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UFC: Comment Nassourdine Imavov a tout changé avant le défi Roman Dolidze

Doit-on tout changer pour mieux avancer? Et peut-on tout changer avant de jouer gros? Pour Nassourdine Imavov, ces mauvais sujets de bac de philo dessinent l’idée d’une évolution de carrière et du défi face à lui. Après une année 2023 frustrante, entre une défaite à la limite de poids supérieure face à futur champion de sa catégorie (-84 kilos) Sean Strickland venu remplacer Kelvin Gastelum quelques jours avant l’événement, un no contest pour coup de tête non intentionnel contre un Chris Curtis qu’il dominait largement et un choc bourbier finalement annulé contre le très talentueux et très coté Ikram Aliskerov, le "Sniper" français a décidé de bouleverser son environnement.

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Exit le MMA Factory, où il était coaché et managé sous l’égide de Fernand Lopez depuis son arrivée dans sa salle avec son grand frère Daguir il y a huit ans, et début d’une nouvelle aventure resserrée autour du noyau familial et de ses frangins Ibrahim et Daguir et qui va vivre son premier combat avec le choc si important pour la suite face au dangereux Roman Dolidze ce week-end à Las Vegas dans le combat principal d’une UFC Fight Night. "On ne quitte pas un endroit sans raison, explique Imavov dans une interview à RMC Sport. On a travaillé sept-huit ans ensemble. Je me disais que le moment était venu pour moi d’avancer, d’essayer autre chose, d’écrire ma propre histoire."

Côté management, les choses se font désormais dans la fratrie. "Nassourdine n’était pas en contrat avec Fernand depuis 2020, confie Daguir. Il pouvait le quitter à n’importe quel moment. On lui avait donné notre parole qu’on allait rester avec lui pendant trois ans. Mais si ça n’avançait pas dans sa carrière, on allait essayer de changer pour avancer. Beaucoup de managers nous ont contacté et nous ont promis plein de choses. Pour l’instant, c’est un agent libre. On gère en famille, on n’a signé avec personne."

"On s’appelle en visio avec Nassourdine, détaille Daguir. On fait des points sur sa carrière, sur la gestion des entraînements. On essaie de faire au mieux." Un cercle rapproché également ouvert à Yunes Benabdelouahed, un ami collaborant avec la marque Venum (équipementier de l’UFC) qui s’occupe des relations avec la grande organisation américaine et dont les relations avec Ali Abdelaziz, surpuissant manager dont la société Dominance MMA s’occupe entre autres de Dolidze, ont permis d’ouvrir une opportunité en or face au numéro 8 du classement des challengers des -84 kilos (Imavov est onzième).

"Avoir pris Strickland en dernière minute quand il devait affronter Gastelum, je pense que l’UFC sait prendre ça en considération, estime Benabdelouahed. L’athlète qu’il voulait affronter à ce moment-là de sa carrière, c’était Dolidze. C’est là que ma relation avec Abdelaziz a un peu porté ses fruits. Ça arrangeait les deux parties et la bonne entente et les bons services mutuels qu’on peut se rendre peuvent permettre à l’athlète d’aller de l’avant. C’est vraiment tombé à pic et je ne veux pas dire qu’on a été chanceux mais on a pu bénéficier d’un petit coup de pouce du destin donc c’était cool."

Côté sportif, la nouveauté n’en est pas totalement une. Pour l’accompagner comme nouveau coach, Imavov s’est tourné vers Nicolas Ott, en charge notamment de l’équipe de France amateurs (avec Johnny Frachey) et qu’il avait déjà côtoyé à ses débuts au MMA Factory. "Quand il arrive, je suis coach là-bas et je donne un cours le vendredi soir qui mélange les pros et les amateurs, se souvient Ott dans le RMC Fighter Club. Il y a Thierry Sokoudjou, un combattant des -93 kilos passé par l’UFC, le PRIDE, le WEC, le Strikeforce ou le KSW, et je le fais tourner avec Nassourdine. C’est un petit jeune qui n’est pas connu mais le bruit circule dans la salle dit que les frères Imavov sont forts. Et il fait des étincelles dans ce sparring. Toute la salle le remarque."

Les deux vont travailler ensemble sur la nutrition et la préparation physique, deux spécialités côté Ott, mais aussi sur la partie sportive quand Imavov va rentrer à l’UFC. Il sera même dans son coin pour son premier combat à l’UFC, une victoire par décision sur Jordan Williams en octobre 2020 à Abu Dhabi. Le départ de Nicolas Ott du MMA Factory va stopper leur collaboration. Mais les deux restent en contact. Et vont se retrouver quand Imavov quitte à son tour le MMA Factory. "Il m’a contacté en me disant qu’il cherchait un coach principal et qu’il voulait que ce soit moi, raconte Ott. Il m’a dit qu’il avait déjà monté une équipe autour de lui et m’a demandé si je voulais en faire partie. On s’est vu et c’était bien sûr avec grand plaisir. Le projet était intéressant, enivrant. On travaille ensemble pour ce projet Roman Dolidze depuis mi-novembre."

Une préparation qui a uni et réuni de nombreux talents des sports de combat du côté du Venum Camp de Rungis:Thomas Loubersanes (grappling), Maxime François (jiu-jitsu brésilien), Akhmed Salamov (combattant MMA), Rodrigo Alamos (muay thaï), Issa Samaké et son fils Bakary (boxe), Ilian Bouafia (combattant MMA), etc. Avec enfin Imavov au centre du jeu, pour son plus grand bien. "Avoir un staff construit pour toi et travailler sur tous les détails, est-ce que ce n’est pas ça qui va t’amener à passer un cran au-dessus? Est-ce qu’il n’a pas besoin de ça lui? Parfois, la chose la plus importante à retrouver, ce n’est pas forcément le meilleur staff technique mais c’est de retrouver une confiance", analyse Loubersanes. "C'est ce qu'il me fallait, confirme l'intéressé. C'est plus qu'une équipe, c'est une famille. Mentalement, je suis au top. Il me fallait une équipe concentrée autour de moi, qui va dans la même direction."

Avec Ott, rien n’a été signé. Pas de contrat. Juste la parole donnée. "C’est encore plus fort quand on les connaît", pointe le coach. "Pour nous, la parole, c’est le respect, confirme Daguir. On doit la tenir jusqu’au bout." Le duo partage une vision. Une envie. "Quand on a chacun quitté le Factory, poursuit le coach, on avait une volonté commune: s’entourer de gens avec qui on a vraiment envie de travailler, sur le côté sportif mais aussi le côté humain."

Un constat qui rejoint celui fait par Imavov, dans lequel transpire quelques sous-entendus. "J’ai été chercher une personne qui a les mêmes valeurs, qui me ressemble, en qui je peux avoir confiance. (…) Tu ne peux pas travailler avec une personne en qui tu n’as pas confiance. Ce n’est pas possible. Quand tu rentres dans la cage et qu’elle se ferme, il faut que j’aie 100% confiance en lui pour faire les choses qu’il me demande."

La conclusion tombe: "Je peux déjà dire que c’est l’une de mes meilleures décisions prises dans ma vie". La rumeur avait un temps évoqué un départ aux Etats-Unis, pour rejoindre une des salles mastodontes de la discipline. Ott aime l’idée pour le futur, peut-être partagé entre les deux côtés de l’Atlantique selon le moment du camp. Nassourdine Imavov n’affiche que 27 ans au compteur, 28 en mars. L’âge auquel Roman Dolidze a… commencé le MMA. Talentueux à souhait, le "Sniper" n’a pas toujours montré dans la cage de l’UFC tout le bien que tout le monde pense de lui quand on le voit évoluer à l’entraînement. Mais il a encore le temps, loin d’être un produit fini.

"Il sait déjà tout faire, boxer, lutter, aller au sol, mais il est loin de son potentiel max, estime son nouveau coach. Il y a des détails qu’on peut changer, dans la prise de décision, dans la gestion de l’intensité du combat, qui peuvent transformer Nassour. On continue de faire le karate boxing, ce déplacement in-and-out avec sa boxe qu’il fait déjà très bien, et on rajoute la capacité de boxer sur place. Je peux aussi rester sur place, bloquer et remiser. On a aussi du travail contre la cage différent, une défense de takedown forte sur laquelle on peut aussi attaquer. Ce sont plein petites choses mais si on les accentue, on peut avoir de gros changements là-dessus."

Nicolas Ott explique avoir d’abord "refait connaissance, passé du temps avec lui, car l’entraînement et en dehors ce n’est pas pareil". "Après, la première chose, c’était d’augmenter le volume de travail. Je pensais qu’on n’en avait pas assez. Il ne partageait pas forcément ça car c’est augmenter la fatigue et être un peu plus fatigué à chaque entraînement donc un peu moins performant. Mais il s’est habitué à cette charge de travail au fur et à mesure du camp et j’ai dû faire l’inverse à la fin, le retenir à nouveau, lui dire de rentrer à la maison pour récupérer."

La transformation est entamée. "Parfois, on ne le voit pas au niveau où on le voit à la salle, reconnaît son coach. Il y a des petites choses qu’il laissait passer, et je trouve qu’il ne faut pas les laisser passer. Il ne faut pas laisser la moindre chance à un adversaire de commencer à gagner un combat. Le diable est dans les détails. (…) On a énormément travaillé là-dessus. Je pense qu’on va le voir dans la cage mais je ne sais pas à quel pourcentage. On ne va pas avoir un Nassour 2.0 mais un Nassour amélioré. Le Nassour 2.0, on le verra dans un an."

Il y a peut-être des points encore à appuyer, comme lorsqu’il explique "ne pas avoir besoin d’un préparateur mental" malgré des failles déjà observées dans la gestion des émotions autour d’un combat dans le passé. Mais le combattant UFC semble apaisé par son nouvel environnement et impatient de reprendre une marche avant qui peut vite passer la vitesse supérieure pour l’homme aux portes du top 10 des -84 kilos. "Ce combat peut changer sa destinée à l’UFC, lance Nicolas Ott. Surtout si la victoire est obtenue de manière fracassante."

Article original publié sur RMC Sport