faire: c'est à un dîner de travail et non à un dîner d'État qu'assistera le Saoudien.

Le calcul semble cependant avoir échoué.

"Il y a vraiment une réhabilitation au niveau international de MBS. Et cet individu, c'est un meurtrier", a ainsi dénoncé Agnès Callamard, la secrétaire générale d'Amnesty international ce jeudi sur France inter.

Le président avait d'ailleurs déjà fait polémique en se rendant à Jeddah en décembre dernier et en étant ainsi l'un des premiers dirigeants occidentaux à faire un pas vers le Saoudien depuis plusieurs années. Plusieurs ONG ont annoncé déposer plainte pour complicité de torture et de disparition forcée contre le prince saoudien.

Article original publié sur BFMTV.com

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