Les “septembristes”, ces femmes russes dont les compagnons ont fui la mobilisation

PHOTO MIRIAN MELADZE/Anadolu Agency/AFP

Depuis le début de la “mobilisation partielle”, décrétée 21 septembre, des centaines de milliers d’hommes ont fui la Russie pour éviter d’aller se battre en Ukraine. “Il s’agit, à ce jour, de la seule protestation de masse contre la guerre dans la Russie de Vladimir Poutine”, note Radio Svoboda, section russe de Radio Free Europe-Radio Liberty. “La plupart des fugitifs se sont retrouvés sans emploi ni logement, et ceux qui n’avaient pas d’économies n’auraient pas pu survivre sans le soutien de leur famille et, en particulier, de leurs épouses”, poursuit Radio Svoboda.

En Russie, ces femmes ont acquis un nom sur la Toile, les “septembristes”, un clin d’œil aux épouses des “décembristes” exilés en Sibérie pour leur tentative ratée de rébellion contre le tsarisme en 1825. Les “femmes de septembre”, elles, n’aiment pas forcément cette comparaison, précise la radio. Même si elles ont beaucoup perdu et que leur vie s’en est trouvée bouleversée, elles ne se considèrent ni comme des martyrs ni comme des héroïnes – et leurs maris n’ont pas été condamnés aux travaux forcés, relativisent-elles.

Classe moyenne éduquée et opposée à la guerre

Radio Svoboda s’est rendue en Carélie, cette république du nord-ouest de la Russie, voisine de la Finlande, où le standard de vie est nettement supérieur au reste du pays. Natalia (38 ans), Anna (43 ans), Elena (34 ans) et Tatiana (44 ans) sont bien représentatives d’une certaine frange de la classe moyenne russe, éduquée et opposée à la guerre. Professeur d’anglais, psychologue ou autoentrepreneuse. “Après le départ de leurs maris, ces femmes sont devenues leur seul lien avec le monde.”

“Elles continuaient à gagner de l’argent et s’occupaient des affaires administratives, réglant toutes les questions relatives aux documents, aux visas et aux passeports, aux biens et aux parents restés en Russie.”

Ces couples de “septembristes” ont aussi d’autres points communs : la plupart d’entre eux ont des relations, de travail ou de famille, avec l’Ukraine et ses habitants et n’imaginaient pas un seul instant devoir leur faire la guerre. Quant au régime de Vladimir Poutine, leur seuil de tolérance semble avoir été dépassé après l’annonce de la mobilisation. “Même si la guerre se termine un jour, il y aura toujours ce régime, et ce qui se passera à l’intérieur du pays ne correspond pas vraiment à nos vues et à nos convictions intimes”, explique l’une de ces “femmes de septembre”.

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