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Sénégal: pourquoi les opposants du président Macky Sall dénoncent un "coup d'État constitutionnel"

Le Sénégal en crise. Après l'annonce samedi par le président Macky Sall du report sine die de la présidentielle prévue le 25 février, le pays est plongé dans l'incertitude. Après de premiers heurts survenus dans la capitale dimanche, les gendarmes ont dispersé ce lundi 5 février des manifestants rassemblés devant l'Assemblée. L'accès aux données mobiles Internet est également coupé à Dakar.

• Heurts entre manifestants et forces de l'ordre

Dimanche à Dakar, des heurts éclatent entre forces de sécurité et manifestants, alors que se déroule une marche contre le report de la présidentielle. Les gendarmes lancent alors des grenades lacrymogènes en direction des centaines de protestataires qui leur envoient des pierres en retour.

"Macky Sall dictateur!", clament des jeunes manifestants, après avoir dressé des barrages de fortune et incendié des pneus.

L'opposante et ancienne Première ministre Aminata Touré, grande opposante au report de la présidentielle, est arrêtée lors de l'un des rassemblements, selon le député d'opposition Guy Marius Sagna.

Les autorités suspendent également dimanche soir le signal de la télévision privée Walf TV, coupable selon elles d'"incitation à la violence" à travers ses images des protestations.

• Le report de la présidentielle au départ de la colère

La manifestation de dimanche naît de l'inquiétude de nombreux Sénégalais liée au report de la présidentielle, annoncé samedi. Elle était normalement prévue le 25 février, mais aucune nouvelle date n'est fixée.

L'annonce, faite seulement quelques heures avant le début officiel de la campagne, suscite un tollé dans le pays. C'est la première fois depuis 1963 qu'une présidentielle au suffrage universel direct est reportée au Sénégal. Le pays n'a jamais connu de coup d'État, une rareté sur le continent.

L'annonce préoccupe aussi de nombreux acteurs gouvernementaux internationaux. La France demande au Sénégal d'organiser un scrutin "dans le meilleur délai possible", tandis que la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest exprime aussi son "inquiétude" et demande aux autorités de fixer rapidement une nouvelle date.

• Éviter une "nouvelle crise" pour le président

Le président explique sa décision en évoquant un désaccord politique interne. "Notre pays est confronté depuis quelques jours à un différend entre l'Assemblée nationale et le Conseil constitutionnel, en conflit ouvert sur fond d'une supposée affaire de corruption de juges", indique-t-il.

La période pré-électorale avait déjà débuté avec la peur de nouvelles violences, alors que plusieurs candidatures de membres de l'opposition avaient été rejetées par le Conseil constitutionnel.

Le Sénégal ne peut "se permettre une nouvelle crise" après des troubles meurtriers en mars 2021 et juin 2023, soutient le président.

Macky Sall promet qu'un "dialogue national" sera engagé afin qu'une élection "libre, transparente et inclusive" puisse être organisée.

• Un "coup d'État institutionnel" pour l'opposition

L'un des principaux opposants du président, Khalifa Sall, dénonce pour sa part "un coup d'État constitutionnel". Il soupçonne l'actuel chef de l'État d'entretenir un "rêve d'éternité". Macky Sall affirme cependant ne pas être candidat à sa propre succession.

En cause, le décret du président qui évoque un report de l'élection présidentielle de six mois. Or, selon le code électoral, un décret fixant la date d'une nouvelle présidentielle doit être publié au plus tard 80 jours avant le scrutin, ce qui mènerait, à partir de samedi, à fin avril.

Le président Macky Sall risque ainsi d'être encore à son poste au-delà de l'échéance de son mandat, le 2 avril, créant une inconnue supplémentaire.

• Les députés appelés à se prononcer ce lundi

Ce lundi, les députés sénégalais doivent examiner la proposition de loi du président sur le report de la présidentielle. Un vote est prévu en fin de matinée.

Le débat s'annonce houleux sur ce texte qui prévoit le report du scrutin de six mois maximum. Son approbation, qui nécessite une majorité des trois cinquièmes des 165 députés, est loin d'être acquise.

Article original publié sur BFMTV.com