Réforme des retraites, uniforme à l'école... Pourquoi Brigitte Macron s'exprime ?

Photo d'illustration (REUTERS/Benoit Tessier)
Photo d'illustration (REUTERS/Benoit Tessier)

La Première dame a été invitée à donner son avis sur des sujets politiques, suscitant l'incompréhension de plusieurs observateurs.

"Tout est fait pour que vous ayez une retraite", "les Français dans la difficulté ont toujours réagi positivement", ou encore "je suis pour le port de l'uniforme à l'école, mais avec une tenue simple et pas tristoune". Ces derniers jours, Brigitte Macron a donné son avis sur des sujets politiques, sur TF1 ou dans Le Parisien, s'octroyant ainsi un rôle qui interroge.

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Un plan de com qui a dévié

"C'était au départ un plan de communication qui devait assurer la remontée de la popularité du président : d'un côté Macron en faisant "Les rencontres du Papotin", de la communication politique positive, et de l'autre la Première Dame en étant au contact des lecteurs du Parisien, en parlant avec sympathie", décrypte Philippe Moreau-Chevrolet, expert en communication, cofondateur et CEO de l’agence de conseil en communication des dirigeants MCBG Conseil.

Le rôle de la Première dame est défini dans la charte de transparence relative au statut du conjoint du chef de l'État, publiée sur le site de l'Élysée après l'élection d'Emmanuel Macron en 2017. Objectif de ce texte, "mettre un terme à l’'hypocrisie' autour du rôle des conjoints des Présidents de la République".

Un renfort médiatique "classique" sur la réforme des retraites

Parmi ses missions précisées dans cette charte, celle de soutenir "par son parrainage ou sa présence, des manifestations à caractère caritatif, culturel ou social ou qui participent au rayonnement international de la France".

C'est à ce titre que Brigitte Macron était invitée sur le plateau de TF1, pour le lancement de l'opération pièce jaune, où elle affirme à cette occasion son soutien à la réforme des retraites. "Elle vient en renfort médiatique de son mari au moment d'une période de crise, qui s'annonce difficile, pour booster la popularité de son mari, c'est quelque chose de classique", poursuit Philippe Moreau-Chevrolet.

Brigitte Macron a "en quelque sorte la tutelle du ministère de l'Éducation"

En revanche, c'est la sortie de la Première dame sur le port de l'uniforme dans Le Parisien qui interpelle le spécialiste en communication. "D'un plan de communication, on passe sur une phase politique. Elle prend des positions qui sont politiques, avec une vision conservatrice de l'éducation, là avec l'uniforme, avant une vision rigoriste de la laïcité ou encore les fondamentaux de la lecture. C'est la première fois qu'une épouse du chef de l'État a un domaine réservé, l'éducation", poursuit Philippe Moreau-Chevrolet.

Une influence de la Première dame sur un domaine qui pousse même à s'interroger sur le réel locataire de la rue de Grenelle. "Ce n'est même pas une ministre de l'Éducation bis, mais qui fixe un cadre idéologique et n'hésite pas à désavouer les ministres, elle a en quelque sorte la tutelle du ministère de l'Éducation", analyse Philippe Moreau-Chevrolet.

La "politisation" du rôle de Première dame, une première

Une sortie de la Première dame qui suscite la colère de personnels de l'Éducation nationale et de députés de l'opposition de gauche, qui rappellent qu'elle n'est pas la titulaire du poste.

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"Un contenu directement politique du statut de la Première dame qui est d'autant plus une première que l'Élysée ne conteste pas, ne relativise pas ses propos. Lorsque Danielle Mitterrand, notamment via sa fondation "France Libertés", prenait des positions à l'internationale, l'Élysée n'hésitait pas à rappeler qu'il s'agissait d'une position personnelle et pas une position politique".

Danielle Mitterrand s'était notamment distinguée avec des prises de position défendant les Kurdes, le Tibet un soutien affiché à Fidel Castro qui lui ont valu d'être recadrée officiellement par le Quai d'Orsay.

"Une évolution monarchique du régime"

"Cet usage politique du statut de la Première dame, qui s'octroie un domaine, montre une évolution clairement monarchique du régime présidentiel depuis 2017. On peut aussi voir dans cette sortie sur l'uniforme une volonté de rapprochement avec le RN calculée, mais pas assumable par le chef de l'État, qui se serait servi du statut de la Première dame pour ce rapprochement", suppose le spécialiste de la communication.

Un statut de la Première dame qui est fréquemment l'objet de polémique. Une pétition lancée en 2017 a recueilli plus de 300 000 signatures pour réclamer la fin du statut de Première dame, notamment en raison des frais engendrés. Valérie Trierweiller avait coûté 481 900 euros à l’État en 2013, sur les fonds de l’Élysée répartis entre ses cinq collaborateurs directs (pour une rémunération annuelle brute de 396 900 euros) et ses déplacements dans le cadre "d’activités de représentation et de soutien à des opérations de caractère humanitaire" (85 000 euros), selon la Cour des comptes.

Une polémique qui a abouti à la rédaction de la Charte de transparence du statut de la Première dame, qui précise que "l'épouse du chef de l'État ne bénéficie d'aucune rémunération à ce titre, ne dispose pas de frais de représentation ni de budget propre. En revanche, deux conseillers du président de la République sont spécifiquement mis à sa disposition".

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