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Viols, fuite et yoga ésotérique: qui est le gourou Gregorian Bivolaru arrêté ce mardi?

En Roumanie, son pays d'origine, Gregorian Bivolaru a déjà fait les choux gras de la presse. En France, il n'est pas non plus inconnu. Cet homme de 71 ans a été interpellé mardi, ainsi que 40 autres personnes, soupçonné d'avoir endoctriné et forcé de nombreuses femmes à avoir des relations sexuelles non consenties dans le cadre de son mouvement pour l'intégration spirituelle vers l'absolu (Misa), une secte de yoga. Un mouvement dont "l'organisation compartimentée" répond au "procédé habituel en matière de criminalité organisée", note une source proche de l'enquête.

Gregorian Bivolaru est dans le viseur des autorités françaises depuis plusieurs années, et notamment de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

Cet homme, né en 1952 en Roumanie, a concrétisé son projet de développement personnel, dans la foulée de la chute de la dictature communiste de Nicolae Ceausescu, avec la création de son mouvement pour l'intégration spirituelle vers l'absolu (Misa) en 1990.

Déjà condamné

En 1972, Gregorian Bivolaru fonde sa première école de yoga en Roumanie. Rapidement, il a à faire à la justice de son pays. Il fait l'objet de poursuites, de condamnations et même d’internements en hôpital psychiatrique. En 1977, il est condamné à un an de prison pour diffusion d'images pornographiques. Une seconde condamnation pour les mêmes faits intervient en 1989. C'est à ce moment-là qu'il est interné en hôpital psychiatrique.

C'est à sa sortie qu'il fonde donc le Misa, basé sur un yoga tantrique, défini comme "une technique de méditation destinée aux personnes qui cherchent des solutions pour vivre une sexualité épanouie".

Stages, retraites... ce mouvement sort des frontières roumaines. Au début des années 2000, le Misa, dont Gregorian Bivolaru est devenu le mentor spirituel, revendique plus de 30.000 adeptes en Roumanie et 200.000 partout dans le monde.

Pour autant, le Misa, devenu Atman, est dans le viseur des autorités des différents pays dans lequel il s'implante. En 2008, le mouvement était exclu de la Fédération Internationale de Yoga et de l’Alliance Européenne de Yoga pour ses pratiques commerciales jugées illicites. En 2012, les autorités italiennes ont poursuivi 18 membres de ses membres, et perquisitionné 5 centres de yoga pour des faits de prostitution, de pornographie et d’esclavagisme sexuel selon la législation italienne.

Selon une source judiciaire, le mouvement "était axé autour de la pratique du yoga basée sur les traditions hindouistes, en particulier le tantra yoga (permettant l’éveil de la spiritualité via la sexualité), enrichie par l’ennéagramme, la parapsychologie et l’astrologie; que cet enseignement était destiné à conditionner les victimes à accepter des relations sexuelles". Un enseignement proche d'un dogme religieux.

Séquestration et viol

En France aussi Gregorian Bivolaru est connu de la justice. Le 26 février 2016, il était interpellé dans le XVIIe arrondissement de Paris alors qu'il visitait le Salon du livre et papiers anciens, avec sur lui 11.000 euros en liquide et de faux papiers d'identité. Une interpellation dans le cadre d'un mandat d'arrêt européen délivré par Bucarest après sa condamnation en 2013 à six ans de prison pour des relations sexuelles avec une mineure. Une notice Europol parmi les "most wanted" avait été émise.

En 2016, la question de son extradition a été posée à la justice française qui accède à la demande de ses homologues roumains. Gregorian Bivolaru, à la double nationalité roumaine et suédoise, ne reste en détention qu'un an et demi et disparaît dans la nature. Dans le même temps, la Finlande, qui le recherche pour trafic d'êtres humains et viols, sollicite Interpol qui émet une notice rouge. Il ne sera pas localisé avant son interpellation mardi en région parisienne.

En France, c'est la Ligue des droits de l'Homme qui recueille des témoignages faisant état des pratiques sectaires du mouvement. Selon les récits, des maisons et appartements à Paris et dans sa région étaient utilisés comme lieux d'initiation.

Dans ces "ashram" ou "Vilutsa", des femmes sélectionnées par Gregorian Bivolaru étaient séquestrées et "étaient conditionnées à des pratiques sexuelles contraintes", des manipulations mentales supprimant chez les victimes toute notion de consentement, étant enseigné comme "un reflet de l'ego empêchant d'atteindre un état d'éveil spirituel". Le but: qu'elles subissent des rapports avec Bivolaru.

Trois plaintes en France

Sur la base de ces 12 alertes, la Miviludes réalise en août 2022 un signalement auprès du parquet de Paris. Une enquête est alors ouverte et confiée à la Cellule d’Assistance et d’Intervention en Matière de Dérives Sectaires), au sein de l’Office Centrale de Répression des Violences aux Personnes. Les investigations visent alors des faits "d’abus de faiblesse de personnes en état de sujétion psychologique" et de "traite des êtres humains".

Dans ce cadre, plusieurs femmes de différentes nationalités déclarent avoir été victimes des agissements de l’organisation. Trois plaintes ont été recueillies. Seine-et-Marne, Val de Marne, Paris, Alpes-Maritimes... le Misa dispose alors de plusieurs lieux de séquestration, des lieux dans lesquels les participants venaient à des stages au cours desquels des activités physiques et sexuelles étaient menées. Le tout dans des conditions d'hygiène déplorable.

Les témoignages révèlent que les participants, de toutes nationalités, ont dû payer leur participation en nature: les femmes réalisaient de la pornographie en ligne, les hommes faisaient du travail manuel. L'un des "ashram" était exclusivement destiné à Gregorian Bivolaru pour la satisfaction de ses désirs.

Article original publié sur BFMTV.com