Le plus vieil "iguane" d’Afrique ne l'était finalement pas : un cas d'école de la méthode scientifique en marche

Michel Gunther / Biosphoto / Biosphoto via AFP

Les erreurs sont une des composantes de la méthode scientifique. Illustration avec le récent retournement de situation quant à l'analyse d'un fragment de mâchoire découvert au Maroc. Identifié en 2016 comme provenant d'un iguanien du Crétacé, qui plus est le plus ancien connu d’Afrique, il s’avère désormais appartenir à un animal contemporain !

Le plus ancien iguanien d’Afrique, Jeddaherdan aleadonta, a été décrit en 2016 dans la revue Royal Society Open Science. De lui, il ne restait en tout et pour tout qu'un fragment de mâchoire inférieure provenant du Maroc. Il était daté de la période géologique du Crétacé, il y a 100 millions d’années (Ma). Cette découverte devait permettre de mieux appréhender les liens de parenté entre les iguaniens anciens et des groupes proches, ainsi que la façon dont ils se sont dispersés dans le monde au cours des temps géologiques. Mais la suite de l’histoire de ce spécimen s'est révélée étonnante. Elle trouve un nouveau développement avec une étude publiée le 3 novembre 2022 dans la revue Cretaceous Research par des paléontologues des Universités de Rennes 1, Paris 1 et du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris (MNHN).

Les doutes sur la véritable nature du spécimen

Malgré les résultats enthousiasmants de 2016, Romain Vullo, paléontologue à l’Université de Rennes 1 et auteur principal de la présente étude explique à Sciences et Avenir ne pas avoir "été vraiment convaincu par l'interprétation fournie par les auteurs de l'article décrivant ce spécimen comme appartenant à un nouvel Iguania du Crétacé", les iguaniens étant un groupe incluant les iguanes, les caméléons et d'autres lézards. Et pour cause "le spécimen a été collecté en ramassage de surface par le paléontologue français René Lavocat dans le site de Gara Tabroumit (sud-est du Maroc), au début des années 1950, lors d'une de ses expéditions dans la région des Kem Kem pour y collecter des restes de vertébrés crétacés" confie-t-il à Sciences et Avenir.

La méthode du ramassage en surface était courante à la fin du siècle dernier. Son inconvénient : le fossile est extrait de son contexte géologique parce qu'il gît dans une terre lessivée. C'est la raison pour laquelle, dorénavant, les scientifiques enregistrent les caractéristiques de la roche d'où vient le fossile. Cela, pour avoir une sorte de "photographie" de son[...]

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