"Uber Files" : qu'est-ce qu'un lobbyiste ?

Emmanuel Macron, ministre de l'Économie en 2016 (Photo by MARTIN BUREAU / AFP) (AFP)

Un métier au coeur des interrogations après les révélations des Uberfiles, qui impliquent le président Macron, accusé par l'opposition d'avoir été le lobbyiste de l'entreprise.

"Ministre et lobbyiste pour une multinationale états-unienne", "lobbyiste d’Uber"... depuis les révélations des Uberfiles, qui montrent qu'Emmanuel Macron a œuvré pour la société de VTC dans le but de faire évoluer la réglementation en sa faveur lorsqu'il était ministre de l'Économie, l'opposition compare Emmanuel Macron, à un lobbyiste d'Uber. De quoi mettre sur le devant de la scène une profession souvent décriée.

Il existe essentiellement deux visions du lobbying. D'un côté, celle anglosaxone, où l'on considère que l'existence et la concurrence de ces différents groupes représentant des intérêts particuliers est bénéfique à la démocratie, car leur concurrence permet d'en limiter les excès et d'éviter qu’un groupe domine les autres et impose ses intérêts particuliers.

Deux visions du lobbyiste qui s'opposent

C'est la vision qui s'impose par exemple à l'Union européenne, qui reconnaît ces lobbies. Ainsi au Parlement européen, 49 059 personnes sont enregistrées comme lobbyistes auprès de l'UE, dont 1 594 ont accès au Parlement européen. Une base de donnée répertorie et renseigne sur les organisations qui cherchent influencer les politiques européennes.

De l'autre, une vision beaucoup plus méfiante, où l'on considère que ces intérêts particuliers nuisent à l'intérêt général. Cette vision, longtemps admise en France, tend à évoluer puisque depuis 2017 existe le répertoire numérique national des représentants d'intérêts, qui recense les différents lobbies reconnus en France.

Ces entreprises représentées

Une première définition est donnée en 2013 dans le cadre de la loi sur la transparence de la vie publique. Un lobbyiste est "toute personne agissant pour le compte d’une société commerciale, d’une société civile, d’une entreprise publique, d’une association, d’une fondation, d’un syndicat ou d’un organisme professionnel et ayant pour activité principale ou régulière d’influer sur la décision publique, notamment sur le contenu d’une loi ou d’un acte réglementaire en entrant en contact avec un certain nombre de responsables publics."

Une définition large, qui mêle de nombreux acteurs très différents. Dans le répertoire numérique national des représentants d'intérêts, on retrouve ainsi des entreprises privées comme Toyota, Microsoft, Alstom, Lidl, ou encore Uber France mais aussi des organisations comme les Restaurants du coeur et la Fondation Abbé Pierre.

Leur objectif : influer sur les lois

Objectif des lobbyistes : influer sur la décision publique, notamment sur le contenu d’une loi en entrant en communication avec un membre du gouvernement ou d'un cabinet ministériel pour défendre leurs intérêts, en proposant des amendements par exemple.

Ainsi, un ancien conseiller LFI aux affaires sociales raconte comment des amendements clés en main étaient envoyés aux parlementaires et à leurs conseillers, puis parfois repris dans l'hémicycle.

Selon l'enquête de plusieurs médias dont Le Monde sur Uber, en janvier 2015, l’entreprise fait parvenir à Luc Belot, député socialiste du Maine-et-Loire, des propositions d’amendements qu’il modifiera légèrement avant de les déposer. Des textes qui servent ensuite d'appui à Emmanuel Macron pour critiquer la loi et aboutir au compromis visant à l'arrêt d'UberPop en échange de la réduction de la durée de formation des chauffeurs, passant de 250 heures… à seulement 7 heures.

Des cadeaux aux députés

En 2019, le rapport de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique listait les cinq domaines d'intervention les plus déclarés : l'agriculture, les taxes, le système de santé, les PME/TPE et le logement. Pour parvenir à se faire entendre, les lobbyistes ont aussi recours aux cadeaux adressés aux parlementaires et à leurs équipes. Depuis 2021, ceux d'une valeur supérieure à 150 euros doivent être déclarés au déontologue, et sont publiés. À en croire la liste, ces cadeaux sont rares.

On y retrouve notamment une invitation à l'Opéra de Paris du groupe Saint Gobain et une carte d'abonnement annuel aux parkings d'aéroports de Paris offerts à Eric Woerth, un panier garni offert par l'Ambassade d'Arabie Saoudite au député LREM Jean-Baptiste Moreau , autre député de la majorité, auquel l’ambassade d’Arabie saoudite a offert un panier garni (foie gras, vin…) estimé à 250 euros, ou encore une place de parking au député LREM Olivier Gaillard offerte par la chambre d’industrie et de commerce de Montpellier.

Lobbyistes et députés parfois trop proches

Une proximité entre députés et lobbyiste qui va parfois trop loin. En novembre 2019, Libération révèle que quatre députés LREM s’étaient fait épingler pour avoir pris part à une soirée déguisée, à l’occasion du 25ème anniversaire du cabinet de lobbying Com’Publics.

Une frontière tellement mince que certains députés la franchissent parfois, passant d'élus à lobbyistes. Parmi les exemples les plus célèbres, Denis Baupin devenu consultant salarié en 2017 de MTEV Consulting, la société de conseil fondée par sa compagne, l’ex-ministre du Logement Emmanuel Cosse.

Des députés qui deviennent lobbyistes

Même destin pour Claude Bartolone, ancien président de l'Assemblée, et Jean-Christophe Cambadélis, qui ont chacun monté une société de conseil. L'ancien ministre socialiste Matthias Fekl a quant à lui été élu président des Brasseurs de France en 2019, un des lobbys enregistré à l'Assemblée nationale. Un syndicat qui a dépensé plus de 200 000 euros au titre de ses activités de lobbying en 2020, selon des données disponibles sur le site de la HATVP, notamment pour défendre le maintien du moratoire sur la taxation des bières auprès des parlementaires et des membres du gouvernement, dans le cadre de l’examen du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) 2021, rappelle Capital.

Dernier en date à avoir franchi le pas, le député LREM Mickaël Nogal, numéro 2, de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). Une nomination qui avait suscité de vives réactions, de Greenpeace notamment, qui dénonçait un "beau cadeau pour ce lobby".

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